Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

Ding Dong


"Charly 9" est une BD one-shot de Richard Guérineau, adapté du roman éponyme de Jean Teulé – lui-même ancien auteur de BD.

De Charles IX, fils du très malchanceux Henri II et de la machiavélique Catherine de Médicis, l’Histoire retiendra, surtout d’un « règne » de 13 ans entamé à l’âge de 10 ans après la mort de son frère François II (au règne si court que peu de Français savent même qu’il existe), la Nuit de la Saint-Barthélemy, ignoble massacre des protestants parisiens par les milices catholiques qui ouvrira la voie à de nombreuses répliques dans la France entière. Etonnamment, maints efforts furent faits, des années durant, par Catherine de Médicis, vraie souveraine, même pas occulte, du Royaume de France, pour apaiser ces guerres avant que la politique ne change et qu’une solution plus radicale soit envisagée.

Lui succèdera le très contestable Henri III, sans doute encore plus sous l’emprise de sa mère, puis cet Henri IV qui calmera pour un temps les Guerres de religion.

Jean Teulé raconte, décrit et romance les deux années qui suivent le massacre, jusqu’à la mort, à 23 ans, de Charles IX. Tout n’est pas vérifiable - Jean Teulé choisit notamment de privilégier certaines interprétations, les plus croquignolesques, du rôle des uns et des autres dans ces années noires - mais la plupart des faits sont avérés. Et cette histoire est palpitante et bouleversante à la fois.

On y voit, de loin, l’horreur du massacre et des traitements infligés aux victimes.
On y voit un Charles IX (Charly 9), rongé par le remords au point de souffrir d’hématidrose, mais tiraillé simultanément par le besoin de justifier le bien fondé de son acte en le poursuivant symboliquement sur des quantités incroyables d’animaux qu’il tue en les nommant « protestants ».
On y voit le couple étrange qu’il forme avec son épouse autrichienne et l’interprète qui les suit partout.
On y voit combien le costume de roi était bien trop large pour ses épaules et comment il l’a progressivement écrasé.
On y voit sa sœur « la Reine Margot », guère plus heureuse, errer comme un fantôme dans les couloirs du Louvres.
On y voit l’omniprésence de sa mère et de ses ministres, et la surveillance constante de l’escadron volant sur le Roi.
On y voit l’amour délirant de Catherine de Médicis pour « ses chers yeux », le futur Henri III.
On y voit ses rares moments de bonheur auprès de sa maitresse protestante, Marie Touchet.
On y voit les nombreux épisodes de folie du roi, de la chasse solitaire à la passion pour les pâtés d’alouette, de la poursuite d’un cerf d’un cerf dans le palais du Louvres par un roi nu à cheval aux innombrables coups de ce cor dans lequel il souffle à tout propos.
On y voit la fin d’un souverain peut-être empoisonné par sa mère ou par des membres de sa coterie, et quoi qu'il en soit, mort jeune et épuisé.

Le texte résonne aussi à des oreilles contemporaines. Le royaume va mal. Les réformes royales ne donnent pas l’effet escompté - certaines tournent même à la catastrophe - et le roi se réfugie dans une langue de bois lénifiante qui enjoint le peuple à supporter les duretés du temps en attendant des jours meilleurs alors que commence à gronder la révolte des Malcontents. Surprenant.

Dans un style souvent ironique, l’auteur présente aussi le futur Henri IV, puant comme un putois, ou la lucidité d’un monarque qui sait ne pouvoir ni défaire ce qui fut fait ni infléchir le cours des choses, sans parler de reprendre la main.

Le dessin, dont le style change régulièrement - jusqu’à des hommages très surprenants - au gré de l’humeur du roi ou de la situation politique, soutient de belle manière le texte. Il montre justement les changements incessants d’équilibre qui se produisent dans l’entourage et dans l’esprit du jeune roi.

Au final un bien bel album qui choisit de valider la légende noire du règne. Au vu de ce qui est certain, le choix n’est pas absurde.

Charly 9, Richard Guérineau

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