An Eye for Property - Tanya Fordwalker

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle… mais empêcher qu’elle s’éteigne » R. E. Howard Dans un futur proche, la société Splice of Life offre à tout client proche de la mort et décidé à payer une forte somme (le Passenger) du temps de vie supplémentaire dans le corps d’un jeune bien vivant (le Driver) , qui lui servira de corps d’emprunt un certain temps par semaine ou par jour ; une version hi-tech des cavales de Damballa. Une puce insérée dans le cerveau du Driver contient la personnalité scannée du Passenger. A des jours et heures contractuellement décidés, la personnalité du Passenger est activée puis prend le contrôle du corps de son Driver dont la conscience s’éteint dans l’intervalle. A la fin de la période contractuellement convenue, la conscience du Passenger se remet en sommeil et c’est le Driver qui revient aux commandes. Mais que se passerait-il si quelque chose buguait dans la puce ? An Eye For Property est une nouvelle de Tanya Fordwalker lisible sur le site React...

La vérité nous bouleversera


"The Truth of Fact, the Truth of Feeling" est une nouvelle de Ted Chiang qu’on peut télécharger là.
Elle prend pour thème les changements qui s’opèreront dans l’Homme quand il aura la possibilité (à venir sans nul doute) d’externaliser et de référencer complètement la mémoire de sa vie entière. Rappeler un souvenir, si lointain soit-il, et le revoir, intact , brut, ni flouté par le temps ni embelli par complaisance ou intérêt. Difficile de ne pas y voir une avancée vers une forme, utile et ludique à la fois, de vérité, reléguant dans le passé l’imprécision de la mémoire biologique et la tentation de la mauvaise foi.

Chiang établit, dans un double récit, un parallèle entre l’expérimentation de cette technologie par un occidental sceptique et les effets transformatifs de l’introduction de l’écriture au sein d’une société lignagère. Dans un cas, la mémoire des sentiments est concernée, dans l’autre celle des faits. D’un passé mouvant et souvent recomposé en fonction des besoins du moment, on passe, dans les deux cas, à une recension des évènements, bruts, non retravaillés, que leur enregistrement objectif rend insusceptible de modification.

Chiang pointe, dans les deux cas, le danger qu’il y a à renoncer aux accommodements qui facilitent la vie et permettent la cohésion sociale. Puis-je garder des amis, un conjoint, si je peux me repasser ad nauseam les disputes qui nous ont opposé ? Une société peut-elle perdurer si elle ne peut oublier les troubles qui l’agitèrent ou les conflits entre ses factions ? C’est évidemment bien plus (trop ?) difficile.
Et pourtant la réponse finale que semble donner Chiang est qu’il y aurait à y gagner. Pouvoir accéder à toute sa vie, intacte, permettrait de s’imposer la vision de ses erreurs et ruinerait ces fictions autobiographiques dans lesquelles le sujet à toujours le beau rôle. Cela ouvrirait la voie à la repentance puis à l’amélioration. Vérité et réconciliation en somme. On me permettra d’être sceptique.

Stimulant sur la plan intellectuel, le texte de Chiang me semble malheureusement faire preuve d’une trop grande sècheresse qui l’éloigne de la nouvelle et le rapproche de l’essai. Sans engagement émotionnel du lecteur, qu’en restera-t-il dans sa mémoire ?

The Truth of Fact, the Truth of Feeling, Ted Chiang

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
Cette idée me rappelle un épisode l’excellente série britannique « Dark Mirrors »: lors d’une dispute, un homme doté d’une puce-caméra repasse à sa femme une phrase déplacée qu’elle a malheureusement dite… L’enfer sur la Terre ^^
Gromovar a dit…
C'est exactement ça