De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

King of the Hill


Pour la règlementation française, un I.G.H. est un immeuble de plus de 50 mètres s’il est à usage d’habitation. Il est soumis à des règles de sécurité spécifiques. "I.G.H.", c’est aussi le titre français du roman de JG Ballard, High Rise, roman qui « conclut » la Trilogie de Béton de l’auteur (Crash !, L’île de béton, I.G.H.).

Dans la banlieue de Londres, un immeuble de 40 étages, partie d’un grand ensemble récemment terminé, abrite 2000 occupants (dont tous font partie de la fraction aisée de la population, upper middle class, et lower upper class) dans un espace luxueux, moderne, fonctionnel, et quelque peu aseptisé. L’immeuble comprend bien sûr des appartements, mais aussi des piscines, un toit terrasse, un centre commercial, un restaurant, une école. Ce type d’habitat collectif, et le type de population qu’il attire, évoque les créations de Le Corbusier, qui, à Marseille et sur moins d’étages, créa la Cité Radieuse en 1952. Il illustre l’utopie de l’unité d’habitation comme lieu de vie total où « tout » pourrait se faire hormis travailler. Mais ici tout dérape.

 Très vite, à cause des incivilités des uns et des autres et des défauts techniques du bâtiment, les tensions se cristallisent entre les trois « classes sociales » qui se partagent l’immeuble : les « petits » dans les étages inférieurs, les « grands » au sommet, et les « moyens » entre les deux. Ces tensions sont attisées par les nuisances que représentent inévitablement, pour ceux qui n’en ont pas, les enfants du « bas » ou les chiens du « haut ». De petits incidents de voisinage en conflits de plus en plus graves et ouverts, les habitants semblent régresser vers un état de barbarie. La violence s’installe dans l’immeuble, des groupes quasi tribaux se forment, des « zones » sont conquises, contrôlées, défendues, perdues. Progressivement, même l’organisation tribale s’étiole, et ne subsistent que de très petits groupes, presque familiaux, qui s’installent dans une économie famélique de chasseur-cueilleur en pillant les appartements désertés par des propriétaire en fuite ou morts. Certains perdent jusqu’à la parole, d’autres la vie, et tous la plus grande part de leur vernis civilisationnel.

Le lecteur suit cet effondrement à travers les pérégrinations d’un représentant de chaque milieu, Royal pour le « haut », Laing pour le « milieu » et Wilder pour le « bas ». A la toute fin, on comprend que le problème commence dans l’immeuble voisin. Comme souvent chez Ballard (on notera que le néfaste Docteur Pangbourne du dernier étage est le nom que Ballard donnera à la Gated Community de Sauvagerie), la vie moderne brouille la pensée humaine et ramène l’homme vers une folie barbare qu’il croyait avoir vaincue. Soit. Ca paraît sensé.

J’ai néanmoins toujours eu un problème avec ce roman que je lis pour la seconde fois. La dégénération me paraît trop rapide (un an environ). Elle me paraît impossible à croire dans un milieu d’où chacun peut partir quand il le souhaite. Que des hommes revenus à la bestialité se battent pour des cages d’ascenseurs, pourquoi pas ? Mais pourquoi ne quittent-ils pas les lieux ou ne préviennent-ils pas les autorités avant d’en arriver là, lorsqu’ils sont encore des gens à peu près normaux, et alors que beaucoup sortent pour aller travailler (même si ça cesse à la fin), et que l’anormalité de leur situation leur saute donc au visage tous les jours à l’extérieur, d'autant qu’il serait facile de s’y confier ?
Dans Sauvagerie, les « sauvages » sont, d’une certaine manière, « enfermés ». Dans « Les monades urbaines » de Silverberg, il n’y a nulle part où aller hors de l’immeuble et le champ de lutte est donc entre les murs. Dans Sa majesté des mouches, l’espace de l’île est clos de fait ; c’est donc là que s’affrontent les groupes en conflit. Même dans le raté La maison qui glissait, d’Andrevon, la fugue de l’immeuble dans une autre dimension explique la dynamique qui s’y instaure. Ici, j’ai beau essayer, je ne comprends pas pourquoi le champ de lutte est circonscrit à l’immeuble, pourquoi la fuite, l’exil n’est pas possible, pourquoi le monde (sous la forme des autorités) n’est pas convoqué dans l’immeuble. On dira que Ballard écrit une allégorie à valeur symbolique et théorique, que l'immeuble est le monde. Certes. Mais le cadre réaliste dans lequel il la place rend la suspension d’incrédulité presque impossible.

Disons pour finir que j’ai des amis qui vivent à la Cité Radieuse et d’autres au Grand Pavois, et qu’il ne m’a jamais semblé que ce que décrit Ballard avait la moindre chance d’advenir dans le réel. Ca n’aide pas ma crédulité.

I.G.H., JG Ballard

Commentaires

Anonyme a dit…
Tiberix (au Grannd pavois) : ici c'est plutôt les Monades Urbaines...
Gromovar a dit…
Visites nocturnes ?
Anonyme a dit…
Tiberix non, on snobe les voisins vivant des dans étages bas.
Gromovar a dit…
Pareil ici. On donnerait pas un verre d'eau aux gars du troisième.