Dans le Bifrost 122, il y a aussi une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso.
« La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille ». C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre, de John Scalzi, que s'ouvre De boue et de bois, un texte de 24 pages d'une richesse insigne.
Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen ». Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!!
Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ?
Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle.
On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évolution et la passion naturaliste (comme dans Wolf Worm) ; une forme délicieusement vintage de biopunk (très différent de celui de La Fille automate) ; un nouveau genre de damnés de la Terre ; des workhouses très dickensiennes ; et un enfant sauvage qui rappelle le film de Truffaut. Un mariage malheureux aussi, une perte terrible, et, omniprésents, le poids de la pression sociale et le jugement des pairs.
Ces thèmes sont tous suffisamment abordés pour ne pas faire gadget. Ils apparaissent par touches successives qui dévoilent l'univers du récit et construisent une biographie cohérente dans un monde qui ne l'est pas moins. Le tout sans oublier une forme d'humour pince-sans-rire très british « Oh, Henry, il se voulait différent. Il rêvait de musique enflammée, d’archet qui danse et de création qui brûle les veines — de triomphe éternel. Il n’a eu que la mèche qui virevoltait. » qui fait contrepoint d'une part à la culture très bourgeoise d'une protagoniste principale qui est le pur produit de son éducation, et d'autre part à la candeur enfantine et fraiche du « spécimen ».
C'est brillant, brillant, brillant. J'en suis tout ébaubi.

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