La Migration annuelle des nuages - Premee Mohamed - Retour de Bifrost 118

Futur trop proche, à quatre générations de nous environ. Prédation, effondrement de la biodiversité, changement climatique et pandémies émergentes, le monde (le nôtre) s'est effondré, pas sur un boom mais sur un murmure. Bien des humains sont morts dans les années de tribulation qui ont signé l’effondrement. Quelques-uns restent néanmoins. D'abord dans les lointains dômes, où les plus riches se sont apparemment réfugiés et où subsisteraient les merveilles de l'Ancien Monde (Cf. Exodes , de Jean-Marc Ligny) . Ensuite, plus nombreux, dans les ruines des villes, non loin d’une nature endommagée redevenue sauvage et donc dangereuse. Reid vit avec sa mère au sein d'une communauté qui tente de survivre dans ce qu'il reste d'Edmonton, précisément dans le campus de la ville. La jeune femme, comme sa mère, est porteuse du Cadastrulamyces , abrégé cad, un champignon parasite (Cf. The Last of Us ) qui se transmet de parent à enfant et finit par tuer son hôte non sans l’a...

On dira : C'est un brave


"Les soldats de la mer", d’Ada et Yves Rémy, est un recueil rassemblant un ensemble de chroniques (récits sous forme de nouvelles) liées par des rappels « historiques ». Il raconte quelques moments marquants de l’histoire de la Fédération, une entité étatique fédérale expansionniste dont le lecteur suit la progression, tant institutionnelle que territoriale. Publié en 1968, ce recueil a été régulièrement réédité depuis. Il est disponible aujourd’hui en numérique chez Dystopia, et le sera très bientôt en version papier.

Dans un monde qui n’est pas le nôtre mais qui ressemble grandement à celui du Premier Empire, la succession des Fédérations (il y en aura 5, de plus en plus étendues, auxquelles s’agrègent, pas toujours volontairement, protectorats et colonies) est décrite par l’entremise des hauts faits d’armes, des conquêtes, des rebellions, du destin de soldats mémorables et d’autres qui le sont moins (ou pas pour les bonnes raisons).

Hussards, dragons, grenadiers, entre autres, shakos, chevaux, sabres, c’est à toute la panoplie militaire du début du XIXème siècle que font appel les auteurs. On y croise aussi des nobles, des paysans, des aubergistes, des diplomates. Ce contexte éminemment martial, parfois héroïque, et délicieusement suranné possède un charme indéniable tant il diffère, en attrait, du nôtre.

La langue des auteurs soutient à merveille leur récit. D’un classicisme de bon aloi, le vocabulaire du recueil est riche, élégant, typé. Quelques lignes suffisent aux Rémy pour projeter le lecteur dans ce XIXème rêvé grâce à la magie d’un mot ou d’une image que personne n’utiliserait aujourd’hui.

Mais la Fédération n’est pas qu’un univers alternatif ou uchronique. C’est dans un monde fantastique qu’elle existe. Le deux lunes dans le ciel ne sont qu’un détail. Dans les récits du recueil, on croise des vampires, des fantômes (dont certains, tragiques, ignorent leur condition), des statues qui marchent, des forêts de perdition, des lacs portail, des objets de bois qui combattent, etc… Background + surnaturel auraient pu donner une resucée de roman gothique. Ce n’est, de fait, pas le cas car l’écriture, toujours fluide, est minimale, légère, évanescente. Un mot, une expression décrivent une situation et une ambiance, là où les auteurs gothiques accumulaient les éléments descriptifs. Cette économie de moyens fait de ces récits des textes faciles à lire, qui semblent couler de source, presque comme des contes. Nommons-le, s’il le faut, gothique elliptique. C’est en tout cas très gracieux.

17 nouvelles en tout. Les styles, les thèmes, comme les longueurs, varient de l’une à l’autre, dans les limites précisées ci-dessus. La plupart sont très agréables à lire, même si certaines sont prévisibles. La dernière explique le tout. On aime ou pas l’idée d’une explication finale ; j’aurais pu m’en passer, mais j’ai bien aimé la notion d’un monde rêvé dont l’existence même a pour finalité de préserver celle des rêveurs, de divinités n’existant que si on croit en elles, alors mêmes que les croyants ne sont que les créations ad hoc des dites divinités.

On lit ici et là que "Les soldats de la mer" est un chef d’œuvre. Je n’irai pas jusque là mais c’est assurément une belle lecture, plaisante, élégante, qui tantôt ravit tantôt intrigue, parfois amuse, d’autre fois exalte. On en sort charmé et satisfait. C’est déjà beaucoup.

Les soldats de la mer, Ada et Yves Rémy

Commentaires

Efelle a dit…
J'attends la version papier avec impatience.
Gromovar a dit…
15 jours, pas plus.
Lorhkan a dit…
je l'attends aussi avec une grande impatience !
Tigger Lilly a dit…
J'ai lu la première nouvelle, c'est du tout bon !
Gromovar a dit…
De la belle littérature.