The Will of the Many - James Islington

L’effet Streisand , tu connais, lecteur ? Et bien, il a fonctionné à plein récemment. The Will of the Many est un roman de fantasy à coloration romaine antique de James Islington. Lisant assez peu de fantasy, j’ignorais jusqu’à l’existence de ce roman qui, de fait, a bonne presse dans le monde anglo-saxon dont il est originaire. Et voilà qu’il est traduit et publié en France par l’éditeur Elder Craft. Et voici que le fandom repart encore une fois dans une de ces polémiques picrocholines dont il a le secret – celle-ci est un peu amusante car elle réactive, peut-être sans même le savoir, la notion de mort civile qui était une des originalités du droit antique. Si tu ignores de quelle polémique il s'agit, sache, lecteur, que tu n’as rien perdu. Toujours est-il qu’ainsi j’appris l’existence de ce roman et que, le pitch m’ayant intrigué, je décidai de l’acheter en VO pour le lire. Détails ci-dessous. Monde indéterminé de type terrestre. Ce monde connut, plusieurs siècles avant le débu...

L'Evangile d'Azathoth


Comment se retrouve-t-on à lire "Divinations of the Deep", de Matt Cardin, en numérique qui plus est ? Mieux vaut que tu l’ignores, lecteur.

Ce petit ouvrage, à la couverture superbe, est un recueil de cinq nouvelles qui cherchent toutes à répondre à la question fondamentale : « Dieu peut-il vraiment être incréé ? ». La réponse de Cardin est négative. Il y a un chaos primordial d’où tout est issu. Si la Création est le fait de Dieu, Dieu lui-même n’est qu’une création, involontaire (?), d’un Infini premier. Les grecs ne disaient pas autre chose, les premiers êtres nommés, Gaïa par exemple, émergeant, on ne sait trop comment, du chaos. L’ordre ordonné du monde n’est qu’une illusion imposée par Dieu, ce marionnettiste qui agite le monde et les hommes comme des marionnettes, sans réaliser qu’il est lui-même partie d’une réalité plus vaste, à l'extérieur du théâtre.
Derrière le semblant d’ordre, il n’y a que désordre. Au cœur de la vie, on ne trouve que corruption. Le nihilisme de l’auteur est absolu.

Cinq nouvelles donc, formant un Evangile inédit (que les fans de Dan Brown diraient sans doute apocryphe, se trompant sur le sens du mot mais lui trouvant une sonorité délicieusement mystérieuse).

Les deux premières sont brillantes.
« An Aborrhence to all Flesh », et surtout « Notes of a mad Copyist », brillante et envoutante, décrivent la découverte par deux hommes très différents, un lettré contemporain et un copiste médiéval, de la réalité cachée au cœur du monde. Effroi de la révélation, séduction de celle-ci, élation, doute, peur, culte ancien ou vérité irrépressible qui veut se dire elle-même (cachée dans les interstices, où les yeux ne regardent pas d'habitude), le ton est lovecraftien dans le meilleur sens du terme, même si le thème fait de ce recueil du « Fantastique théologique ou biblique (?) ». Descriptions assez vagues pour permettre l’imagination, horreur puis séduction, sentiment de se tenir au bord d’un gouffre de connaissance qui aurait du rester dissimulé et compulsion à s’y abimer, inanité du monde, a fortiori des œuvres humaines, destruction de celui qui acquiert le savoir caché, Cardin a bien lu Lovecraft ou ils ont bu aux mêmes sources archétypales.

Les trois nouvelles suivantes sont intéressantes aussi, bien que plus conventionnelles, si le mot n’est pas absurde ici.
« The Basement Theatre » est la plus explicite. Elle n’amène rien que de l’attendu. Dire explicitement n’est pas critiquable, c’est juste dommage quand on a tenté par ailleurs d’être plus subtil. Elle se lit néanmoins sans peine.
« Judas of the Infinite » est la conclusion inévitable de l’ensemble. Dommage qu’elle soit aussi assez prévisible, mais son pessimisme est triomphant.
La plus faible imho est « If it had Eyes » dont je ne dirai rien sinon que c’est Turner meets Carpenter.

"Divinations of the Deep" est une lecture passionnante, rapide, résolument originale. Dans la lignée de Ligotti, Cardin innove dans le thème en retrouvant - car les archétypes sont ceux de l’espèce - des œuvres plus anciennes qu’il régénère en puisant dans une connaissance biblique impressionnante.

Divinations of the Deep, Matt Cardin

Lecture participant au Challenge JLNN


Commentaires

Un de mes professeur avait cette expression fameuse pour parler du chaos primordial des grecs : une béance. Le terme est plaisant, n'est-ce pas ?
Lune a dit…
Bonne année à toi !
Je te rappelle que dans le cadre du JLNN, comme tu as publié ta première chronique, tu as droit à une nouvelle numérique gratuite chez ActuSF (modalités : http://unpapillondanslalune.blogspot.fr/2012/12/jlnn-editions-actusf-faites-un-souhait.html). Communique moi ton choix par mail : unpapillondanslalune@gmail.com