Baron Cimetière - Morgane Caussarieu

On le sait (et si on l’ignorait on vient de l’apprendre) , je ne lis pas de YA, je n’aime pas ce genre que je trouve trop souvent simple et caricatural. Et c’est encore pire depuis que la sainte trilogie Grief, Identity, Relief y est devenue récurrente. Mais Baron Cimetière est écrit par Morgane Caussarieu, une autrice qui est tout sauf mièvre et dont le style est toujours un plaisir. Et j’adore le Baron Samedi .  Alors, je me suis laissé tenter. Tel le Kaa du Livre de la Jungle , Caussarieu sait convaincre. Aujourd’hui, la Nouvelle-Orléans. Mika est un adolescent parisien de presque dix-sept ans arrivé là grâce à un billet d’avion opportunément envoyé par une vieille grand-tante qu’il ne connaissait pas. Opportunément, dis-je, car Mika avait besoin de quitter la France au plus vite après y avoir fait ce qu’on comprend être une grosse connerie. Le jeune homme qu’on découvre est tourmenté par une enfance compliquée, une relation amoureuse qui a tourné, semble-t-il, en eau de boud...

Le mieux est l'ennemi du bien


Bon, commençons par dire que "Le faiseur d'histoire" de Stephen Fry est un livre qui n'est pas déplaisant à lire. Ceci posé, voyons de quoi il retourne.
Stephen Fry, brillant scénariste, humoriste, auteur, et j'en passe, écrit ici une uchronie, sur le thème maintes fois traité de "Que serait-il arrivé si Hitler n'avait pas fait ce qu'il a fait, s'il n'était pas né, s'il était mort en bas age, etc...".
Un thésard en histoire, un peu lunaire, rencontre, à Cambridge, un physicien obnubilé par l'Holocauste. Ensemble, par un moyen dont la plausibilité scientifique n'est pas le problème de Fry, ils vont intervenir pour empêcher la naissance d'Hitler. Et réussir. Mais le nouveau monde qui naitra de cette divergence sera-t-il préférable à celui qui a été annulé ?
Fry traite, dans "Le faiseur d'histoire", les questions classiques de l'uchronie. Peut-on manipuler le passé ? Une modification de faible amplitude amènera-t-elle, par effet papillon, de grandes transformations, même à l'autre bout du monde ? Tout est-il à jeter dans le monde qu'on veut transformer ? Il le fait de manière satisfaisante, même si rien n'est très original, et y ajoute quelques questions sur la responsabilité et la culpabilité. Auteur grand public, Fry reste dans de l'aisément compréhensible par son lectorat habituel. Sans que rien ne choque, il manque donc un peu de folie et/ou de détails pour satisfaire pleinement le lecteur habitué aux uchronies.
Sur la forme, Fry est à la hauteur de sa réputation, sans doute trop. Son écriture est drôle, souvent brillante, il saute d'idée en idée dans des considérations qui tangentent régulièrement le nonsense anglais. Sur les premières pages, le lecteur est abasourdi, et sans doute ébloui, par le ton caustique du récit, la personnalité des principaux acteurs, la maîtrise dont l'auteur fait preuve dans les développements d'idées, dans les enchainements de fil en aiguille, dans les dialogues, souvent très drôles, notamment lorsqu'il est question des différences entre anglais d'Angleterre et anglais des USA.
Néanmoins, ce roman provoquera sans doute aussi son lot d'énervement. Emporté par son lyrisme, son humour, et son sens du coq à l'âne, Fry se regarde écrire, comme d'autres s'écoutent parler. Il y a dans "Le faiseur d'histoire" trop de digressions, trop d'énumérations, trop de détours de production autour de l'action principale que devrait livrer la scène. Le lecteur se trouve donc régulièrement à se dire qu'il serait bon maintenant que cette digression se termine et qu'on en vienne au fait, d'autant que tout lecteur un peu habitué au genre comprend vite comment les choses vont évoluer, ce qui rend la lenteur des évènements plus frustrante encore. Et je ne parle même pas des nombreuses pages (116 dans l'édition de poche) écrites sous forme de scénario qui tangentent, elles, le foutage de gueule pur et simple, en éliminant les descriptions utiles au profit de mouvements de caméra (entres autres) parfaitement inutiles pour le lecteur.
"Le faiseur d'histoire" est donc un roman plaisant, mais pas trop, qui aurait sans doute gagné à être écrit par quelqu'un d'un poil moins vif intellectuellement.
Le faiseur d'histoire, Stephen Fry

Commentaires

Lhisbei a dit…
je le garde en tête quand même :)
Lorhkan a dit…
Pareil.
Même si tu douches un peu mon enthousiasme sur le bouquin (que je n'ai donc pas encore lu, mais dont j'entends dire beaucoup de bien).
Gromovar a dit…
Je préviens simplement pour que les gens ne foncent pas tête baissée. Sur le nazisme, Fatherland de Harris est très supérieur.
Efelle a dit…
Tu es rude quand même... :)
Gromovar a dit…
Tout le monde sait que je suis une enflure ;)
Guillmot a dit…
Ha oui Fatherland ! En effet c'est du bon quand même.
Je crois avoir bien plus apprécié que toi, mais ce que tu n'as pas aimé pourrait ne pas plaire à d'autres. Il faut donc bien le montrer. Par contre, j'avais beaucoup aimé moi! Vraiment un chouette livre pour moi.
Gromovar a dit…
J'ai vraiment eu l'impression qu'il tournait beaucoup trop autour du pot.