De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Bon et gratuit à la fois


La belle et grande maison d'édition Tor vient de mettre gratuitement à la disposition des e-lecteurs une compilation de nouvelles parmi les meilleures de celles qu'elle a mises gratuitement en ligne en 2011 sur cette page d'excellent aloi.
Le recueil, dont le descriptif se trouve ici, est disponible gratuitement sur le site US d'Amazon pour les Kindle ou en version Nook (notons que je déconseille vivement de lire les résumés des nouvelles avant leur lecture, tant pour certaines la surprise est une partie du plaisir). Pour les autres lecteurs intéressés, il suffit de télécharger les nouvelles manuellement et de les importer dans leur propre reader. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, et ici, l'ivresse est au rendez-vous.
Il y a au moins cinq nouvelles de très bonne facture dans ce recueil.

Six months, three days de Charlie Jane Anders est une réflexion intéressante et humanisée sur le destin et l'avenir. Est-il écrit ou non? Peut-on le changer ? Comment vivre en le connaissant ?

The dala horse de Michael Swanwick est une jolie transposition du petit chaperon rouge dans une Scandinavie post-apocalyptique. Pas la meilleure mais agréable à lire.

A clean sweep with all the trimming de James Alan Gardner est l'histoire classique du "gars qui rencontre la fille qu'il lui faut pas", située dans l'Amérique des G-men, de Hoover, des speakeasys, des petites pépés...et des spacemen. Hommage jubilatoire et assumé à Damon Runyon, c'est une nouvelle qui se déguste avec le plaisir de la nostalgie des Incorruptibles en noir et blanc. Elle se termine plutôt mieux qu'attendu, le gars étant moins bête que prévu.

Beauty belongs to the flowers de Matthew Sanborn Smith narre quelques instant de la vie égocentrée d'une jeune japonaise obnubilée par son amourette "tragique" pendant que son père meurt à l'hôpital d'un empoisonnement aux nanos. A moins d'être un fan de mange (ce que je ne suis pas), bof ! So what ? Il faut la lire quand même pour le monde qu'elle décrit et sa mise en scène formelle. Androïdes, réalité augmentée, connection permanente incorporée, modifications corporelles, nanos, lumières vives, pluie, etc... le Nagasaki de Smith m'a furieusement rappelé l'époustouflante Chiba de Gibson.

Shtetl days de Harry Turtledove est une novella brillante (MUST READ), le meilleur texte du recueil. Uchronique, glaçante, passionnante et presque hégelienne, je ne veux rien en dire pour ne gâcher le plaisir de personne. Je conseille seulement de la télécharger, même seule, et de la lire, sous quelque format que ce soit.

Un bon recueil à un prix que je qualifierais d'infiniment compétitif.


Lu dans le cadre du Winter Time Travel 2 pour une nouvelle



Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly pour une nouvelle.

Commentaires

Cedric Jeanneret a dit…
tu as fais comment pour l'obtenir ? Parce que lorsqu'on va sur la page du recueil sur Amazon (en passant par Tor.com sinon on ne peut pas le trouver), le recueil est indiqué comme "Not currently available"
Cedric Jeanneret a dit…
je crois avoir compris : "US only" selon le site de Tor.Com....

Si tu as un moyen de me le passer en ayant fait sauter les kofkofkofRM, je veux bien...
Lhisbei a dit…
Tiens voila qui répond à la question que je n'ai pas encore eu le temps de te poser en commentaire sur mon blog ;)

tu veilles sur une éventuelle traduction ?
Gromovar a dit…
@ Lhisbei : Traduction de quoi ?

@ Cédric : Mon fichier est locké. Mais tu peux récupérer ce que tu veux en copiant collant directement sur le site, par exemple ici pour Shtetl days http://www.tor.com/stories/2011/04/shtetl-days
Idem pour les autres à partir de la page d'accueil du recueil.
Lhisbei a dit…
la traduction des 5 textes que tu as appréciés...
Gromovar a dit…
Je veille mais je doute. Faudrait convaincre un ou deux des traducteurs patentés de notre connaissance de s'y atteler.
Guillmot a dit…
Je vais lire ça tant que c'est gratis.
Lorhkan a dit…
J'ai déjà tellement à lire dans la langue de Molière... Mais l'initiative est à saluer ! :)
chris a dit…
Ce commentaire sera légèrement digressif, mais je reste toujours étonné par le caractère toujours un peu "cyber" des lieux du Japon chez les auteurs de SF...

Cette image provient-elle de l'époque de la bulle éco japonaise?

(ayant commencé avant la massification de la diffusion des mangas, je ne crois pas que l'origine soit à chercher dans les BD).

Il est intéressant de voir que certains lieux sont pris comme des étendards de technologie cyber sans prise à la réalité.

Nagasaki ? (Une ville assez tranquille - je conseille le musée de la bombe, à ce propos.) Chiba ? (une ville et un département... Plutôt vert pour ce dernier, avec des surfers, des fleurs et des green... Si j'habitais au Japon, je choisirai Chiba, d'ailleurs)
Gromovar a dit…
Je crois que ça tient à l'image hitek du Japon au début des années 80, et que ça a été immortalisé par Gibson dans Neuromancien.