Revue Tina IA - Collectif

  Je ne suis guère partisan de l'autopromo mais, la revue étant collective, je veux signaler ici la sortie du numéro de  la revue Tina  consacrée à l'IA. Je ne citerai personne pour n'oublier personne (sommaire ci-dessous) , je dirai juste ici que les 190 pages de la revue sont bien remplies de fictions autant que de non-fictions, qu'on y croise Ian Soliane ( qui commence à être bien connu des lecteurs de ce blog ) , qu'on y lit de la poésie et qu'on peut même y écouter une bande-son. Le sommaire complet de la revue est disponible là. Allez y jeter un oeil, voire les deux.

I need lunch


I need lunch, c'est une chanson du groupe punk américain Dead Boys. La groupie qui s'émerveille ci-dessous d'assister à un concert où on crie son nom, c'est Lydia Lunch. Egérie du no wave, comme Nico l'a été de la Factory, Lunch promène sa carcasse dans le milieu underground, de New-York à Los Angelès, en passant par New-Orleans. "Paradoxia" est son journal, une autobiographie à la dureté assumée.
Sexe, drogue, alcool, un peu de go-go et de prostitution, mecs de passage, coups rapides, squats, vols, sont les mots qui décrivent la vie de Lydia dès son arrivée à New-York à l'âge de 16 ans, fuyant un père incestueux et violent, et un avenir bouché. C'est ce dont parle le livre.
L'ouvrage a trois qualités majeures. D'une part, Lydia n'essaie jamais d'arranger son histoire ou de se donner le beau rôle. Sans s'apitoyer, elle décrit une vie dangereuse et excitante dans laquelle elle cherche l'adrénaline, qui est sa drogue principale, et l'exorcisme, par la répétition, jusqu'à l'écoeurement, des tourments fondateurs de son enfance. Elle dit sa froideur, son calcul, son égoïsme, comme peu oseraient le faire. D'autre part, Lunch décrit en peu de mots, mais fort bien, la saleté et la corruption urbaine. Et la ville n'est pas seulement répugnante. Même les institutions, en particulier les urgences qu'elle fréquente souvent, y sont dysfonctionnelles. Glauque à souhait, par moment son style rappelle le splatterpunk, a fortiori lorsqu'elle décrit New-Orleans, antre de Poppy Z. Brite, même si c'est Hubert Selby Jr. qui fait son panégyrique. Enfin, Lydia a une manière concise et précise de croquer une personnalité en quelques paragraphes qui font de ses amants des personnages immédiatement réalistes et incarnés.
Les deux gros défaut du livre sont, d'une part une accumulation de scènes de sexe très détaillées (dans la première moitié du livre) qui lassent par leur répétition, d'autre part l'absence de tout ce qui fait qu'elle est connue, c'est à dire sa musique, sa poésie, ses contacts avec le milieu punk au moment du bouillonnement du CBGB, etc... La vie de Lydia, telle que narrée dans "Paradoxia" pourrait être celle de n'importe quelle junkie nymphomane, alors qu'elle est loin de n'être que cela.
On peut écouter la dame ici, avec Big Sexy Noise.
Mais si on trouve que Mademoiselle Lunch est trop méchante, plus même que Gromovar, on peut écouter ça à la place.
Paradoxia, Lydia Lunch

Livre lu dans le cadre d'une Masse Critique Babélio.

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