Palaces of the Crow - Ray Nayler

Lituanie. 1941. L’opération Barbarossa . Toi et moi, lecteur, savons ce qui arrive. Les protagonistes du roman, assurément pas. Ces protagonistes dont je parle sont quatre jeunes personnes, entre l’enfance et l’adolescence, que le vent de la guerre emportera, transformera, cassera jusqu’à ce que ne restent que les vestiges de ce qu’ils furent ou auraient pu être. Qui sont-ils quand le roman commence ? D’abord (pas d’inquiétude, je ne spoile rien qui ne soit lisible dès l’abord du roman) Neriya, une brillante jeune fille juive de quatorze ans, qui perd sa famille quand le shtetl dans lequel ils passaient l’été est attaqué. Seule, elle fuit. Czeslaw, un très jeune soldat de l’Armée Rouge, d’origine polonaise (il a menti sur son âge pour pouvoir s’engager et soulager ainsi sa mère seule) . Czeslaw a perdu son unité et ses camarades. Déserteur, seul, il fuit. Kezia, une jeune Rom dont la famille est tuée sans motif aucun. Seule, elle fuit. Et Le Garçon, qui ne parle pas ou plus, que Kezia...

La réponse est 42


Blopromptu, qui a un peu l'air qu'aurait eu la princesse Leia si Luke n'était pas venu la libérer de Jabba, posait récemment, citant Sylvie Denis, une question d'importance :

"Pour quelle raison bizarre et irrationnelle des êtres humains adultes, responsables et occidentaux, pourvus pour la plupart de conjoints et de progéniture, de métiers, de positions sociales même, enfin bref, des gens comme vous et moi, lisent-ils des histoires d'empires galactiques, de batailles spatiales, d'aventuriers stellaires et autres fariboles situées dans des futurs aussi lointains qu'improbables ?"

La réponse à cette question est indubitablement 42. Développons un peu. On pourra le faire de deux manières : la belle et bonne, et la véridique.

La belle et bonne : J'aime la SF parce que ça permet d'étudier des hypothèses incroyables sans interférence ni frottement, de faire de la prospective, de tester des systèmes sociaux ou des modes de vie innovants, d'étudier l'effet du temps très long et des distances astronomiques sur la gestion politique, le commerce, la diffusion des connaissances, de se demander ce qui arriverait si l'homme changeait (même jusqu'à disparaitre au profit de ses successeurs), si les IA apparaissaient, si des aliens entraient en contact avec nous ou nous avec eux, si nous approchions de l'heure où notre soleil s'éteindra... Les romans de SF veulent répondre à ces questions et le font en général plutôt bien. En tout cas, ils ouvrent des pistes de réflexion.

La véridique : Le Gromovar qui lit aujourd'hui doit tout à celui qui lisait il y a plus de 30 ans. Et celui-ci ne s'occupait guère de questions intellectuelles. Pour tout dire, il était un peu con. Quand on lit Les psykors de Paal Zuick ou la collection complète des D.A.S. de KH Scheer, on ne peut prétendre à beaucoup de motivation intellectuelle. Je vais donc étendre le questionnement aux autres littératures de l'imaginaire et même aux jeux de rôles. Pourquoi lire et/ou jouer ? Pour s'évader bien sûr, mais surtout pour voir des choses merveilleuses, et, pour ceux qui ont cette faculté de schizophrénie volontaire sans laquelle on ne peut apprécier les jdr, de les vivre. Le monde dans lequel nous vivons n'est guère excitant (et quand on a dix ans, concentré d'impuissance et de dépendance, il l'est encore moins), tout est découvert, l'héroïsme est ridicule, la "victime" est la figure dominante et valorisée du XXIème siècle. Si la réalité n'existe que dans notre esprit, alors autant le peupler d'une réalité aimable et excitante. Lire de la SF c'est embarquer pour l'autre bout de la galaxie dans un vaisseau supra-luminique vs. embarquer dans le tram pour le collège. Lire de la fantasy c'est manipuler des énergies magiques colossales pour condamner une porte démoniaque vs. tourner la clé pour s'enfermer chez soi le soir quand les parents sont sortis. Lire du fantastique c'est découvrir qu'il y a vraiment un monstre dans le placard et pas seulement de vieilles charentaises. Jouer aux jdr, enfin, c'est fracasser des cranes de démons à la hache vs. être assis dans une véranda à boire du coca en bouffant du quatre-quart. Choisis ton camp, camarade. Moi j'ai choisi le mien.

Lhisbei et Anudar ont aussi un avis.
Cédric "Wastburg" Ferrand retourne fort bien la question.

Commentaires

chris a dit…
+1 ^o^ (cela fait donc 43).

Mais je n'ai jamais lu Les psykors ou DAS (alors là...).
Anudar a dit…
Excellent ! Bravo !
Lhisbei a dit…
je poutre avec toi de l'Orc baveux et du troll squameux Grom' ...
lael a dit…
j'aime beaucoup ta conclusion XD
Blop a dit…
Du sang, du sang, de la magie , des batailles spatiales !!!! Ouaiiiiiis !!
Efelle a dit…
Du sang et des âmes pour mon seigneur Arioch !
Les FNA ce n'étaient que d'occasion en vacances par contre les Moorcock c'était par série entière, dans le désordre puis relecture dans l'ordre !
Tu as l'éloquence qui me font défont sur ce sujet.

Je te laisse car le sac d'Imrryr m'attend...
Gromovar a dit…
Je t'y rejoins.
Vert a dit…
C'est marrant parce que je suis en train de lire les différentes réponses et je suis d'accord avec toutes. La tienne (avec ses deux versions) est bien rigolote et ô combien vraie, je sers la belle et bonne à mon entourage mais c'est juste une couverture *siffle*

Par contre y'a pas de tréma à Leia :P
Unknown a dit…
Lire de la SF c'est embarquer pour l'autre bout de la galaxie dans un vaisseau supra-luminique vs. embarquer dans le tram pour le collège

Pour sûr que dit comme ça, je suis heureuse de lire de la SF :)

Ca y est ! j'ai enfin répondu à La question ... il était temps