L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Dans le royaume de Namor


"Le monde perdu sous la mer" est un court roman écrit en 1929 par Sir Arthur Conan Doyle. Après avoir envoyé de courageux explorateurs visiter les entrailles de la Terre dans "Le monde perdu", c'est cette fois au fond de l'Océan Atlantique que Doyle expédie d'intrépides anglo-saxons. Ils y découvriront, sans le vouloir, ce qui reste de la civilisation atlante, engloutie depuis 8000 ans.
"Le monde perdu sous la mer" est un petit bijou de désuétude. Désuet, ce roman l'est par sa forme. Epistolaire, il décrit les péripéties de trois explorateurs au fond des mers et les étranges rencontres qu'ils y font, à l'aide de force lettres et carnets de bord. Très descriptif, Doyle utilise une profusion d'adjectifs, souvent très évocateurs, qui n'est pas sans rappeler Lovecraft par moments. Quand aux expressions et tournures de phrases, elles sont aussi caractéristiques de l'époque, fréquemment emphatiques et gentlemanly. Mais le fond aussi donne à ce roman une patine charmante. Le Bien y affronte le Mal ; la passion scientifique rend fou et inconscient du danger ; on utilise l'Ether pour faire de la télépathie ; on mange au fond d'une fosse marine du pain, du café, du thé, du lait synthétisés par les atlantes ; la culture britannique conquiert et séduit un peuple atlante pourtant gros de 8000 ans d'Histoire ; les femmes sont belles, soumises, suivistes, les hommes courageux et nobles ; les progrès de la science permettent de croire que tous les mystères seront bientôt dissipés (on retrouve ici le Lovecraft des Montagnes Hallucinées en version optimiste).
Au final "Le monde perdu sous la mer" est une lecture rapide et agréable, dans la lignée de ces romans d'aventure scientifique du début du XXème siècle où tout finissait bien en général, et où de vaillants explorateurs britanniques (français quand l'auteur était français) ramenaient fortune, connaissances, et femmes exotiques, de leurs expéditions au-delà du monde connu.
Note : Un point sur lequel Doyle est tragiquement moderne (il n'a pourtant ni lu Marcuse ni connu la disneyisation du monde). Voici comment il explique la cause de la chute de l'Atlantide : "...à mesure que les richesses augmentaient, les visages à l'écran devenaient bestiaux et cruels...On nous montra les signes d'une dissipation lascive, d'une dégénérescence morale, l'accroissement de la matière et le déclin de l'esprit. Les sports brutaux avaient pris la place des anciens exercices virils. Il n'y avait plus ni vie familiale simple et tranquille ni culture de l'esprit, nous avions la vision d'un peuple superficiel, agité, en quête d'une chose puis d'une autre, voulant saisir le plaisir sans savoir le garder, imaginant pouvoir le trouver sous une forme toujours plus complexe, toujours moins naturelle. Apparurent, d'un côté une classe riche ne cherchant que la gratification sensuelle, et de l'autre, unrésidu pauvre dont l'unique fonction était de servir les besoins des maîtres, si mauvais fussent-ils.". Depuis Platon, cette occurrence ne cesse de se répéter.

Le monde perdu sous la mer, Arthur Conan Doyle

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Eheh je comprends mieux tes commentaires sr Facebook ;)
C'est tentant... Le genre d'ouvrage avec un style qui, je pense, me plairait bien.
Gromovar a dit…
Je te préviens quand même que c'est assez Jeunesse mais comme les héros ne sont pas des adolescents c'est très lisible.