No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

Sky is the limit


"The strange affair of Spring-Heeled Jack" c'est le Rocky Horror Picture Show en livre. Mark Hodder a pris l'énormissime Sir Richard Francis Burton, le mystérieux Spring-Heeled Jack, et en a fait les héros d'un roman steampunk et uchronique complètement déjanté.
Sans dévoiler trop de l'intrigue, je dirai seulement que Spring-Heeled Jack est un croquemitaine réel de l'ère victorienne, connu en Angleterre mais ignoré en France, car n'ayant pas, comme l'autre Jack, spécialisé dans l'éventration celui-là, tué des prostituées, mais seulement agressé sexuellement des jeunes filles du peuple (dont certaines étaient sûrement femmes de ménage), sa notoriété n'a pas franchi la Manche. Sa petite histoire personnelle entre en collision avec la grande Histoire quand il croise les routes de la reine Victoria, du 1er ministre Palmerston, et de Richard Burton. Mais dans "The strange affair of Spring-Heeled Jack" il y a aussi, Darwin, Galton, Brunel, Swinburne, Nightingale, les pré-raphaëlites, etc... Tous sont utilisés dans le récit, tous sont dans des situations et des postures assez incroyables, tous mettent à rude épreuve la suspension d'incrédulité du lecteur. Mais quel plaisir s'il y parvient. Le roman est un roller-coaster qui saisit le lecteur et l'emmène toujours plus loin dans la folie.
Uchronie, steampunk, paradoxes temporels, Hodder mêle habilement les genres au service d'une enquête qui n'est pas sans rappeler Sherlock Holmes (le petit rôle tenu par Oscar Wilde est significatif). Dans un Londres de 1861, bien plus avancé techniquement que celui que nous avons connu, mais aussi atroce socialement (misère sociale, pollution, et statut inférieur de la femme sont longuement décrits), Burton et son ami Swinburne, étrange et amusant équipage s'il en est, et vraiment très différent du couple Holmes/Watson, traquent un Spring-Heeled Jack dont les méfaits s'étalent sur presque trente ans. Mais il y a aussi, dans ce Londres alternatif, des loups-garous, des cyborgs, du mesmérisme, des petits ramoneurs, de l'amour (euh, non, au contraire en fait). On y trouve aussi des considérations sur le poids des conventions et l'amour de la liberté. Hodder ne se donne aucune limite, et son roman va dans l'excessive imagination là où peu sont allés avant lui, ce qui lui a sans doute valu le Philip K. Dick Award 2010.
"The strange affair of Spring-Heeled Jack" prouve par l'absurde qu'il est très dangereux de tripatouiller la trame du temps, et s'il en était encore besoin, que le mieux est l'ennemi du bien.
Les seuls bémols que je mettrais sont l'existence d'une longue partie dans laquelle l'histoire est revue à travers les yeux du croquemitaine et qui aurait gagné à être plus courte et off, un personnage de Spring-Heeled Jack qui ne suscite jamais l'empathie alors que son sort est tragique, et une "bataille finale" peut-être un peu trop longue aussi et stylistiquement différente de ce qui précède. Malgré ces défauts, le roman est d'une lecture très agréable.
The strange affair of Spring-Heeled Jack, Mark Hoddder

Lu dans le cadre du défi steampunk

Commentaires

Isil a dit…
Il me faut ce livre absolument (tant pis pour ma pal). Ere victorienne et Richard Burton, personnage qui me fascine depuis que j'ai vu le film "Aux sources du Nil": ça a été écrit pour moi.
Gromovar a dit…
Isil, je t'aime. Tu es la seule personne qui quand je dis Richard Burton ne croit pas que c'est le mari d'Elisabeth Taylor.
Blop a dit…
Le mec, il dit "des fora" et non pas "des forums" comme nous autres, les ploucs non latinisant. Chapeau bas, M. Anudar. J'en reste baba !
Anonyme a dit…
Merci, je prends bonne note de ce livre, il y a bien ces derniers temps un retour en force de l'époque victorienne mais les bons livres restent aussi rare. Vivement qu'il sorte en poche !
Gromovar a dit…
Garde l'oeil ouvert. C'est en anglais pour l'instant, tu l'auras noté.