Ode to the Half-Broken - Suzanne Palmer

2066. Guerres et catastrophes environnementales, notre monde a failli se terminer il y a quarante ans. Puis, lassitude et attrition aidant, les choses se sont (presque) calmées. Reste une civilisation humaine largement détruite, et un environnement naturel qui ne vaut guère mieux. Tentent d’y survivre, autant que faire se peut, les humains survivants et des méchas qui ont acquis, au fil des ans, une conscience et leur autonomie – une agency dirait William Gibson. Dans ce monde qui tente péniblement de se reconstruire vit paisiblement un ancien mécha de combat (qui a abandonné son ancien nom et pas encore choisi le suivant – qui sera Be) . Le bot, seul depuis des décennies comme un parfait ermite, s’intéresse aux fourmis et plus généralement aux insectes. Il se « réveille » un jour affalé dans une baignoire, après 36 heures de shutdown forcé, sans aucun souvenir de ce qui a causé cet arrêt. Plus problématique encore : il lui manque la jambe gauche. Si Be a tourné le dos au m...

C'est ça l'Ordre Noir ?


Pour son dernier roman, "Ordre Noir", Johan Heliot, dont le "Question de mort" m'avait fortement distrait, n'a pas fait dans la demi-mesure. 440 pages de texte mêlant uchronie, univers parallèles, géopolitique, Dieu ? Héliot nous emmène, sur 2000 ans et plusieurs univers, à la rencontre d'un conflit éternel entre le "bien" et le "mal". De Jérusalem à Washington, en passant par Berlin et Séoul, l'histoire humaine se joue dans des coulisses surnaturelles que l'auteur nous propose de découvrir. Avec de tels ingrédients, le plat s'annonçait savoureux, pour peu que le cuisinier ne gâche pas la sauce.

Or, disons-le tout de suite, "Ordre Noir", son nouveau roman adulte (contrairement à ses romans jeunesse, on y meurt beaucoup, et de manière peu ragoutante) est truffé de défauts, comme autant de grumeaux. Listons les :
Une héroïne insignifiante dont le rôle consiste à se faire trimballer d'un point à un autre par des gens qui en savent plus qu'elle et qui rappelle furieusement les scream queen des films d'horreur
Un Ordre Noir manquant singulièrement de charisme. Pour effrayer, il aurait du être plus structuré, plus mystérieux, et surtout plus ubiquitaire, l'Empire des premiers Star Wars, ce n'est pas le cas ici
Des explications, techniques notamment, demandant un effort de suspension d'incrédulité au-delà de ce qui est habituel
Une propension un peu trop marquée au deus ex machina
Une fin trop rapide (baclée ?) qui aurait nécessité une bonne trentaine de pages supplémentaires
Un point Godwin mérité ?

Nonobstant j'ai pris beaucoup de plaisir à lire "Ordre Noir". En effet, Héliot construit un système d'univers parallèles et d'uchronies cohérent. Il construit sa narration, en plusieurs fils parallèles, de telle manière que les explications se succèdent à un rythme modéré, ce qui permet au lecteur de goûter au plaisir du mystère, sans sombrer dans la frustration de l'incompréhension. Guidé d'une question inquiétante à une réponse jamais trop éloignée, le lecteur tourne les pages à toute vitesse pour progresser dans la découverte de la vérité cachée de l'ouvrage. Les chapitres courts l'y incitent aussi fortement. L'aventure contemporaine, qui est le moteur du livre, est entrelardée par les éléments de l'intrigue bimillénaire, apportant des explications ainsi qu'une trame narrative passionnante elle aussi. Certains des personnages sont très intéressants, en particulier Meyer et Avri, justement parce qu'ils gardent longtemps un certain mystère. Enfin, Johan Héliot ne craint pas de salir ses pages d'un sang abondant ; étant donné ce qui se joue, c'est bien le moins.
J'ai donc lu "Ordre Noir" en deux jours, attiré par la conclusion comme une phalène par la lumière, et j'y ai pris du plaisir. Le plat n'est pas parfait, mais il a quand même bon goût.
Johan Héliot, Ordre Noir

Commentaires

El Jc a dit…
Beau coup de clavier ;o) Si l'occasion se présente pourquoi pas ?
Gromovar a dit…
C'est un très bon roman de vacances.