Le Molosse - Tanabe d'après Lovecraft

Sortie du neuvième volume des adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe. " Le Molosse " est le premier recueil réalisé par le mangaka japonais, il réunit trois nouvelles : Le Temple , écrite en 1920, Le Molosse , écrite en 1922, et La Cité sans nom , écrite en 1921. Le Temple est la plus longue et la plus réussie imho. Dans les coursives d'un U-boat allemand en perdition durant la première guerre mondiale, on plonge vers une cité engloutie alors que la folie gagne peu à peu tout l'équipage. Dure, claustrophobique, Le Temple , dans une ambiance éprouvante à la Das Boot , met l'homme face à des terreurs et des anciennetés sans nom. Un très bon récit joliment adapté. Le Molosse est plus (trop) classique. Deux amis occultistes, l'un des deux est le narrateur, première mention lovecraftienne du Nécronomicon , créature hostile invoquée involontairement par une amulette magique, on est ici dans du trop classique, encore trop proche de l'horreur traditionnelle en

C'est ça l'Ordre Noir ?


Pour son dernier roman, "Ordre Noir", Johan Heliot, dont le "Question de mort" m'avait fortement distrait, n'a pas fait dans la demi-mesure. 440 pages de texte mêlant uchronie, univers parallèles, géopolitique, Dieu ? Héliot nous emmène, sur 2000 ans et plusieurs univers, à la rencontre d'un conflit éternel entre le "bien" et le "mal". De Jérusalem à Washington, en passant par Berlin et Séoul, l'histoire humaine se joue dans des coulisses surnaturelles que l'auteur nous propose de découvrir. Avec de tels ingrédients, le plat s'annonçait savoureux, pour peu que le cuisinier ne gâche pas la sauce.

Or, disons-le tout de suite, "Ordre Noir", son nouveau roman adulte (contrairement à ses romans jeunesse, on y meurt beaucoup, et de manière peu ragoutante) est truffé de défauts, comme autant de grumeaux. Listons les :
Une héroïne insignifiante dont le rôle consiste à se faire trimballer d'un point à un autre par des gens qui en savent plus qu'elle et qui rappelle furieusement les scream queen des films d'horreur
Un Ordre Noir manquant singulièrement de charisme. Pour effrayer, il aurait du être plus structuré, plus mystérieux, et surtout plus ubiquitaire, l'Empire des premiers Star Wars, ce n'est pas le cas ici
Des explications, techniques notamment, demandant un effort de suspension d'incrédulité au-delà de ce qui est habituel
Une propension un peu trop marquée au deus ex machina
Une fin trop rapide (baclée ?) qui aurait nécessité une bonne trentaine de pages supplémentaires
Un point Godwin mérité ?

Nonobstant j'ai pris beaucoup de plaisir à lire "Ordre Noir". En effet, Héliot construit un système d'univers parallèles et d'uchronies cohérent. Il construit sa narration, en plusieurs fils parallèles, de telle manière que les explications se succèdent à un rythme modéré, ce qui permet au lecteur de goûter au plaisir du mystère, sans sombrer dans la frustration de l'incompréhension. Guidé d'une question inquiétante à une réponse jamais trop éloignée, le lecteur tourne les pages à toute vitesse pour progresser dans la découverte de la vérité cachée de l'ouvrage. Les chapitres courts l'y incitent aussi fortement. L'aventure contemporaine, qui est le moteur du livre, est entrelardée par les éléments de l'intrigue bimillénaire, apportant des explications ainsi qu'une trame narrative passionnante elle aussi. Certains des personnages sont très intéressants, en particulier Meyer et Avri, justement parce qu'ils gardent longtemps un certain mystère. Enfin, Johan Héliot ne craint pas de salir ses pages d'un sang abondant ; étant donné ce qui se joue, c'est bien le moins.
J'ai donc lu "Ordre Noir" en deux jours, attiré par la conclusion comme une phalène par la lumière, et j'y ai pris du plaisir. Le plat n'est pas parfait, mais il a quand même bon goût.
Johan Héliot, Ordre Noir

Commentaires

El Jc a dit…
Beau coup de clavier ;o) Si l'occasion se présente pourquoi pas ?
Gromovar a dit…
C'est un très bon roman de vacances.