Batman Imposter - Tomlin - Sorrentino - Bellaire

Batman Imposter est une histoire complète de Mattson Tomlin (scénariste) et Andrea Sorrentino (dessinateur de la série Le Mythe de l’Ossuaire ) colorisée par Jordie Bellaire (une complice habituelle de James Tynion IV) . Une fois encore : ne pas se poser la question de la continuité. Bruce Wayne porte le costume de Batman depuis quelques années. Il a, depuis, lutté contre le crime à Gotham avec l’aide du commissaire Gordon. Leur principal fait d’armes a été la mise au jour de la corruption de certains juges par la mafia, ce qui a abouti à la libération de nombreux criminels en raison de l’illégalité des procédures qui les avaient concernés. Quand l’histoire commence, Gordon a été poussé à la démission, le procureur Dent est aux abonnés absents, et la ville comme le GCPD se méfient vivement d’un justicier masqué dont nul n’arrive à déterminer s’il est un paladin, un criminel ou un fou furieux. C’est là, page 1, que ledit justicier arrive, gravement blessé, chez Leslie Thompkins, sa t...

Chaque obstacle est une opportunité


Le monde de "Jennifer Government" est proche du nôtre dans le temps, et peut-être pas si loin dans l'organisation. Cauchemar des keynésiens, meilleure approximation de l'enfer pour les marxistes, ce monde est le paradis des ultra libéraux. Utopie von hayekienne réalisée, il est constitué de deux grands blocs, d'une part l'Union Européenne où il y a des taxes et "où les gens qui travaillent doivent donner une part de leur argent à ceux qui ne travaillent pas", d'autre part les pays US, où se situe l'action, où tout a été privatisé, où il n'y a plus de taxes et où tous les services sont payants, y compris la police, les secours, ou l'intervention gouvernementale. Dans ces pays, la régulation étatique a été presque complètement remplacée par une régulation contractuelle et judiciaire, et le "Gouvernement" n'est qu'un joueur parmi d'autres, en vague position d'arbitre. Dans ce monde, la publicité et la consommation sont la vie même, la loyauté d'entreprise s'est totalement substituée à toute loyauté nationale ou communautaire (le nom des salarymen est constitué d'un prénom suivi du nom de leur firme), les seuls achèvements qui vaillent sont entrepreneuriaux. L'homme y est unidimensionnel comme Herbert Marcuse prévoyait ici, dès les années 60, qu'il le deviendrait. Et les quelques "résistants" ne font objectivement pas le poids.
L'histoire commence quand John Nike a une brillante idée de guérilla marketing. La mise en oeuvre de cette stratégie aura pour conséquences ultimes un conflit armé, des actes terroristes, des meurtres et enlèvements. Personnage amoral, qui évoque l'archétype du capitaliste motivé par la seule recherche de la maximisation du profit, John Nike franchit progressivement toutes les étapes conduisant à une guerre économique totale et à une tentative d'éradication du "Gouvernement". Possédé par l'hubris, cet homme connaîtra l'ascension, emportant avec lui, dans le bruit et la fureur, tous ceux qui l'approchent. "Jennifer Government", sa nemesis, transfuge écœurée du monde de la publicité passée au "Gouvernement", n'aura de cesse de le traquer pour l'amener devant ce qui reste de justice, pour une chute qu'il vivra seul, quand le système capitaliste auquel il appartenait et qu'il a servi jusqu'à la déraison jugera qu'il est devenu trop dangereux.
Fortement ironique et caustique, le roman peut être lu comme un divertissement, une démonstration par l'absurde (il parait que les fans de Dilbert adorent cet auteur), ou plus sérieusement comme une mise en garde contre la folie d'une société dépouillée de toute rationalité en valeurs au profit d'une simple rationalité en finalité.
Constitué de chapitre courts, doté d'une écriture très rythmée, "Jennifer Government" est une lecture agréable même si elle n'est pas aussi impressionnante que les dystopies classiques.

Jennifer Government, Max Barry

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