Mickey7 - Edward Ashton - Retour de Bifrost 119

Mickey7 est le roman SF de Edward Ashton qui a inspiré le film Mickey17 de Bong Joon-ho. Il raconte l'histoire de Mickey Barnes et de ses clones successifs lors d'une mission de colonisation sans retour de la planète Niflheim. Clones successifs car Mickey Barnes est un Consommable, volontaire pour effectuer les missions suicides exigées par les imprévus de la colonisation. Un drôle de job certes, mais un job rendu possible par la certitude qu'après sa(ses) mort(s) presque certaine(s) il sera reconstitué, souvenirs intacts ou presque, à partir du stock de protéines de la colonie ; et s'il a demandé ce misérable emploi c'est qu'il doit fuir d’urgence son monde d'origine à cause d'une énorme dette impayée. Outre le caractère douloureux et un peu dégradant de la fonction, Mickey a de nombreux autres problèmes : d'abord la planète Niflheim se révèle bien moins hospitalière que prévu, ensuite la mission comprend un pourcentage non négligeable de « natali...

Chaque obstacle est une opportunité


Le monde de "Jennifer Government" est proche du nôtre dans le temps, et peut-être pas si loin dans l'organisation. Cauchemar des keynésiens, meilleure approximation de l'enfer pour les marxistes, ce monde est le paradis des ultra libéraux. Utopie von hayekienne réalisée, il est constitué de deux grands blocs, d'une part l'Union Européenne où il y a des taxes et "où les gens qui travaillent doivent donner une part de leur argent à ceux qui ne travaillent pas", d'autre part les pays US, où se situe l'action, où tout a été privatisé, où il n'y a plus de taxes et où tous les services sont payants, y compris la police, les secours, ou l'intervention gouvernementale. Dans ces pays, la régulation étatique a été presque complètement remplacée par une régulation contractuelle et judiciaire, et le "Gouvernement" n'est qu'un joueur parmi d'autres, en vague position d'arbitre. Dans ce monde, la publicité et la consommation sont la vie même, la loyauté d'entreprise s'est totalement substituée à toute loyauté nationale ou communautaire (le nom des salarymen est constitué d'un prénom suivi du nom de leur firme), les seuls achèvements qui vaillent sont entrepreneuriaux. L'homme y est unidimensionnel comme Herbert Marcuse prévoyait ici, dès les années 60, qu'il le deviendrait. Et les quelques "résistants" ne font objectivement pas le poids.
L'histoire commence quand John Nike a une brillante idée de guérilla marketing. La mise en oeuvre de cette stratégie aura pour conséquences ultimes un conflit armé, des actes terroristes, des meurtres et enlèvements. Personnage amoral, qui évoque l'archétype du capitaliste motivé par la seule recherche de la maximisation du profit, John Nike franchit progressivement toutes les étapes conduisant à une guerre économique totale et à une tentative d'éradication du "Gouvernement". Possédé par l'hubris, cet homme connaîtra l'ascension, emportant avec lui, dans le bruit et la fureur, tous ceux qui l'approchent. "Jennifer Government", sa nemesis, transfuge écœurée du monde de la publicité passée au "Gouvernement", n'aura de cesse de le traquer pour l'amener devant ce qui reste de justice, pour une chute qu'il vivra seul, quand le système capitaliste auquel il appartenait et qu'il a servi jusqu'à la déraison jugera qu'il est devenu trop dangereux.
Fortement ironique et caustique, le roman peut être lu comme un divertissement, une démonstration par l'absurde (il parait que les fans de Dilbert adorent cet auteur), ou plus sérieusement comme une mise en garde contre la folie d'une société dépouillée de toute rationalité en valeurs au profit d'une simple rationalité en finalité.
Constitué de chapitre courts, doté d'une écriture très rythmée, "Jennifer Government" est une lecture agréable même si elle n'est pas aussi impressionnante que les dystopies classiques.

Jennifer Government, Max Barry

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