No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

Chaque obstacle est une opportunité


Le monde de "Jennifer Government" est proche du nôtre dans le temps, et peut-être pas si loin dans l'organisation. Cauchemar des keynésiens, meilleure approximation de l'enfer pour les marxistes, ce monde est le paradis des ultra libéraux. Utopie von hayekienne réalisée, il est constitué de deux grands blocs, d'une part l'Union Européenne où il y a des taxes et "où les gens qui travaillent doivent donner une part de leur argent à ceux qui ne travaillent pas", d'autre part les pays US, où se situe l'action, où tout a été privatisé, où il n'y a plus de taxes et où tous les services sont payants, y compris la police, les secours, ou l'intervention gouvernementale. Dans ces pays, la régulation étatique a été presque complètement remplacée par une régulation contractuelle et judiciaire, et le "Gouvernement" n'est qu'un joueur parmi d'autres, en vague position d'arbitre. Dans ce monde, la publicité et la consommation sont la vie même, la loyauté d'entreprise s'est totalement substituée à toute loyauté nationale ou communautaire (le nom des salarymen est constitué d'un prénom suivi du nom de leur firme), les seuls achèvements qui vaillent sont entrepreneuriaux. L'homme y est unidimensionnel comme Herbert Marcuse prévoyait ici, dès les années 60, qu'il le deviendrait. Et les quelques "résistants" ne font objectivement pas le poids.
L'histoire commence quand John Nike a une brillante idée de guérilla marketing. La mise en oeuvre de cette stratégie aura pour conséquences ultimes un conflit armé, des actes terroristes, des meurtres et enlèvements. Personnage amoral, qui évoque l'archétype du capitaliste motivé par la seule recherche de la maximisation du profit, John Nike franchit progressivement toutes les étapes conduisant à une guerre économique totale et à une tentative d'éradication du "Gouvernement". Possédé par l'hubris, cet homme connaîtra l'ascension, emportant avec lui, dans le bruit et la fureur, tous ceux qui l'approchent. "Jennifer Government", sa nemesis, transfuge écœurée du monde de la publicité passée au "Gouvernement", n'aura de cesse de le traquer pour l'amener devant ce qui reste de justice, pour une chute qu'il vivra seul, quand le système capitaliste auquel il appartenait et qu'il a servi jusqu'à la déraison jugera qu'il est devenu trop dangereux.
Fortement ironique et caustique, le roman peut être lu comme un divertissement, une démonstration par l'absurde (il parait que les fans de Dilbert adorent cet auteur), ou plus sérieusement comme une mise en garde contre la folie d'une société dépouillée de toute rationalité en valeurs au profit d'une simple rationalité en finalité.
Constitué de chapitre courts, doté d'une écriture très rythmée, "Jennifer Government" est une lecture agréable même si elle n'est pas aussi impressionnante que les dystopies classiques.

Jennifer Government, Max Barry

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