Exquisite Corpses t3 - Tynion - Walsh - Bellaire

Suite et fin de la série Exquisite Corpses (avant une saison 2 déjà annoncée) . La fin du jeu approche. Les morts se multiplient, tant parmi les civils piégés d'Oak Valley que parmi les tueurs en compétition. Ils ne sont plus que cinq au début du TPB et, tu le sais, lecteur, il ne peut en rester qu'un. Tu te prépares donc à une conclusion attendu dans laquelle se vérifiera le caractère inhumain du jeu et de ses organisateurs (l'élimination du garde-chasse est significative) . Mais Tynion, aussi brillant que d'habitude, nous réserve deux nouveaux rebondissements (si ce n'est plus, tout dépend comment on compte) , après celui qui concluait déjà le volume précédent et surprenait par l'identité du concurrent éliminé. C'est donc à un roller-coaster épique, tant émotionnel que polémologique, que l'auteur et ses dessinateurs (!) convient ses lecteurs pour un final en feu d'artifice. Viens, lecteur ! Ne rate pas ce grand spectacle. Exquisite Corpses TPB3, Ty...

Chaque obstacle est une opportunité


Le monde de "Jennifer Government" est proche du nôtre dans le temps, et peut-être pas si loin dans l'organisation. Cauchemar des keynésiens, meilleure approximation de l'enfer pour les marxistes, ce monde est le paradis des ultra libéraux. Utopie von hayekienne réalisée, il est constitué de deux grands blocs, d'une part l'Union Européenne où il y a des taxes et "où les gens qui travaillent doivent donner une part de leur argent à ceux qui ne travaillent pas", d'autre part les pays US, où se situe l'action, où tout a été privatisé, où il n'y a plus de taxes et où tous les services sont payants, y compris la police, les secours, ou l'intervention gouvernementale. Dans ces pays, la régulation étatique a été presque complètement remplacée par une régulation contractuelle et judiciaire, et le "Gouvernement" n'est qu'un joueur parmi d'autres, en vague position d'arbitre. Dans ce monde, la publicité et la consommation sont la vie même, la loyauté d'entreprise s'est totalement substituée à toute loyauté nationale ou communautaire (le nom des salarymen est constitué d'un prénom suivi du nom de leur firme), les seuls achèvements qui vaillent sont entrepreneuriaux. L'homme y est unidimensionnel comme Herbert Marcuse prévoyait ici, dès les années 60, qu'il le deviendrait. Et les quelques "résistants" ne font objectivement pas le poids.
L'histoire commence quand John Nike a une brillante idée de guérilla marketing. La mise en oeuvre de cette stratégie aura pour conséquences ultimes un conflit armé, des actes terroristes, des meurtres et enlèvements. Personnage amoral, qui évoque l'archétype du capitaliste motivé par la seule recherche de la maximisation du profit, John Nike franchit progressivement toutes les étapes conduisant à une guerre économique totale et à une tentative d'éradication du "Gouvernement". Possédé par l'hubris, cet homme connaîtra l'ascension, emportant avec lui, dans le bruit et la fureur, tous ceux qui l'approchent. "Jennifer Government", sa nemesis, transfuge écœurée du monde de la publicité passée au "Gouvernement", n'aura de cesse de le traquer pour l'amener devant ce qui reste de justice, pour une chute qu'il vivra seul, quand le système capitaliste auquel il appartenait et qu'il a servi jusqu'à la déraison jugera qu'il est devenu trop dangereux.
Fortement ironique et caustique, le roman peut être lu comme un divertissement, une démonstration par l'absurde (il parait que les fans de Dilbert adorent cet auteur), ou plus sérieusement comme une mise en garde contre la folie d'une société dépouillée de toute rationalité en valeurs au profit d'une simple rationalité en finalité.
Constitué de chapitre courts, doté d'une écriture très rythmée, "Jennifer Government" est une lecture agréable même si elle n'est pas aussi impressionnante que les dystopies classiques.

Jennifer Government, Max Barry

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