Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Destruction créatrice


Cory Doctorow est vraiment un auteur impressionnant. J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de son oeuvre ici, là ou encore là, et je vais encore une fois le répéter à l'occasion de la sortie récente de son dernier roman "Makers".
"Makers", non encore traduit, est disponible en anglais en version papier ou en téléchargement gratuit (en plein de formats ici), Doctorow étant un militant de l'open source, opposé au droit d'auteur. Il y développe sous forme romanesque ses théories sur l'open source et l'amélioration collective des produits ainsi que ce qu'il imagine comme la prochaine révolution technologique, à savoir "l'impression" d'objets réels, à l'aide de plans numériques, téléchargeables comme le sont aujourd'hui les fichiers images ou sons, c'est à dire la dématérialisation et la délocalisation de la production matérielle. Dit comme ça, ça n'a pas l'air sexy. Et pourtant ça l'est. Car les idées sont illustrées ici par la vie de personnages hauts en couleurs et rapidement attachants dans leur crédibilité (faite de forces, de faiblesses, de doutes, de faillites), et que, de surcroit, l'ouvrage ne cesse jamais d'être un roman et n'est jamais didactique.
Les personnages qui portent son histoire sont un couple de geeks brillants et créatifs, un venture capitalist, deux ou trois cadres, et une journaliste devenant blogueuse. Ils apportent leur pierre à l'édifice du progrès humain et, tels des nains sur des épaules de géants, amènent le monde plus loin.
Impossible en lisant "Makers" de ne pas penser à Schumpeter et à sa théorie du progrès technique porté par des entrepreneurs illuminés et brillants ; c'est ce que sont Perry et Lester, les deux héros du livre. Leur grande aventure, le New Work, est une grappe d'innovation qui amène au monde de nouvelles possibilités de développement. Dans le monde contemporain c'est un blog qui, en leur apportant la notoriété, leur apporte le succès (et ce blog est maintenu par une ex-journaliste qui a su quitter le monde d'hier pour entrer dans celui de demain). Dans la droite ligne de la thèse de Jérémy Rifkin sur "La fin du travail", Doctorow décrit un monde où vivent beaucoup d'hommes hors du salariat : entrepreneurs indépendants, petits commerçants, assistés sociaux. En effet, les révolutions technologiques changent aussi les rapports de production, comme diraient les marxistes. Comme dans la réalité les pionniers ont du mal à tirer profit de leur innovation : marché trop étriqué, personnalité trop chaotique des innovateurs, relations difficiles avec les gestionnaires. Mais, après la fin de leur heure de gloire, Lester pirate par conviction les imprimantes 3D qui sont la dernière grande idée de Disney pour vendre du superflu à la population. Ce faisant, Perry et Lester les ouvrent à tous les sens du terme, et les rendent alors réellement utiles. Doctorow développe ici une métaphore des rapports entre le matériel et le logiciel, et de l'importance de l'interopérabilité, qui rappelle la croissance et le succès des PC sous Windows, premier standard informatique permettant de créer un marché de masse.Et ce sera au final un gestionnaire, créatif frustré, qui comprendra qu'il vaut mieux intégrer cette source d'innovation que la combattre, et qui mettant en forme la créativité de Perry et Lester, la rendront accessible à l'ensemble de la population. J'ai pensé au multivers de Moorcock, dans lequel le Chaos crée et la Loi organise.
Déguisé en roman, "Makers" est un plaidoyer pour la créativité, pour l'open source, pour les projets collaboratifs que chacun peut améliorer en y ajoutant des fonctions. On y trouve de nombreuses références qui ne surprendront pas les lecteurs de Doctorow : l'informatique, les styles de vie, Disneyland, la culture de loisir, l'importance de la notoriété, le goût de la création, la méfiance à l'égard des majors. On y trouve aussi des sentiments humains forts, et des idées originales et plutôt amusantes telles que la création de fonds spéculatifs pour payer de longues procédures en justice contre des multinationales dans le seul but d'obtenir un rendement élevé grâce aux dommages et intérêts, ou un traitement efficace contre l'obésité qui oblige à manger 10000 calories par jour. En dépit d'une partie centrale un peu trop longue, c'est un vrai plaisir de lecture.
Makers, Cory Doctorow

L'avis de Cédric Jeanneret

Commentaires

Efelle a dit…
J'attendrai une traduction de celui-ci, il m'a l'air plus aride que Little Brother, mais pas moins passionnant.
J'ai peur de coincé au niveau de l'anglais.
Gromovar a dit…
L'anglais de Doctorow n'est pas si compliqué que ça, mais c'est toi qui décide.
Salut, Éric! Tu mettrais pas le lien vers le fichier gratuit?