Le Voleur - Claire North

Bangkok, 1938. Rémy Burke fait partie de l'élite de la Maison des Jeux, il joue dans la Haute Loge, et depuis longtemps. Un soir il est abordé par le bien plus jeune en Haute Loge Abhik Lee qui le pousse à boire jusqu'à l'ivresse avant de lui arracher son accord pour une partie de cache-cache. Tout le monde connaît cache-cache, tout le monde y a joué. Mais sûrement pas à celui de la Haute Loge. La règle y est simple. Burke doit rester caché le plus longtemps possible de Lee puis, après la découverte de Burke, les rôles seront inversés. A la fin, celui des deux qui aura été caché le plus longtemps sera déclaré vainqueur et remportera la mise ; Lee a misé 20 ans de sa vie à transférer à Burke et Burke – c'était l'alcool qui parlait – a accepté de miser toute sa mémoire. Le terrain de jeu est la Thaïlande entière, et les deux joueurs ont des « pièces », humain alliés qu'ils peuvent utiliser à leur guise. Problème : Burke s'est fait arnaquer. En Thaïlande (qu&#

Cruelles muses


J'aime beaucoup José Carlos Somoza. C'est une sorte de Borgès qui aurait réussi le tour de force d'ajouter du rythme à l'étrange. "Clara et la pénombre" et "La caverne des idées" en particulier sont deux grands textes fantastiques pétris d'interrogations sur l'art, et mis en tension par une intrigue captivante.
"La dame n°13" est, pour mon plus grand plaisir, de la même facture.
Suspension d'incrédulité : la poésie contient de rarissimes "vers de pouvoir" capables d'avoir l'effet de sortilèges s'ils sont bien prononcés, d'altérer la fabrique de la réalité. Un convent de sorcières millénaires inspire les poètes, et cherche, dans l'océan de la poésie écrite, les "vers de pouvoir", utilisés comme armes. Le pouvoir du verbe est une fiction de longue date. De "La Genèse" au "Terremer" d'Ursula Le Guin en passant par "Dune", ce thème traverse le temps ; Somoza développe ici le pouvoir, souvent inconscient, des poètes.
"La dame n°13" conte l'histoire d'une vendetta au sein du convent sus-cité, vendetta dans laquelle se trouve impliqué un, puis plusieurs, "innocents". La poésie y est utilisée comme une arme, les souvenirs aussi. Les morts interviennent, à leur corps défendant. La cruauté et les chatiments infligés sont extrêmes. Et on comprend progressivement que nul n'est là par hasard, et qu'un complot ourdi de très longue date est en train de parvenir à sa conclusion. L'histoire progresse de manière logique, sans deus ex machina, sans jamais être absurde. Elle est fondamentalement crédible, lovecraftienne en ce que l'inconnu surgit dans la normalité la plus totale et la met en pièces, et c'est ce qui fait sa force. On compatit, on prend parti, il n'est pas possible de rester indifférent. Et, si on a une fibre littéraire, l'effet est encore plus fort. Somoza livre ici un cri d'amour à la poésie, source, pour lui, de création et de destruction. Il nous interdit définitivement de la considérer comme une activité anodine dont la seule finalité serait de produire de jolis sons. Elle est plus que cela, elle sous-tend le monde, comme le mantra Om. En réponse au "Art is quite useless" d'Oscar Wilde, Somoza affirme dans toute son oeuvre que "Art is quite useful".
La dame n°13, José Carlos Somoza

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