Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

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Je viens de terminer "Predictably Irrational" de Dan Ariely et je vois que sa version française est disponible pour le plaisir de tous. Dan Ariely est chercheur en économie comportementale au MIT. Il est associé à d'autres institutions de recherche, et son livre est chaudement recommandé par Daniel McFadden et Georges Akerlof, deux prix Nobel d'économie. On peut avoir moins belle carte de visite. Je confirme que c'est un livre à la fois éclairant par sa profondeur d'analyse et très agréable à lire par le ton convivial employé (Ariely explique d'ailleurs qu'il a retravaillé son texte avec un auteur pour lui enlever son caractère universitaire).
La grande affaire du livre d'Ariely est de montrer que le postulat de base de l'économie classique, à savoir la rationalité des acteurs, est souvent prise en défaut et que, de ce fait, les acteurs (vous et moi) prennent régulièrement des décisions qui sont sous-efficientes. Simon avait déjà expliqué dès les années 50 que la rationalité n'est au mieux que limitée, mais Ariely va plus loin. Il démontre l'irrationalité de nombre de nos comportements. Mais il prouve dans le même mouvement qu'irrationalité n'est pas hasard. Les acteurs ne tirent pas aux dés leurs décisions. Celles-ci sont reproductibles et cohérentes. Elles obéissent donc à des règles qui sont identifiables et semblent irrationnelles uniquement au regard de la rationalité multi-critériée de l'homo economicus. Ildentifier ces règles permettrait d'améliorer l'efficience des décisions prises quotidiennement.
A l'aide de multiples expériences réalisées la plupart du temps sur les malheureux étudiants du MIT ou de Harvard il montre l'influence, très significative sur nos comportements, de la relativité, de la première impression, de la gratuité, de l'arbitrage communauté/marché, du sentiment de propriété, des anticipations, de l'excitation sexuelle (et oui ;-); il teste les causes et effets de la procrastination (TiberiX adore), de l'effet placebo, des normes morales, etc...
Et, des lois qu'il met en évidence, il tire des suggestions de prescriptions utiles en marketing, en politiques publiques (notamment de santé et d'épargne), en administration d'entreprise, et même sur un plan personnel. Il montre comment, souvent, les règles communautaires sont plus efficaces que les échanges marchands.
Ce qui est séduisant dans ces prescriptions est l'affirmation plusieurs fois répétée que l'économie comportementale essaie de traiter les humains tels qu'ils sont, et non tels qu'ils devraient être, et ainsi à plus de chances de tomber juste. Ce qui est beau à voir, c'est cet ensemble de lois mises en évidence qui nous en apprennent plus sur le comportement humain. Un vrai plaisir de lecture.
VF : C'est (vraiment) moi qui décide ?, Dan Ariely
VO : Predictably Irrational, Dan Ariely

Commentaires

tiberix a dit…
Je vais y jeter un oeil intéressé !

Ne faudrait-il d'ailleurs pas se mettre à essayer de démontrer quelle part de rationalité subsiste chez l'homo economicus, plutôt que de toujours se référer à ce postulat porté en sautoir, comme la base de toute réflexion sérieuse concernant l'économie ?

A partir d'aujourd'hui je pense d'ailleurs me contenter de glousser ironiquement quand on me parlera de rationalité économique. A moins qu'un économiste de renom ne capture et ne dissèque un homo economicus, en publiant le tout sur Youtube.
Gromovar a dit…
Il explique bien pourquoi je tiens ce blog pour pas un rond alors que je le ferais pas pour 10 €.
A+
Celvec a dit…
Après lecture des 100 premieres pages, domine en moi un sentiment d'effroi mêlé d'un certain fatalisme devant la triste vérité. C'est réellement ça je crois. On se dit "Mais oui ! Mince ! il a raison !".

Dommage que l'auteur ne montre plus qu'il n'explique, mais le tout reste une énième très bonne lecture. Merci.
Gromovar a dit…
HS : Félicitations pour votre diplôme.