No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

Méchante sorcière


L'an dernier j'avais beaucoup apprécié "Rituels sanglants" de Craig Russell. Son nouveau roman publié en poche, "Contes barbares", est largement au niveau. Dans ce second roman d'un triptyque, l'auteur situe de nouveau l'action à Hambourg, ville du nord de l'Allemagne, membre de la ligue hanséatique, à l'âme au moins autant scandinave qu'européenne. C'est dans ce décor, qui évoque plus des temps reculés que l'Allemagne moderne, que frappe un assassin aux motivations obscures qui reproduit les contes de Grimm dans ses mises en scène.
Je peux reprendre quasiment mot pour mot ce que j'avais écrit sur le premier roman. L'action est parfaitement rationnelle, aucun lapin ne sort du chapeau pour sauver la mise à une enquète enlisée. Les détails s'ajoutent les uns aux autres dans une lente progression qui conduit à la résolution. Aucun défaut de mon point de vue donc. Et la lecture du court chapitre 2 donne d'emblée le ton d'un ouvrage qu'on va adorer dévorer.
Mais ce qui est fascinant dans cette série c'est le fait que l'Allemagne des légendes nordiques qui y est mise en scène est si différente de celle que nous pensons connaitre. La vieille saxonnie, malgré sa proximité géographique avec la France, est un monde culturel résolument différent de celui, gallo-romain, qui est nôtre, et le dépaysement est total dès que l'enquète commence et que les enquéteurs pénètrent mentalement dans le landscape archaïque du tueur. C'est un monde de forêts profondes, de monstres chtoniens, de sacrifices sanglants, un monde crépusculaire que n'auraient pu imaginer des habitants du Sud, baignés de soleil. Il me semble que ces romans permettent d'approcher l'âme allemande et font donc oeuvre ethnographique si on prend le temps de lire sans se contenter de se ruer sur le whoddunit.
A lire en attendant le volet final, "Immortel", en poche.
Contes barbares, Craig Russell

Commentaires