Hitler peignait des roses - Harlan Ellison - Retour de Bifrost 117

Hitler peignait des roses est l'un des quatre recueils de Harlan Ellison parus en français aux Humanoïdes Associés à la fin des années 70. Y sont rassemblés quinze nouvelles précédées d'une introduction de l'auteur lui-même. Dans celle-ci, intitulée Enfin révélé ce qui a tué les dinosaures ! Et ça n'a pas l'air d'aller très fort pour vous non plus , Ellison développe longuement, sur un ton amusant et agressif et disons même amusant car agressif, la consternation que lui inspire la pratique excessive de la télévision par ses contemporains. Dans des termes qui évoqueront aux lecteurs d'aujourd'hui ce qui s'écrit sur les réseaux sociaux, Ellison accable un média hypnotique et abrutissant responsable selon lui d'une vive dégradation de la capacité à distinguer entre réalité et illusion. Une inquiétude visionnaire, validée par l'ère de post-vérité dans laquelle nous vivons dorénavant ; que n'avons-nous écouté Ellison ! Pour lui, c'est dan...

Méchante sorcière


L'an dernier j'avais beaucoup apprécié "Rituels sanglants" de Craig Russell. Son nouveau roman publié en poche, "Contes barbares", est largement au niveau. Dans ce second roman d'un triptyque, l'auteur situe de nouveau l'action à Hambourg, ville du nord de l'Allemagne, membre de la ligue hanséatique, à l'âme au moins autant scandinave qu'européenne. C'est dans ce décor, qui évoque plus des temps reculés que l'Allemagne moderne, que frappe un assassin aux motivations obscures qui reproduit les contes de Grimm dans ses mises en scène.
Je peux reprendre quasiment mot pour mot ce que j'avais écrit sur le premier roman. L'action est parfaitement rationnelle, aucun lapin ne sort du chapeau pour sauver la mise à une enquète enlisée. Les détails s'ajoutent les uns aux autres dans une lente progression qui conduit à la résolution. Aucun défaut de mon point de vue donc. Et la lecture du court chapitre 2 donne d'emblée le ton d'un ouvrage qu'on va adorer dévorer.
Mais ce qui est fascinant dans cette série c'est le fait que l'Allemagne des légendes nordiques qui y est mise en scène est si différente de celle que nous pensons connaitre. La vieille saxonnie, malgré sa proximité géographique avec la France, est un monde culturel résolument différent de celui, gallo-romain, qui est nôtre, et le dépaysement est total dès que l'enquète commence et que les enquéteurs pénètrent mentalement dans le landscape archaïque du tueur. C'est un monde de forêts profondes, de monstres chtoniens, de sacrifices sanglants, un monde crépusculaire que n'auraient pu imaginer des habitants du Sud, baignés de soleil. Il me semble que ces romans permettent d'approcher l'âme allemande et font donc oeuvre ethnographique si on prend le temps de lire sans se contenter de se ruer sur le whoddunit.
A lire en attendant le volet final, "Immortel", en poche.
Contes barbares, Craig Russell

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