Palaces of the Crow - Ray Nayler

Lituanie. 1941. L’opération Barbarossa . Toi et moi, lecteur, savons ce qui arrive. Les protagonistes du roman, assurément pas. Ces protagonistes dont je parle sont quatre jeunes personnes, entre l’enfance et l’adolescence, que le vent de la guerre emportera, transformera, cassera jusqu’à ce que ne restent que les vestiges de ce qu’ils furent ou auraient pu être. Qui sont-ils quand le roman commence ? D’abord (pas d’inquiétude, je ne spoile rien qui ne soit lisible dès l’abord du roman) Neriya, une brillante jeune fille juive de quatorze ans, qui perd sa famille quand le shtetl dans lequel ils passaient l’été est attaqué. Seule, elle fuit. Czeslaw, un très jeune soldat de l’Armée Rouge, d’origine polonaise (il a menti sur son âge pour pouvoir s’engager et soulager ainsi sa mère seule) . Czeslaw a perdu son unité et ses camarades. Déserteur, seul, il fuit. Kezia, une jeune Rom dont la famille est tuée sans motif aucun. Seule, elle fuit. Et Le Garçon, qui ne parle pas ou plus, que Kezia...

Méchante sorcière


L'an dernier j'avais beaucoup apprécié "Rituels sanglants" de Craig Russell. Son nouveau roman publié en poche, "Contes barbares", est largement au niveau. Dans ce second roman d'un triptyque, l'auteur situe de nouveau l'action à Hambourg, ville du nord de l'Allemagne, membre de la ligue hanséatique, à l'âme au moins autant scandinave qu'européenne. C'est dans ce décor, qui évoque plus des temps reculés que l'Allemagne moderne, que frappe un assassin aux motivations obscures qui reproduit les contes de Grimm dans ses mises en scène.
Je peux reprendre quasiment mot pour mot ce que j'avais écrit sur le premier roman. L'action est parfaitement rationnelle, aucun lapin ne sort du chapeau pour sauver la mise à une enquète enlisée. Les détails s'ajoutent les uns aux autres dans une lente progression qui conduit à la résolution. Aucun défaut de mon point de vue donc. Et la lecture du court chapitre 2 donne d'emblée le ton d'un ouvrage qu'on va adorer dévorer.
Mais ce qui est fascinant dans cette série c'est le fait que l'Allemagne des légendes nordiques qui y est mise en scène est si différente de celle que nous pensons connaitre. La vieille saxonnie, malgré sa proximité géographique avec la France, est un monde culturel résolument différent de celui, gallo-romain, qui est nôtre, et le dépaysement est total dès que l'enquète commence et que les enquéteurs pénètrent mentalement dans le landscape archaïque du tueur. C'est un monde de forêts profondes, de monstres chtoniens, de sacrifices sanglants, un monde crépusculaire que n'auraient pu imaginer des habitants du Sud, baignés de soleil. Il me semble que ces romans permettent d'approcher l'âme allemande et font donc oeuvre ethnographique si on prend le temps de lire sans se contenter de se ruer sur le whoddunit.
A lire en attendant le volet final, "Immortel", en poche.
Contes barbares, Craig Russell

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