Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

L'âge du bois et de la laine


Je termine à l'instant l'excellent "Ces gens du Moyen-Age". C'est une époque que j'apprécie beaucoup et connaît bien, et pourtant j'ai appris quantité de choses en lisant ce livre. Robert Fossier décrit à merveille la vie des gens de peu. Mais pas seulement. Car ce qu'il décrit concerne tous les médiévaux, du pape au dernier des esclaves (car, si peu dans le grand public le savent, le commerce des esclaves n'a pas cessé en Occident avec la chute de l'Empire Romain; Verdun par exemple était un marché important). Que savent-ils d'eux-mêmes et du monde ? Quels sont leurs rapports avec la Nature ? Que savent-ils de la nuit ? des saisons ? Comment traversent-ils les âges de la vie ? De quoi rient-ils ? Et tant d'autres questions auquelles cet ouvrage apporte une réponse fondée sur l'histoire et l'archéologie.
Contrairement à Jacques le Goff, auquel il fait référence en introduction, qui présente au lecteur moderne une série de figures médiévales très détaillées (le chevalier, le moine, etc...), Robert Fossier ne décrit que ce qui concerne chaque homme médiéval, quelle que soit sa position dans l'écheveau social. Il brosse un portrait pointilliste qui va servir de fond sur lequel se dessine l'Histoire évènementielle. Ce n'est pas le "temps long" de Braudel car il s'intéresse peu aux évolutions économiques et sociales, c'est une histoire culturelle, une sorte d'anthropologie historique particulièrement enrichissante pour le lecteur. Il rend cet âge du bois et de la laine vivant et réaliste, sans omettre de dire qu'il y a des choses que nous ne savons pas car elles n'ont pas laissé de traces.
Seule critique, bien mineure : Robert Fossier a atteint un âge où on se sent autorisé à dire tout ce qu'on pense et, parfois, des considérations trop actuelles parasitent un peu le plaisir d'arpenter les chemins médiévaux en sa compagnie, et en celle de tous ceux qui y cheminent et qu'il nous donne à voir.
Ces gens du Moyen-Age, Robert Fossier

Commentaires