All That We See or Seem - Ken Liu

Il y a un très grand nombre d’années, j’achetai le Neuromancien de Gibson à la FNAC sans vraiment savoir ce que c’était. Je commençai à le feuilleter dans le bus et ne pus plus le lâcher jusqu’à l’avoir fini. All That We See or Seem m’a fait à peu près le même effet. All That We See or Seem est le dernier roman de Ken Liu. All That We See or Seem est l’histoire d’Elli Krantz, une célèbre tisseuse-de-rêve – ou « oneirofex » –, qui fuit une nuit sa maison pour protéger son mari, Piers, sans savoir si sa disparition suffira à le sauver. All That We See or Seem est l’histoire de Piers Neri, un avocat un peu technophobe, un mari abandonné, fou d’amour et d’inquiétude, qui cherche l’aide d’une hackeuse asociale que son associé avait défendue dans un passé récent. All That We See or Seem est l’histoire de Julia Z, une brillante hackeuse au lourd passé, qui fait profil bas depuis de grandes déconvenues. Elle trouve Piers à sa porte et, touchée par son histoire, son impuissance e...

N'être jamais seul


"Les 1001 vies de Billy Milligan" est un récit rédigé par Daniel Keyes, l'homme qui avait écrit l'excellentissime "Des fleurs pour Algernon".
Premier homme acquitté aux USA dans plusieurs affaire de viol pour cause de dissociation de la personnalité, le cas de Billy Milligan est fascinant.
Enfant martyre, il a développé, pour se protéger, 24 personnalités distinctes qui prennent à tour de rôle le contrôle de son corps (ce qu'il appelle : être sous le projecteur). A chaque épreuve forte de sa vie est apparue une personnalité nouvelle dont la fonction était de prendre en charge le type de situation auquel Billy était confronté. Ce que nous faisons tous en étant tour à tour courageux, tendre, prudent, violent, lui le fait en donnant le contrôle à la personnalité appropriée pendant le temps nécessaire. Mais là où l'histoire de Billy devient presque fantastique c'est dans le fait que les différents égo (qu'ils appellent ses "habitants") ont partiellement conscience les uns des autres. Ils peuvent parfois communiquer, débattre, exprimer des désaccords. Certains dominent, d'autres sont dominés, jusqu'à être déclarés "indésirables" et donc interdits de prise de conscience. Enfin il peut arriver qu'un égo prenne contre le gré des autres le contrôle du corps pour poursuivre ses propres fins. Cela atteint un tel point que les deux égos dominants (un intellectuel et un violent) neutralisent ("en le faisant dormir") pour plusieurs années l'égo original de Billy car ils craignent son caractère suicidaire.
Le livre de Daniel Keyes décrit d'abord les affaires de viol, l’enquête, les expertises et observations qui conduisent à l'acquittement de Billy ; puis la vie de Billy (ou plutôt de ses égos) est racontée à partir de son enfance ; enfin l'auteur assiste aux tentatives de Billy pour guérir, c'est à dire fusionner ses différentes personnalités.
Au fil des pages se développe une forte empathie pour le personnage torturé et tragique de Billy Milligan, et on en vient à prendre fait et cause pour lui contre ceux qui dans le système judiciaire s'opposent à ses tentatives de réinsertion en arguant de sa dangerosité. On en vient presque à oublier ses victimes, tant il est victime lui-même. C'est en cela que le livre est réussi, il ne laisse pas indifférent, il passionne.
Les 1001 vies de Billy Milligan, Daniel Keyes

Commentaires

APL a dit…
Cela semble passionnant, en effet, et légèrement inquiétant tout de même.

Billy Milligan a un équivalent littéraire et (et contrôlé?): Fernando Pessoa. Le poète portugais fut saisi un jour par l'écriture d'un "autre" que lui, Alvaro dos Santos, puis par d'autres "hétéronymes" qui écrivent à travers lui. Il ne s'agit pas de simples noms de plume: chaque hétéronyme a son style, ses thèmes, sa vision du monde (pessimisme, idéalisme, matérialisme...), vérifiable dans les poèmes.

Etonnant, non?

Par ailleurs, je +1000 sur "Des fleurs pour Algernon", récit bouleversant s'il en est.