Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

N'être jamais seul


"Les 1001 vies de Billy Milligan" est un récit rédigé par Daniel Keyes, l'homme qui avait écrit l'excellentissime "Des fleurs pour Algernon".
Premier homme acquitté aux USA dans plusieurs affaire de viol pour cause de dissociation de la personnalité, le cas de Billy Milligan est fascinant.
Enfant martyre, il a développé, pour se protéger, 24 personnalités distinctes qui prennent à tour de rôle le contrôle de son corps (ce qu'il appelle : être sous le projecteur). A chaque épreuve forte de sa vie est apparue une personnalité nouvelle dont la fonction était de prendre en charge le type de situation auquel Billy était confronté. Ce que nous faisons tous en étant tour à tour courageux, tendre, prudent, violent, lui le fait en donnant le contrôle à la personnalité appropriée pendant le temps nécessaire. Mais là où l'histoire de Billy devient presque fantastique c'est dans le fait que les différents égo (qu'ils appellent ses "habitants") ont partiellement conscience les uns des autres. Ils peuvent parfois communiquer, débattre, exprimer des désaccords. Certains dominent, d'autres sont dominés, jusqu'à être déclarés "indésirables" et donc interdits de prise de conscience. Enfin il peut arriver qu'un égo prenne contre le gré des autres le contrôle du corps pour poursuivre ses propres fins. Cela atteint un tel point que les deux égos dominants (un intellectuel et un violent) neutralisent ("en le faisant dormir") pour plusieurs années l'égo original de Billy car ils craignent son caractère suicidaire.
Le livre de Daniel Keyes décrit d'abord les affaires de viol, l’enquête, les expertises et observations qui conduisent à l'acquittement de Billy ; puis la vie de Billy (ou plutôt de ses égos) est racontée à partir de son enfance ; enfin l'auteur assiste aux tentatives de Billy pour guérir, c'est à dire fusionner ses différentes personnalités.
Au fil des pages se développe une forte empathie pour le personnage torturé et tragique de Billy Milligan, et on en vient à prendre fait et cause pour lui contre ceux qui dans le système judiciaire s'opposent à ses tentatives de réinsertion en arguant de sa dangerosité. On en vient presque à oublier ses victimes, tant il est victime lui-même. C'est en cela que le livre est réussi, il ne laisse pas indifférent, il passionne.
Les 1001 vies de Billy Milligan, Daniel Keyes

Commentaires

APL a dit…
Cela semble passionnant, en effet, et légèrement inquiétant tout de même.

Billy Milligan a un équivalent littéraire et (et contrôlé?): Fernando Pessoa. Le poète portugais fut saisi un jour par l'écriture d'un "autre" que lui, Alvaro dos Santos, puis par d'autres "hétéronymes" qui écrivent à travers lui. Il ne s'agit pas de simples noms de plume: chaque hétéronyme a son style, ses thèmes, sa vision du monde (pessimisme, idéalisme, matérialisme...), vérifiable dans les poèmes.

Etonnant, non?

Par ailleurs, je +1000 sur "Des fleurs pour Algernon", récit bouleversant s'il en est.