Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Clair-obscur


"Clara et la pénombre" est le troisième roman de José Carlos Somoza que je lis, et je suis toujours aussi impressionné par l'érudition, le style, l'originalité et l'ambition littéraire de cet auteur.
Ce roman est excellent. Comme dans le très bon "La caverne des idées" que j'ai chroniqué il y a quelques temps, Somoza utilise le roman policier pour tenter des expériences littéraires hors du commun. Clara est une femme-toile dans une société où le summum de l'art contemporain est la peinture sur corps humain, une société où les artistes qui ne peuvent devenir peintres sur corps sont designers et créent des pièces de mobilier utilitaires ou décoratives avec des corps humains. Foutaise d'auteur illuminé ! Pas vraiment. Nous n'en sommes déjà plus très loin. Il n'y a qu'à penser aux performances d'Orlan (qui a fait de son corps une oeuvre), à Gunther Von Hagens qui expose des cadavres plastifiés et tranchés, aux performances de body art en général.
Quand une toile humaine peinte est tuée, est-ce une personne qui meurt ou une oeuvre qui est détruite ? La réponse est loin d'être évidente pour les protagonistes du roman, dont beaucoup manifestent un mépris absolu de l'être humain. Et le fil de l'histoire nous interroge sur l'art, le rôle de l'artiste et sa mégalomanie, l'être humain, son statut, l'usage qu'il peut faire de sa liberté, la puissance des organisations financières et leur amoralité, la création des engouements, etc...
C'est très intelligent. C'est très bien écrit. Il y a bien longtemps que je n'avais rien lu d'aussi original (même si un thème tangent est abordé d'une manière complètement différente par Greg Egan (Et oui !) dans une nouvelle intitulée "La Caresse", présent dans le recueil "Axiomatique") et parfaitement maîtrisé (car sans maîtrise l'originalité n'est que du grand guignol, que les connaisseurs pensent à Flash Gordon ou à Barbarella) Et c'est passionnant de bout en bout, par le monde qu'on découvre (une visite guidée qui va de découverte en découverte de la première à la dernière page) et l'intrigue qui s'y noue. Le poche fait 600 pages, on ne les voit pas passer, et il aurait pu en faire le double avec les thèmes abordés. Superbe !
PS : Le livre s'appelle "Clara et la pénombre" et l'un des grands moments du roman est une exposition Rembrandt. Le premier qui voit gagne un cadeau.
Clara et la pénombre, José Carlos Somoza

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