On verra bien - Christophe Siébert

Après le lumineux Mickey et le Roi des pirates dans lequel tout finit par s'arranger, redescente sur Terre avec On verra bien de Christophe Siébert. Nouvelle déjà ancienne de Siébert, On verra bien  s'est appelée Tu es une pute avant d'être mertvecgorodisée. Elle est publiée aujourd'hui par la maisonette d'édition Ours . On verra bien commence mal, se poursuit mal, finit mal. C'est triste, crade, et malheureusement pas spécifique à Mertvecgorod. 20 pages d'abjection où se croisent dissociation, acceptation, et une modeste révolte ; mais reprochera-t-on à quelqu'un de n'aller pas plus loin que le maximum de ce qui lui est possible ? Cette petite histoire (format A6) qui rappelle qu'il vaut parfois mieux n'être la princesse de personne est publiée dans une version amoureusement cousue main par les amicaux tenanciers de la maison Ours. Un joli petit écrin pour une bien vilaine histoire, et une maisonette d'édition très sympathique qui p...

L'autoritaire et le manipulateur...




...sont deux des archétypes de la personnalité autoritaire proposés par Théodor Adorno à la fin de son ouvrage. Ce livre, récemment sorti, contient les chapitres écrit par Adorno lui même de la vaste étude "The autoritarian personnality". Le reste de l'étude n'est toujours pas traduit.
Théoricien de l'école de Francfort, philosophe imprégné de psychanalyse freudienne, Adorno se livre au sortir de la guerre (et, en fait, l'étude commence alors que la guerre n'est pas encore terminée) à une gigantesque étude sur les fondements du passage d'une nation au fascisme (entendu comme système totalitaire pourvu d'un ennemi global, à droite ce peut être l'ennemi de race, à gauche l'ennemi de classe). Ce qui l'intéresse ce n'est pas la fabrication de l'idéologie ou de la propagande fasciste, mais l'existence dans le peuple, dans tous les peuples, de structures de personnalité identifiables, caractérisées par des valeurs de réponse élevées sur des variables telles que "la soumission à l'autorité", qui rendent des individus potentiellement réceptifs à une propagande de ce type, ce qu'il appelle "la personnalité autoritaire".
Ce qui est fascinant dans ce livre c'est la description complète que fait Adorno de sa méthode de travail. Comment les questionnaires sont conçus, évalués, modifiés, réévalués, etc. (la masse de travail devrait servir de référence à tous ceux qui fabriquent des questionnaires en une heure sur un coin de table, et à tous les psychanalystes de comptoir). Comment les résultats des questionnaires vont servir à sélectionner des individus qui seront vus en longs entretiens semi-directifs. Comment émergent de ces entretiens les éléments sous-jacents qui expliquent la susceptibilité au fascisme. Comment chaque autoritaire possède sa nemesis, son "juif", qui ne l'est pas nécessairement. Comment Adorno ne livre sa typologie finale qu'avec maintes précautions oratoires et dans un but uniquement fonctionnel, hors de toute volonté stérilement nominaliste.
A partir de son énorme masse de données Adorno trouve utile aussi de dégager des personnalités foncièrement imperméables à une idéologie fascisante, et à les typologiser aussi.
A lire absolument pour apprendre quelque chose sur la recherche psychologique. A lire après avoir lu "La psychologie de masse du fascisme" de Wilhelm Reich qui se centre, lui, sur les aspects sociétaux et l'origne de l'idéologie.
Etudes sur la personnalité autoritaire, Theodor W. Adorno

Commentaires

Anonyme a dit…
Oui, probablement il est donc
Gromovar a dit…
Il en manque un bout non ?