L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Une bible, MA bible




D'abord entendons-nous bien. Je ne suis pas du tout fan de Corinne Maier. Je trouvais qu'elle se procurait un peu d'argent et de notoriété en écrivant (gros) des livres qui alignent les banalités soi-disant décapantes ; mais qui en France est dérangé par une critique de l'entreprise ou des intellos ? Honnêtement je la trouvais un peu "en toc"
Et là, elle publie "No Kid". De nouveau c'est court, de nouveau c'est écrit gros. Mais comme le thème du livre m'intéresse (c'est un énorme euphémisme), je le feuillette puis je l'achète, en me disant qu'il va aller rejoindre ma bibliothèque de toilettes. C'est là qu'il est d'ailleurs en ce moment. Mais il va bientôt venir sur ma table de chevet pour y rester comme les missels au siècle dernier (enfin celui d'avant, le 19ème), et j'en lirai un verset chaque soir.
Dans "No Kid" Corinne Maier, qui a 40 ans et deux enfants, explique pourquoi il vaut mieux ne pas avoir d'enfant et donne tous les arguments de l'expérience. Ce qui est fascinant dans ce livre c'est qu'elle n'est à aucun moment ironique ou attendrie, complice ou complaisante. Elle exprime froidement une vérité froide : le désir d'enfant est un désir socialement contraint et toute intelligence, réflexion et observation nous enseignent qu'il ne faut pas y céder. Et elle déroule un argumentaire en 40 points. Là, pour la première fois, elle est vraiment décapante. Peu de gens osent s'exprimer contre la nouvelle vache sacrée de nos temps démocratiques (tant il est vrai que la folie de l'enfant est une folie démocratique, car c'est une création à la portée de tous, même des plus médiocres ; s'il est vrai, comme l'écrivait Céline, que l'amour c'est l'infini à la portée d'un caniche, alors la reproduction c'est la Joconde à la portée de ma concierge) ; elle le fait. Je pense que beaucoup de ceux qui liront ce livre penseront qu'elle est folle ou mauvaise ou les deux, car ce qu'elle écrit NE PEUT PAS être écrit par une personne normale. Moi elle me rassure sur la capacité de sursaut de l'humanité. Je t'aime Corinne Maier !
No Kid, Corinne Maier

Commentaires

APL a dit…
En même temps, si c'est une construction sociale, elle est quand même vachement solide, puisque ça fait des millénaires qe ça dure!
Blague à part quelques questions:
-tu est séduit par le fait que la thèse soit anticonformiste, ou convaincu par les arguments eux-mêmes?
-par le fait que ce ne soit pas une personne normale?
-quelle est la place des sentiments (construits ou non) dans l'affaire?
Gromovar a dit…
J'apprécie l'anticonformisme, et les arguments sont solides, même si je crois qu'ils ne peuvent convaincre qu'un convaincu, parent de surcroit. Au Moyen-Age on pouvait discuter ad nauseam de l'interprétation de la Bible, mais la question de sa véracité n'en était pas une.
Une ou deux remarques néanmoins. Le désir d'enfant en tant que désir conscient et argumenté ne peut naître que dans une société de la contraception. Dans les sociétés traditionnelles, l'enfantement est une occurence biologique régulière pour laquelle la question du désir ne se pose pas. Ou si elle se pose, ce n'est qu'en terme de force de travail ou de bien fongible. L'enfant est une ressource parce qu'il va travailler ou qu'il est négociable sur le marché du mariage. La possibilité de répudiation que laissent presque tous les codes antiques signe cette nécessité de l'enfant comme conséquence utile du mariage.
Je renverrai aussi à "L'amour en plus" d'Elisabeth Badinter, où la philosophe montre (par un imposant travail historique) comment l'amour maternel est bien plus situé hic et nunc qu'universel.
Le désir d'enfant est, dans notre société, une institution au sens durkheimien du terme, un objet fasciste au sens où l'entendait Barthes.