lundi 23 octobre 2017

Le crépuscule des dieux - Stéphane Przybylski - La forêt sombre


"Le crépuscule des dieux", quatrième et dernier tome de la saga des Origines, se déroule intégralement durant la nuit du 24 au 25 décembre 2017, sur une île des Canaries. Unité de temps, de lieu, et d'action, certes, mais en trompe l’œil. Car, durant cette longue nuit, c'est à un dialogue entre deux personnages que nous assistons, à un échange d'informations qui lève le voile sur des événements s'étendant de la fin de la guerre à 1958 puis au présent, sur cette guerre secrète qui bouleverse la Terre depuis plusieurs décennies et que le lecteur suit depuis trois tomes.

La forme choisie par l'auteur, celle d'une narration dialoguée chronologique, rend le roman très facile à lire. D'autant que les éléments apportés par l'un des narrateurs – qui fut au cœur de toutes les intrigues – permettent de faire enfin la part des choses entre le rôle des humains comploteurs du Comité et celui des deux groupes d'étrangers. Un cycle d’histoire secrète qui choisit de conclure en éclaircissant les zones d'ombre, c'est toujours agréable imho.

Moins d'Histoire et plus de fiction ici même si la première reste présente. De la course à Berlin aux bases secrètes nazies en passant par les filières d'exfiltration de criminels de guerre ou les expérimentations médicales menées dans les camps, bien des éléments historiques servent ici autant de background que d'adjuvants au récit de science-fiction. Przybylski rappelle opportunément que de nombreux scientifiques allemands furent récupérés, tant par les Américains que, parfois, par les Soviétiques, ou que nombre de SS purent fuir vers l'Amérique du Sud avec la complicité de la Suisse ou du Vatican, entre autres. L'ambiance qu'installe Przybylski, entre SS exilés, Amérique du Sud, lebensborn latino et manipulations génétiques, remet en mémoire le film Ces garçons qui venaient du Brésil, d'après le roman éponyme d'Ira Levin.

Sur le plan science-fictionnel, c'est à une guerre ouverte entre deux camps aliens que nous assistons. Menée par un Heydrich « ressuscité » et « augmenté », elle oppose deux visions de l'avenir à réserver à la Terre et à l'Humanité. Ces deux visions d'outre-terre ne peuvent que rappeler les deux branches de la politique raciale nazie, entre extermination pour les Juifs et esclavage pour les biens nommés Slaves. Guère d'étonnement donc à ce que les aliens – qui se vivent par rapport à l'humanité comme des Übermenschen en mal de ressources – aient pu travailler aussi facilement avec des nazis de toutes obédiences. Comme Hitler, les aliens auraient pu dire : « Nous devons être cruels. Nous devons l'être avec une conscience tranquille. »
On notera une proximité évidente avec l'approche de Liu Cixin en ce qui concerne la nature d'éventuels contacts entre races originellement séparées par des gouffres d'espace. Si la civilisation consiste, en dernière analyse, à épuiser ressources et écosystèmes, la migration prédatrice est alors la seule voie envisageable pour sa perpétuation. Et malheur aux vaincus !

Loin de se cantonner aux nazis ou ex-nazis, les étrangers travaillèrent aussi avec les membres du Comité, issus du « Monde libre ». Si l’organisation secrète crut un temps pouvoir contrôler la situation, elle comprit vite qu'elle était manipulée (Hitler encore : « A ceux qui me reprochent de ne pas tenir une parole, de rompre des contrats, de pratiquer la tromperie et la dissimulation, je n’ai rien à répondre, sinon qu’ils peuvent faire de même et que rien ne les en empêche. ») et que rien de bon ne pouvait sortir d'une telle alliance ; le paysan ne s'allie pas avec la nuée de sauterelles. Ne restait aux tristes comploteurs que l’effacement de toutes preuves et traces, par le mensonge, la décrédibilisation des témoins, le meurtre quand nécessaire – et le nettoyage subséquent. Il importait d'empêcher que l'humanité panique, et pour cela elle ne devait rien savoir de ce qui se passait réellement en coulisse. Mourir n'est rien, c'est mourir tous ensemble qui est insupportable.

Mais, de la Guerre à aujourd'hui, le temps est passé et les générations aussi. Les héros sont morts ou fatigués. Saxhauser, qui chercha toute sa vie un guide et fut toujours trahi, Von Erchingen, retrouvant à l'ultime seconde son honneur d'officier allemand, Jack Lee, qui sacrifia toute sa vie à sa mission, et tant d'autres encore, tués, torturés, oblitérés.
Les hommes de l'ombre, comme les nazis en leur temps, ont connu leur crépuscule.

C'est donc à un triple crépuscule que Przybylski convie le lecteur, car aux deux ci-dessus s'ajoute celui que connaissent, dans le roman, ceux que les Hommes prirent pour des dieux et qui n'étaient en définitive qu'une faction, et pas la plus forte. Pour l'humanité elle-même, le futur n'est pas encore écrit. Quoique...

De Roswell aux complotistes illuminés – en passant par tous ceux que le Comité fit passer pour fous ou peu fiables – la vérité est définitivement ailleurs. La désinformation – devenue tellement plus facile à l'heure de Youtube et de l'info en continu – dissimule au grand nombre l'atroce réalité d'une extermination planifiée. Seuls les lecteurs de Przybylski connaissent la vérité.

Facile et rapide à lire, "Le crépuscule des dieux" ferme les fils ouverts de manière tout à fait satisfaisante. On regrettera une fin si courte qu'elle en devient presque anecdotique et une approche pulp peut-être trop appuyée pour un public contemporain (certains exploits d'Heydrich par exemple), mais c'est globalement une belle saga aussi passionnante qu'enrichissante. Une lecture à conseiller aux amateurs d'Indiana Jones, de X-Files, et à tous ceux que l'Histoire, le mystère, et la grande aventure, passionnent.

Le crépuscule des dieux, Stéphane Przybylski

4 commentaires:

Vert a dit…

Cool, je sens que je vais apprécier ma lecture !

Gromovar a dit…

Yep

patrick rano a dit…

Un peu decu par ce dernier tome
Je preferais le cote feuilleton a rebondissements des premiers tomes
La nuit de dialogue et les flashbacks sont repetitifs et lassants
Pour les sujets abordes : a trop etreindre, on saisit du vide
Dommage

Gromovar a dit…

Il est vrai qu'on change de style.
J'ai trouvé la fin trop rapide.
En revanche j'ai bien aimé la récapitulation.