mardi 17 juin 2014

From dogfight to batfight


30 ans après les évènements d’Anno Dracula, le célèbre vampire des Carpates refait parler de lui. Et de quelle manière.

Ayant fui une Grande Bretagne où il n’était plus en odeur de sainteté, le comte est passé par tous les empires centraux, y construisant partout une influence qui en fait le vrai maitre de ceux-ci, les empereurs n’y étant plus guère que ses marionnettes. Il sert notamment d’éminence pas si grise que ça à Guillaume II, le paranoïaque empereur allemand dont l’insécurité endémique a plongé l’Europe dans une Grande Guerre qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la nôtre, si ce n’est qu’humains et vampires y combattent côte à côte.

"The Bloody Red Baron" prend place vers la fin de la guerre, au printemps 1918. Les lecteurs du premier volume y retrouveront l’espion Charles Beauregard, la journaliste socialiste Kate Reed, ou le sergent Dravot, entre autres. Sur le front d’une guerre de tranchées que je ne décris pas ici tant elle est connue, s’affrontent l’escadrille Condor et le Flying Circus de Manfed Von Richtofen, le célèbre Baron Rouge. As alliés contre as allemands. On compte ses victoires en attendant d’être abattu par un adversaire plus doué ou plus chanceux dont les jours aussi sont comptés ; c’est le quotidien de la guerre aérienne. Or, il semble maintenant que les Allemands cachent un grand secret dans ce Château de Malinbois qui leur sert de base. Ils y intriguent, s’y préparent à quelque chose de grand. Mais à quoi ? Alors que la survenue prochaine d’une offensive de printemps ne fait plus guère de doute, le Club Diogène enquête pour découvrir ce que fomentent les allemands et contrecarrer leurs plans machiavéliques.

Second tome d’une série, "The Bloody Red Baron" pose beaucoup moins de background que son prédécesseur. Newman considère que celui-ci est connu, ce qui est vrai mais appauvrit néanmoins le roman ; pas grand chose à voir dans le no man’s land entre les lignes. Je renvoie, pour les rapports pas toujours sains entre humains et vampires, à ma chronique précédente.
L’auteur fait néanmoins quelques réflexions sur la Grande Guerre, menée par des « comptables », en tout cas par des hommes habités par cette rationalité en finalité qu’a développée à l’excès la Révolution Industrielle, sur l’horreur de la plongée hors de l’humanité qu’impose cette interminable guerre d’usure, ou, brièvement, le statut des juifs dans les empires centraux. Mais l’essentiel ici, c’est l’action, l’intrigue, les rebondissements. On y perd un peu ce qui faisait la richesse du premier volume, d’autant que le grand plan secret allemand, au cœur du roman, ne paraît pas si grand que ça, voire un peu absurde, dans son impact stratégique comme dans ses conséquences concrètes.

Restent, en revanche, une action rapide et jamais inintéressante, des scènes d'action réussies, un ton léger et souvent ironique, une description réaliste de la vie des pilotes en garnison, un « rappel historique » des trente années écoulées depuis Anno Dracula, judicieusement éparpillé dans le récit principal pour n’être jamais lourd, et surtout la marque de fabrique de la série : le casting. Mêlant une fois encore un nombre invraisemblable de personnages connus, tant réels que fictifs, Newman propose un roman qui est à la littérature de genre ce que Le jour le plus long est au cinéma. Un feu d’artifice de noms doublé ici d'un festival d’intertextualité. Quelques-uns des noms qui m’ont accroché (parmi une multitude d’autres) : les politiques et militaires de l’époque, les nombreux as de Richthofen à Nungesser en passant par Immelmann ou Göring, Edgar Poe, Mata Hari, les docteurs Mabuse, Caligari, Moreau, Herbert West, Robur, Kürten, sans oublier un comte Orlok muet et superbement décrit, un Béla Lugosi enfin à sa place, un Dandridge qui rappellera des souvenirs amusants aux cinéphiles, un Kafka bureaucrate, sans oublier la discrète apparition d’un Hitler encore simple caporal. Et n’oublions pas le Château de Malinbois, renommé sur la fin Schloss Adler, deux noms connus.

Lire en telle compagnie amuse et réjouit, à fortiori quand l’histoire entraine et que les personnages (disons surtout Beauregard et Reed, ou, dans un autre genre, un Von Richtofen décrit en produit tragique de l'éducation prussienne) sont de bonnes compagnies. Le tout fait de "Bloody Red Baron" une lecture agréable.
Il n’en reste pas moins que ce tome est inférieur au premier (c’est fréquent), et que le récit, dans son déroulement comme dans les motivations et la réalité des manigances, surtout allemandes, est un peu décevant.

Bloody Red Baron, Kim Newman. VF : Le baron rouge sang.

Note : Le roman est suivi d’une novella intitulée : 1923, A vampire romance, dont je me suis épargné la lecture, et qui met en scène Geneviève Dieudonné, l’une des héroïnes d’Anno Dracula absente de Bloody Red Baron.

6 commentaires:

Cédric Jeanneret a dit…

J'ai trouvé le troisième tome un cran en dessus du second et le dernier intéressant mais très très décousu.

Gromovar a dit…

Merci pour l'info :)

Lorhkan a dit…

Il y a combien de tomes dans cette série ?
Il faudrait que je relise le "Dracula" de Stoker pour bien me remettre le mythe en tête avant de lire "Anno Dracula"...

Gromovar a dit…

Je pense que lire l'original est en effet utile.

Et il y a 4 romans et quelques nouvelles.

Anonyme a dit…

Tiberix : J'ai dû décrocher à 30% de la lecture. Très pulp, mais pas avec les bons côtés. Personnages en carton pâte et rien de bien intéressant une fois que le premier a été lu. Les deuxièmes tomes sont toujours difficiles, mais celui-là est vraiment dispensable.

Gromovar a dit…

Plutôt d'accord.