vendredi 16 décembre 2011

Un poisson de 60 tonnes

"The Old Man and the Wasteland" est un roman post apocalyptique de Nick Cole. Il est court, bon marché, mais surtout c'est un adaptation du « Vieil homme et la Mer » d'Hemingway. En ce qui me concerne, je n’avais pas besoin d’en savoir plus, et je remercie Cédric Jeanneret de m’avoir fait découvrir ce petit texte.
Dans un futur relativement proche, en Arizona, une petite communauté survit après la guerre nucléaire qui a détruit la plus grande partie de l'humanité. Un vieil homme dont nous ne connaîtrons jamais le nom est « maudit » ; il n'arrive plus à trouver les artefacts de l'ancienne civilisation. Le village de chasseurs-cueilleurs auquel il appartient arrive d’habitude à améliorer l'ordinaire en récupérant les restes utilisables de la société américaine d’avant la destruction. Piles, médicaments, conserves, aident à adoucir un peu une vie particulièrement difficile. Le vieil homme ne trouve plus, rien ; les autres villageois le disent maudit et refusent qu’il les accompagne dans leur quête quotidienne de récupération, pour ne pas être affectés par sa malchance. Après presque quatre-vingt jours de disette, le vieil homme décide de partir loin, plus loin qu’il n'est jamais allé, pour tenter de ramener le plus bel artefact qu’on ait jamais vu. Seul dans le désert, il connaîtra la faim, la soif, la maladie, les affres de la chaleur et de la solitude. Il oscillera souvent à la limite de la folie. Il lui faudra survivre à des rencontres avec des animaux sauvages, mais c'est au contact des rares hommes qu'il sera le plus en danger. Après avoir failli mourir piégé dans un motel abandonné, le vieil homme découvrira son requin, sous la forme d'une brute dégénérée qui n'a guère plus de sens moral qu'un squale et qu’on peut se représenter comme le Pluto de La Colline a des Yeux.
"The Old Man and the Wasteland" est agréable à lire. C’est d’abord une adaptation assez fidèle du roman d'Hemingway qui en reprend donc les qualités narratives. Dans le roman d'Hemingway le vieil homme a un ami qui lui fait confiance et le motive, un petit garçon. Ici c'est la petite-fille du vieil homme qui joue ce rôle, même si le lecteur la voit peu. Il lui parle dans sa tête, il agit pour elle, elle est ce qui matérialise, pour lui, sa communauté. C'est elle qui le verra revenir, dans un final plus optimiste que celui d'Hemingway. Comme chez Hemingway, ou dans le superbe film avec Spencer Tracy, on sent la solitude, le désespoir, la détermination sans faille. Le vieil homme se parle à lui-même, s’encourage, pèse les options qui s’offrent à lui. Il va toujours plus loin sans savoir s’il trouvera les provisions qui lui permettront de revenir au village. Qu’importe, il continue. S’il finit par trouver son « poisson » et gagner son défi contre la nature, c’est qu’il est poussé par une foi et une dédication que rien ne peut entamer. Il sait bien que les villageois prendraient soin de lui s'il n'allait plus à la cueillette aux artefacts ; il choisit néanmoins de mettre sa vie en danger pour ramener quelque chose d'utile au village, tant il est capital pour lui de prouver qu'il n'est pas maudit. Il se confronte volontairement à une nature hostile, mais surtout à des résidus d'humanité qui n'ont plus d'humains que la forme, et encore. La Horde, qui vit à quelques jours de marche du village, est composée d'êtres sans culture, sans morale, poussés par des pulsions que rien n'arrête. On y pratique le meurtre, les sacrifices humains, les viols de routine, autant de barbaries commises sans même y penser. Inconnue des villageois, invisible comme les requins sous les eaux, elle est une menace mortelle pour le petit groupe de survivants auquel appartient le vieil homme. Sans la folie de ce dernier qui la met à jour involontairement, que serait-il advenu ?
"The Old Man and the Wasteland", sans être le roman du siècle, est une histoire post apocalyptique plaisante, agréable à lire, nantie d'une tension qui monte progressivement jusqu'à un final revigorant. Nick Cole mêle intelligemment les inquiétudes, les pensées, les espoirs d'un homme seul, engagé dans une quête qui le dépasse, et qui vit dans la compagnie permanente des souvenirs d'une époque révolue où la vie était plus simple. Le vieil homme est vieux, il a connu l'avant, et cet avant avec lequel il est en paix ne le quitte jamais. L'histoire du vieil homme est, comme chez Hemingway, une histoire de courage, d'abnégation, de dignité, mais elle dit en plus, chez Cole, la volonté de survivre à la catastrophe tout en restant humain.
The Old Man and the Wasteland, Nick Cole

Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

5 commentaires:

Efelle a dit…

Ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer.

Bon pour le moment vous n'êtes que deux à le vendre...

Guillaume44 a dit…

Super intéressant comme pitch !

Cédric Jeanneret a dit…

en même temps à 1.28$ ce n'est pas non plus un achat ruineux....

Tigger Lilly a dit…

c'est un ebook ?
Ça a l'air vraiment intéressant en effet, surtout le parallèle avec Hemingway (que je n'ai jamais lu mais je sais que c'est un trou énorme dans ma culture qu'il faudra un jour que je comble).

Gromovar a dit…

Ici http://www.amazon.com/Old-Man-Wasteland-ebook/dp/B004VGW6VA/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1324131698&sr=8-2

Mais il existe aussi en papier visiblement.