Engines of Reason - Adrian Tchaikovsky


On se souvient d’Elder Race, une très bonne novella d’Adrian Tchaikovsky parue en France sous le titre Le Dernier des Aînés. Voici qu’arrive Engines of Reason, qui en est la suite directe.


Royaume de Lannesite toujours, mais celui-ci a bien changé. Certes, il n’y a plus de mystère sur l’identité des uns et des autres pour qui a lu le tome 1 (et on signalera que ce texte-ci est parfaitement compréhensible même sans avoir lu son prédécesseur), mais c’est la nouvelle forme qu’a pris le royaume – et plus précisément sa politique – qu’on découvrira dans les pages de cet opus.

Lannesite est gouvernée par une régente, Daimlesse, la fille aînée de feu la reine précédente. Daimlesse dirige et impulse en laissant à sa sœur cadette, Cantiresse, la mise en œuvre des décisions ; un genre de couple Président/Premier ministre.

La sœur suivante, Lyn, qui était l’héroïne du volume précédent, a quitté le palais et la capitale pour servir d’émissaire itinérante à sa sœur aînée.


Engines of Reason fait suite à Elder Race mais plusieurs années ont passé. Lyn a maintenant une fille, Sara, qui étudie, au palais, sous la direction de Nyr, l’autre personnage principal d’Elder Race.

Plusieurs années aussi durant lesquelles Daimlesse a été trahie par sa sœur immédiatement cadette, Melinesse, qui s’est engagée dans une rébellion contre la couronne. Cet acte condamnable a eu pour conséquence un raidissement quasi paranoïaque de Daimlesse qui craint maintenant les Etats voisins au point de vouloir les conquérir les uns après les autres. Avec des conséquences géopolitiques qu’on dira regrettables.

Mais une nouvelle menace survient, qui rappelle celle que le royaume avait eu à affronter dans Elder Race. Un « démon » hante-t-il de nouveau le royaume ? Ou est-ce autre chose, différent et plus dangereux encore ?


Ne jouant plus sur l’ambiguïté concernant l’identité réelle des personnages, Tchaikovsky ici se donne l’occasion de développer leurs personnalités, et d’approfondir aussi leur relation, empreinte de nombreux et forts sentiments contradictoires. Il introduit également l’intéressant personnage de Sara, une petite fille qui sera peut-être un jour une grande magicienne.

Il met parallèlement en scène un nouveau danger qui permet de lever, encore plus que dans le premier tome, le voile sur l’histoire de la planète Sophos IV, celle-là même qui abrite le royaume de Lannesite et ses voisins plus ou moins puissants.

Il montre les ravages que peut faire un dirigeant paranoïaque qui cherche à se protéger de son voisinage, en créant un glacis qui a vocation à s’étendre sans limite. Dans le contexte géopolitique actuel où Vladimir Poutine tente par tous les moyens de sécuriser ce qu’il nomme « l’étranger proche », c’est une manière intelligente et appropriée de lier un texte de divertissement à un fond plus grave.

Et, pour que chacun en prenne pour son grade, on peut aussi établir un parallèle entre les actions belliqueuses de Lannesite et la tentation guerrière récurrente des Etats-Unis d’Amérique, convaincus que leur puissance militaire sans égale suffit à régler des problèmes complexes qui nécessiteraient au contraire de faire de la mécanique de précision.

Le tout débouche sur une résolution très satisfaisante à la fin des 170 et quelques pages, fin qui laisse néanmoins toute latitude pour y revenir une troisième fois.


Voilà, difficile d’en dire plus sans spoiler le tome 2 ou même le tome 1.

Disons simplement alors que ce retour sur Sophos IV est l’occasion de passer un très agréable moment en étant spectateur de l’héroïsme de deux personnages qui n’hésitent pas à sacrifier beaucoup pour améliorer la situation. Ce n’est pas si courant dans le monde réel.


Engines of Reason, Adrian Tchaikovsky

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