Dust to Dust - Jones - Bram


Quelques mots sur le one-shot Dust to Dust du duo JG Jones et Phil Bram.


USA, milieu des années 30, dans la ville de New Hope en Oklahoma.

La crise économique, la sécheresse et de mauvais choix économiques ont plongé la petite ville dans une dépression plus forte encore que celle qui touche le reste du pays et du monde.

Alors qu’une journaliste de Chicago vient documenter la misère, le shérif local, un homme tourmenté par une enquête gravement ratée, doit tenter d’arrêter un inquiétant tueur en série contre l’inclination du maire qui préférerait, comme celui de Jaws, qu’on soit discret sur l’affaire.


Avec Dust to Dust, Jones et Bram offrent un album qui est, objectivement, très beau.

Les décors, les espaces, les bâtiments et les objets sont superbement rendus en lavis de gris et d’ocre, plein de petits détails qui font vrai jusqu’aux pains de savon Kirkman.

L’histoire, elle, coche toutes les cases du bingo de l’époque : misère post-dépression, chômage, sécheresse et tempête de poussière (les fameux Dust Bowls), départ pour une Californie fantasmée, inégalités femmes/hommes issues de la culture et actualisées dans le réel (avec une validation féminine qui rappelle La Domination masculine de Bourdieu), serpent à sonnettes, racisme endémique (avec même une évocation du massacre de Tulsa), charlatans vendeurs de snake oil climatiques, prêcheurs illuminés et ouailles terrifiées.

Tout ceci est connu et documenté, tant dans l’œuvre de Steinbeck qu’au travers des photos de Dorothea Lange entre autres. Aucun motif de critique donc.


C’est sur d’autres points que l’album est très décevant.

D’abord, graphiquement, les visages ne sont pas toujours faciles à reconnaître. En étant attentif on y parvient, certes, mais ce n’est jamais satisfaisant dans un album de BD.

Plus grave, c’est surtout sur le plan du scénario que l’album pèche dangereusement. Qu’on en juge !

Rien n’est jamais vraiment clair, les motivations des uns et des autres sont confuses, comme leurs positions et actions. Les personnages ne sont pas vraiment assez travaillés pour qu’on s’y attache. Certains épisodes semblent annexés à l’histoire principale, de l’autre côté d’une solution de continuité. Et surtout, en dépit de quelques trouvailles intéressantes (comme les coups de téléphone en simultané) la narration devient de plus en plus elliptique à mesure de l’avancée dans l’histoire au point de devenir épileptique dans les dernières pages. On a le sentiment d’assister à la mise en scène de personnages et de situations dont les scénaristes ne savaient plus vraiment quoi faire et qu’ils agitaient donc comme des marionnettes au bout de fils trop nombreux pour pouvoir être coordonnés.

On en sort aussi dépité que le couple assassiné dans l’album alors qu’il pensait passer un bon moment.


Dust to Dust, Jones, Bram

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