Les gorges d’Olduvaï en Tanzanie sont l’un des plus importants complexes préhistoriques du monde. Elles sont situées dans la vallée du Grand Rift, un lieu longtemps présenté comme le berceau de l’espèce humaine, celui où une petite bande de primates primitifs aurait mutée sous la pression des changements climatiques et environnementaux induits par la formation de la faille.
A l’ouest du Rift, dans un environnement resté humide et arboricole, les primates primitifs auraient évolués en gorilles, chimpanzés et bonobos, alors qu’à l’est, sur une terre transformée en savane sèche, les premiers hominidés, mieux adaptés du fait de leur bipédie, auraient prospéré. Ils seraient donc nos très lointain ancêtres, premiers chaînons d’un modèle monocentrique qui résonne fort avec le darwinisme.
Sept vues sur les gorges d'Olduvaï est une novella de Mike Resnick. Multiprimée (Hugo 95, Nebula 95, SF Chronicle 95, Premio Ignitus 96, Ozone 99), la nouvelle est originale en ceci qu’elle présente une expédition d’exoarchéologie dans laquelle ce sont des espèces non humaines qui viennent étudier les vestiges de l’humanité après que celle-ci ait dominée la galaxie avant de finir par s’éteindre.
De l’histoire de l’humanité, de notre histoire future donc, nous ne saurons rien (ce n’est pas le point des êtres qui peuplent ce récit) si ce n’est que c’est une histoire de violence, d’expansion, de guerre, de mise en esclavage des espèces non humaines rencontrées – comme information, ce n’est déjà pas mal. Non, ce qui intéresse les protagonistes de la novella, c’est de comprendre qui était l’Homme, d’où il venait, ce qu’il avait pu être avant que sa poigne cruelle ne s’abatte sur la galaxie.
C’est donc naturellement dans le berceau de l’humanité, les gorges d’Olduvaï, la où réside sans doute le principe de l’humanité, que les archéologues du futur sont venus chercher la connaissance.
L’expédition est constituée de neuf non humains, chacun très différent de nous, chacun doté des capacités (différentes) nécessaires à la réussite de l’opération. Ils passeront quelques temps sur ce bout d’une Terre qui n’abrite plus aucun sentient afin de recueillir les artefacts de l’humanité et de tenter de donner du sens à ce qu’il découvre (de vrais archéologues donc). Quant à leur méthode, une fois un artefact déterré et traité il est « mangé » par le narrateur du récit, qui « sent » son histoire ainsi que celle de ceux qui l’ont utilisé. Un moyen comme un autre d’assister à des fragments d’histoire et d’atteindre, peut-être, une certaine compréhension de l’Homme.
A travers l’analyse de sept objets, l’équipe d’archéologue non humains observe – et nous avec elle – une succession, peu glorieuse, de vignettes représentatives de l’histoire humaine.
Déroulant ce nuancier entre gris foncé et noir, on ne sera pas étonné de constater que l’histoire de l’Homme, telle que la racontent les artefacts, est de guerre des uns contre les autres, d’exploitation des uns par les autres, de mépris affiché des uns pour les autres, d’esclavage des uns par les autres, de prédation de la nature et des espèces, de colonisations réciproques et successives. Une histoire de violence, « dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ». Shakespeare avait décidément raison.
On sera sans doute consterné, mais étonné sûrement pas.
Resnick, bon connaisseur d’une Afrique qu’il a fréquemment parcourue, livre ici un récit riche, dense, équilibré. Et un vrai plaisir de SF tant il est plaisant de voir retourné le trope des humains allant explorer des ruines aliens.
C’est donc une novella à lire, elle mérite ses nombreuses récompenses dont je n’ai pas donné la liste exhaustive.
Un détail néanmoins : écrit avant 1995, le texte ne tient pas compte des nouvelles découvertes qui ont remis en cause l’origine de l’espèce humaine ainsi l’hypothèse monocentrique. Deux découvertes faites au Tchad en 1995 et 2001, dont celle de Toumaï, montrent que la question de l’origine de l’humanité est bien plus discutée qu’il n’a semblé l’être dans un passé pas si lointain. Qu’importe ! L’histoire est belle quand même.
Sept vues sur les gorges d'Olduvaï, Mike Resnick

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