Londres, 1859. La ville emmitouflée sous la neige appartient largement à Picsou, le canard milliardaire. Sous l’ombre tutélaire du coffre géant se trouvent des restaurants Picsou, des transports Picsou, des théâtres Picsou, des usines Picsou, des aciéries Picsou, and so on.
Dans cette Angleterre en pleine Révolution industrielle, dans une ambiance qui rappelle immédiatement Dickens, on apprend par la presse, dès la première page, qu’un terrible malheur vient d’advenir, le célèbre Sou fétiche a disparu. Volé sûrement. Mais par qui ? Il était pourtant protégé par un imposant dispositif de sûreté, qui s’est révélé inutile. Quant à Donald, censé l’avoir à l’œil, il n’a rien vu ni entendu et ne se souvient de rien. Etrange.
Sans aucun indice ni témoin, comment retrouver une si petite aiguille dans l’immense botte de foin mondiale ?
Sans la moindre hésitation, après avoir incriminé ses plus féroces ennemis, Picsou part à la recherche du Sou disparu. Les jours passent dans l’inquiétude (qui dirige l’empire pendant qu’il n’est pas là ?), jusqu’au retour d’un Picsou passablement bizarre qui dit avoir changé ses priorités et semble délaisser ses entreprises et ses affaires. Son empire industriel et financier survivra-t-il à la désinvolture du canard le plus riche du monde ?
Il faudra le courage et la ténacité du journaliste Mickey et de ses alliés pour retrouver le Sou perdu et remettre de l’ordre dans un monde tourneboulé.
Mickey et le Roi des pirates est un one-shot de la série Disney Glénat. Et c’est une réussite.
C’est une aventure trépidante pleine de faux-semblants et de demi-vérités.
C’est une revue d’effectif qui permet au lecteur satisfait de cheminer avec Mickey, Minnie, Donald, Daisy, Dingo, Pluto, Pat Hibulaire, Miss Tick, Flairsou, Clarabelle, Géo Trouvetou, le Fantôme noir et même le Commissaire Finot.
C’est un album aux dessins et couleurs d’une très grande beauté qui restitue un monde aujourd'hui disparu (avec un souci du réalisme poussé jusqu’à tenir compte de la date d’achèvement du Pont de Westminster).
C’est l’occasion de visiter une Londres où se côtoient belles demeures victoriennes et galetas sordides, de parcourir l’île de la Tortuga et ses repères de pirates, d’apercevoir le Vésuve ou le corbeau Algorab (Géo Trouvetou est même ici une occurrence du fusil de Tchekhov).
C’est beau, c’est dynamique, c’est coloré.
Cerise sur le gâteau, Mickey et le Roi des pirates est, on peut le dire, une BD wébérienne. A la charnière des XIXe et XXe siècles, le sociologue allemand Max Weber regrettait la rationalisation du monde qui en chassait toute magie, le désenchantant littéralement et enfermant l’homme dans la « cage de fer » de la rationalité opératoire. C’est à ce désenchantement que tentent de répondre les protagonistes de l’album, de manière explicite – on le voit dans la planche ci-dessous. Fonce, lecteur !
Mickey et le Roi des pirates, Chamblain, Dav
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