Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Deryn Du - Guillaume Sorel


D’abord, c’est un cadavre de baleine qui empuantit la plage, non loin d’un petit port de pêcheurs du Pays de Galles. Parmi les témoins ébahis, à côté des humains, il y a des mouettes mais aussi des corbeaux. Un poète en villégiature traîne aussi parmi les badauds. Tout ceci, Poe l’aurait apprécié.

Puis il y a un meurtre, étrange. Une petite fille et une poupée cassée, qui ne semblent pas être étrangères aux mystères en cours. Puis d’autres meurtres, de plus en plus étranges. Et toujours le poète. Qui comprend, ou sent, ou vibre à l’unisson.


Le village de pêcheurs, la nuit, l’ombre, la peur qui rôde. On pense au Geôlier de Florian Quittard.

La lande, les fées, un autre monde derrière le monde, on pense à Arthur Machen - le poète le lit.

On pense aussi au décadentiste Maurice Rollinat, dont la petite fille (fantôme ?) cite des passages.

Le poète sert de passeur entre les mondes, entre la nuit et le jour. Il peut comprendre, il est un passeur de fées, la petite fille l’affirme, inversant sans même le vouloir la proposition « Car le tombeau toujours comprendra le poète » de Baudelaire.


On ne comprend pas tout, car le fantastique brouille les pistes de l’incroyable série de meurtres qui endeuille le paisible petit village où les bourgeois des environs viennent prendre de chastes premiers bains de mer.

Coupables, tous coupables ? Ou innocentes victimes de la folie vengeresse d’une fille trop tôt disparue qui cherche à donner du sens à son trépas ? Qui peut savoir ?


Deryn Du est le dernier album de Guillaume Sorel - dont on avait particulièrement apprécié le travail sur le Macbeth de Thomas Day. Il y travaille seul ici sur un projet qui l’occupe depuis plus de vingt ans : exprimer les nuances de la peur par l’image fixe. Et c’est plutôt réussi.

On reconnait son style et sa patte qui nous invitent, pendant plus de cent pages, à parcourir la lande dans les traces de Machen et de ses fantastiques acolytes. On apprécie les reflets, les ombres, les gueules d'un monde encore intouché par la modernité. On reste avec Machen, Sorel et Rollinat dans une indécision presque quantique sur le passé et l'avenir d'un petit village frappé par la malédiction.


Deryn Du, Guillaume Sorel

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