Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Les Résidents - Lemire - Sorrentino - Le Mythe de l'Ossuaire t3


Avec Les Résidents, tome 3 du Mythe de l'Ossuaire, le cycle BD de Lemire et Sorrentino situé dans un univers mythologique partagé imaginé par les auteurs, on entre vraiment dans le lourd.
Lourd d'abord car ce gros volume de 312 pages pèse son poids, lourd surtout car cet opus qui regroupe les dix numéros de l'arc Les Résidents est vraiment impressionnant.

Quelques mots de l'histoire, sans trop spoiler.
Sept personnes vivent (au milieu de beaucoup d'autres) dans un immeuble d'habitation urbain dégradé mais quelconque. Ces sept personnes – Isaac, Amanda, Justin, Félix, Tanya, Bob et Gary –l'ignorent mais elles sont liées. Liées entre elles, liées aussi à cet immeuble qui est certainement un lieu malfaisant (car sinon ce serait elles qui le sont, et comment le jeune Isaac ou l'aimante Amanda, sans même parler des autres, pourraient-ils être accusés de malveillance ?).

A la mort imprévue de l'un des sept, une clef est tournée et un grand bouleversement traverse l'immeuble qui semble alors avoir été projeté avec ses occupants dans une autre réalité au-delà de l’espace et du temps.
Passée la panique initiale, on comprend que tout n'est pas perdu, il y a un passage à l'étage des sept, un passage qui paraît être la seule issue hors de l'immeuble (ou ce qu'il est devenu), un passage qu'il faudra parcourir du haut en bas à travers le labyrinthe hostile et mystérieux qui semble avoir remplacé le bâtiment original comme autant de cercles dantesques.

Lors de cette descente aux enfers, chacun des résidents naufragés sera confronté à ses démons, à sa solitude, à l'hostilité de créatures monstrueuses qui rappelleront des souvenirs aux lecteurs des deux premiers volumes auquel celui-ci fait plusieurs fois explicitement référence même s'il est lisible indépendamment sans difficulté.
Le but est d’atteindre la sortie, en cheminant tant dans l'espace du labyrinthe que dans la compréhension de ses propres troubles. C'est en se confrontant à ses traumas puis en les dépassant pour s'entre-regarder enfin et accepter de s'entraider que les sept (tous?) auront une chance de sortir non seulement vivants mais aussi grandis du piège dans lequel la mort d'un des leurs les a plongés. Sans oublier que rien n'est complètement gratuit et que personne n'est vraiment ce qu'il semble être – on en aura une démonstration éclatante au dernier niveau.

A l'issue d'une odyssée éprouvante tant pour ses protagonistes que pour le spectateur impliqué qu'est le lecteur, la cosmogonie du monde de Lemire devient, pour les sept comme pour le lecteur, bien plus explicite. Après avoir souffert avec les résidents naufragés, on commence enfin à comprendre sur quels fondements repose le monde de Lemire et Sorrentino. On commence à voir un panthéon apparaître, et à entrevoir ce qu'il exige des humains en terme de sacrifice et de souffrance.

Par-delà le scénario, lent et très graduel, qui laisse l'horreur s'installer progressivement en parallèle avec les moyens de la vaincre, la qualité de l'album trouve son origine dans les dessins de Sorrentino.
Profonds aplats noirs pour un monde dans lequel s'insinuent les ténèbres, géométrie non euclidienne, cités et bâtiments cyclopéens, grandes cases et pleines pages, Sorrentino ne se prive de rien pour exprimer l'étrangeté et la noirceur radicales dans lesquelles se retrouvent plongés ses personnages. Les jeux de couleur aussi participent du dévoilement, éclairant tant l'action que les différences de nature entre les éléments qu'ils mettent en valeur.
Et puis il y a aussi l'inventivité avec laquelle Sorrentino met en scène la choralité du récit ainsi que la dynamique des scènes.

L'ensemble forme un très bel objet graphique qui impressionne par son hiératisme et donne au scénario la force de frapper le lecteur en devenant bien plus qu'une simple horror story. La cosmogonie de Lemire fait le reste et, dessin plus histoire plus mythologie, l’ensemble est hautement recommandable.

Les Résidents, Le Mythe de l'Ossuaire t3, Lemire Sorrentino

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