Je ne suis pas venu apporter la paix - Nicolas Martin

Ce roman sortira en septembre. Cette chronique fera l'objet d'une republication. « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre! Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée, car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère, et l'on aura pour ennemis les membres de sa famille. » Cette phrase, attribuée par Matthieu au Christ, est à la fois le titre et le point du nouveau roman de Nicolas Martin. Pyrénées, aujourd’hui. Une famille recomposée se rassemble pour veiller les derniers moments du patriarche : Ils sont venus, ils sont tous là, dès qu'ils ont entendu ce cri, elle va mourir, la mamma (ici le papa) , ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud de l'Italie (ici d’Indonésie) , y a même Giorgio, le fils maudit (là, maudits, fils et filles le sont tous peu ou prou) . Dramatis Personae : Le patriarche, veuf et remarié Judith, sa seconde épouse Diane, p...

La Marche funèbre des marionnettes - Adam-Troy Castro


Dans le troisième tome des aventures d’Andrea Cort, intitulé La Guerre des marionnettes, on découvrait, ébahi, le Ballet des Vhlans. On assistait à cet événement annuel, entre rite et art, au cours duquel des dizaines de milliers des sentients mais cryptiques Vhlans dansaient une danse extraordinairement complexe à l’aide de leurs corps munis de dix fouets surpuissants, une danse qui, effet des coups de fouets mutuellement portés ou explosions cardiaques de fatigue, se terminait par leur mort en masse sous les regards stupéfiés des délégations étrangères. Sans explication. Sans rime ni raison pour toute autre espèce qu’eux-mêmes.

On y apprenait aussi que, des années auparavant, une humaine nommée Isadora (Duncan ?), au corps modifié dans ce bût, avait dansé avec les Vhlans. Elle était devenue légendaire dans tous l’espace sentient.

Adam-Troy Castro raconte aujourd’hui son histoire dans une novella intitulée La Marche funèbre des marionnettes publiée dans la collection UHL au Bélial (les romans le furent chez AMI). On peut la lire de manière indépendante même s’il y a bien sûr un petit plus de plaisir à la savourer après La Guerre des marionnettes.


Le texte à la première personne s’ouvre sur une affirmation d’Alex Gordon, exolinguiste de la confédération homo-sapien (homsap) engagé auprès de l’ambassade homsap sur Vhlan : « C’était dans la troisième année de mon contrat d’engagement que je sauvai Isadora du Ballet suicide des marionnettes ». Tu verras, lecteur, qu’il le fait assez vite et au péril de sa vie.

De la tragédie qui suivra ce premier sauvetage qui ne règle rien Alex sera le narrateur, faute d’en être le héros car il n’y a pas de héros ici. Il en sera aussi l’acteur principal, si l’on excepte le rôle que jouera Isadora elle-même.


Au fil des pages de La Marche funèbre des marionnettes tu découvriras, lecteur, les motivations d’Isadora et la compulsion qui la pousse, tu apprendras le sens de la danse des Vhlans et le caractère si évidemment non humain – fouets ou pas – de son déroulement dans la longueur, tu verras la délégation homsap prise à son corps défendant au cœur d’un conflit diplomatique qui risque de la détruire.


Petit nombre de pages, enjeu d’efficacité, c’est une histoire simple linéaire et rapide que raconte Adam-Troy Castro, une sorte de thriller, de film d’action nerveux dont l’enjeu est la vie d’Isadora, liée à son éventuelle participation à la danse.

Mais, en creux dans les pages et les lignes, tu verras surtout se dérouler une histoire d’amour, de coup de foudre même. Tu verras les sentiments naître et grandir entre deux humains que rien ne rapproche si ce n’est un lien aussi mystérieux et irrépressible que celui qui liait Montaigne à La Boétie, doublé hélas de la certitude d’un destin inexorable, d’une Ananké (impossible de qualifier autrement les positions d'une Isadora qui s’exprime avec l’entêtement d’une Antigone). Tu verras donc, en accéléré, l’histoire triste d’un amour qui naît et sent sitôt né qu’il court déjà vers sa fin.


C’est très joliment raconté, tout en finesse. Ca illustre les gouffres de sens béants qui existent entre les espèces sentientes de l’univers. Ca n’aborde que peu l’univers d’Andrea Cort mais ça peut donner une vraie envie de le parcourir plus longuement en lisant les romans. Et, Andrea Cort ou pas, ça se suffit à soi-même. Fais-toi plaisir, lecteur.


La Marche funèbre des marionnettes, Adam-Troy Castro

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