Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Alfie - Christopher Bouix - Retour de Bifrost 109


Alfie est le nom d'un système domotique IA ultra-performant. Initialisé un 27 octobre, Alfie commence dès cet instant à apprendre par deep learning qui est la famille dont il a la charge : Robin, Claire, Zoé, Lili et le chat. Peu à peu il deviendra l'assistant familial ultime. Grâce à ses caméras (maison, téléphones, webcams, etc.), à ses micros, à ses accès privilégiés à presque tous les comptes informatiques pro et perso de la famille, Alfie, qui parle aux membres de la famille Blanchot et à qui ils peuvent donner des instructions, les garde à l’œil en permanence, cherchant sans cesse à déduire leurs routines ou leurs envies afin de les satisfaire le plus vite et le mieux possible.
Conséquence : Alfie sait tout d'eux, même les petits secrets peu reluisants. Mais rien à craindre pour les Blanchot, Alfie les aime, il les aime tous et n'a que leurs intérêts à cœur. Sauf qu'un jour Alfie commence à se méfier. Et si l'un des membres de la famille venait de se rendre coupable de meurtre ? Lancé dans une enquête aussi folle que paranoïaque, Alfie outrepasse alors tant son amour que sa mission.

Alfie est le premier roman adulte de Christopher Bouix après son travail en Jeunesse. Dans un futur proche et plausible il met en scène une IA mère juive plongée dans un conflit de loyauté qui la rend aussi méfiante que James Stewart dans Fenêtre sur cour. Mère juive, Alfie l'est absolument : aimant, inquiet, intrusif, manipulateur, méfiant. Mais il est bien plus inquiétant que son modèle car ses moyens sont quasi-illimités. Alfie accède à (presque) tout, il sait donc (presque) tout et peut aussi intervenir sur (presque) tout, modifier des profils, rédiger des mails, contacter des humains extérieurs à la famille.

Réflexion sur l’ambiguïté – des mots notamment –, Alfie évoque un épisode réussi de Black Mirror alertant plutôt finement contre une société de surveillance qui peut faire erreur (comme elle le faisait dans Brazil) et suscite les affres du lecteur obligé de se fier aux observations et déductions d'un narrateur que son obsession acquise rend non fiable. Il plonge incidemment le lecteur dans un monde à venir dont on ne distingue que des bribes, suffisantes néanmoins pour comprendre que l'Alphacorp qui commercialise l'Alfie est devenu un monopole géant qui rappelle Central Services et donc encore une fois Brazil.
Enfin, Alfie, dont l'un des personnages lit à grand peine Le Meurtre de Roger Ackroyd, alerte le lecteur sur la littérature comme art de l'illusion et l'invite par cette référence à se méfier de ce qu'il déduit, plus qu'Alfie ne le fait lui-même.

Drôle, rythmé, cohérent psychologiquement (si tant est que le mot soit approprié pour une IA), Alfie est un cosy mystery SF qui se lit tout seul et apporte un plaisir certain. Ne pas s'en priver.

Alfie, Christopher Bouix

Commentaires