La Marche funèbre des marionnettes - Adam-Troy Castro

Dans le troisième tome des aventures d’Andrea Cort, intitulé La Guerre des marionnettes , on découvrait, ébahi, le Ballet des Vhlans. On assistait à cet événement annuel, entre rite et art, au cours duquel des dizaines de milliers des sentients mais cryptiques Vhlans dansaient une danse extraordinairement complexe à l’aide de leurs corps munis de dix fouets surpuissants, une danse qui, effet des coups de fouets mutuellement portés ou explosions cardiaques de fatigue, se terminait par leur mort en masse sous les regards stupéfiés des délégations étrangères. Sans explication. Sans rime ni raison pour toute autre espèce qu’eux-mêmes. On y apprenait aussi que, des années auparavant, une humaine nommée Isadora (Duncan ?) , au corps modifié dans ce bût, avait dansé avec les Vhlans. Elle était devenue légendaire dans tous l’espace sentient. Adam-Troy Castro raconte aujourd’hui son histoire dans une novella intitulée La Marche funèbre des marionnettes publiée dans la collection UHL au Bélial

La Maison Usher - Dufaux et Calderon


La Chute de la Maison Usher est peut-être la nouvelle la plus connue d’Edgar Allan Poe. Elle a donné lieu à maintes adaptations sur quantité de formats. Voici qu’arrive La Maison Usher, une BD de Jean Dufaux illustrée en couleurs directes par Jaime Calderon. Alors ?


Les lecteurs de la nouvelle originale – traduite par Baudelaire – savent qu’elle est relativement courte, très suggestive et profondément gothique. Rien n’y est vraiment clair sur les causes de l’évidente décrépitude d’une famille renommée et de la demeure qui l’abrite depuis des générations. Seules certitudes : Madeline Usher est mourante, son frère est au mieux dérangé, et la chute de la famille est racontée par un ami du frère appelé à l’aide en temps de désastre. Le reste est allusif, les motifs et déroulements laissés dans l’ombre, les références à la culture classique nombreuses. L’effroi gagne progressivement narrateur et lecteur par assaut de sensations, visuelles et sonores notamment, dans une maison où tout est devenu statique et qui reflète ou vit, dans ses corps d’habitation, les divers états du corps malade de la jeune femme et de la famille entière. Jusqu’à un final de terreur quand Madeline revient, sur lequel les interprétations divergent.


Dans un très joli album réalisé par Calderon, Dufaux a farci la dinde jusqu’à la rendre difforme. Certes l’ambiance gothique est là (remercions Calderon et son travail), mais pour le reste…

Dufaux crée un narrateur – Damon Price – qui n’est pas un ami du frère Usher mais un cousin de la famille (peut-être, qui sait, ex-amoureux de Madeline). Le cousin a dilapidé son héritage familial par une vie dissolue. Il a des dettes de jeu – qui peuvent lui coûter la vie – auprès d’une sorte de gang de gangsters Noirs et tatoués qu’on verrait plutôt à la Nouvelle-Orléans qu’à Baltimore. Il a une amie prostituée qui peut lui prêter/donner l’argent dont il a besoin pour rembourser ses créanciers ; mais pour cela elle doit accepter des passes avec un aristocrate sadique qui est un véritable monstre et la blesse gravement. Il cherche de l’aide auprès d’un prêteur sur gages, que les gangsters ont déjà assassiné. Il s’enfuit juste à temps dans une berline inconnue et étrange, et fait, durant le voyage, des rêves qui ne le sont pas moins. Il s’avère finalement que c’est Roderick Usher qui lui a envoyé la berline car sa sœur Madeline est morte et qu’il a trouvé un journal dans lequel elle disait vouloir appeler le narrateur à la maison Usher pour l’aider dans sa détresse maladive. Curiosité ? Jalousie ? Roderick veut avoir Price sous la main pour ??? savoir ? lui parler ? partager le fardeau de la mort de Madeline ? Qui sait.

Quoiqu’il en soit, Price cherche vaguement (quoi?) et ne trouve pas grand-chose, mais les bandits de Baltimore le retrouvent – grâce à l’opportune lettre de Madeline – et attaquent la maison. C’est alors qu’une armée de zombies émerge du cimetière Usher pour tuer les bandits et détruire aussi la maison dans laquelle Madeline Usher revient telle un Lazare sans joie – au moins une chose qui correspond à la nouvelle originale que Dufaux semble avoir oubliée ou lue sous mescaline.


Cerise sur le gâteau, Edgar Allan Poe intervient directement comme personnage dans le récit, parlant aux protagonistes de l'affaire, dévoilant parfois une partie de leur avenir, ou s’arrangeant avec l’un pour faire disparaître l’autre. Cette tentative maladroite de mise en abyme n’apporte rien au récit et noie encore celui-ci, qui n’en avait vraiment pas besoin, sous un ajout supplémentaire.


D’un texte de douceur, de frisson et de délicatesse, Dufaux fait ici un film à grand spectacle avec tripots de la côte Est, prostituée au grand cœur, meurtre sordide, course poursuite, zombies !!! Si Poe le voyait, il sortirait de sa tombe comme Madeline pour emporter Dufaux avec lui dans l'étang croupi de la Maison Usher. A éviter absolument et je le regrette infiniment. NEVER MORE !


La Maison Usher, Dufaux, Calderon

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