Palaces of the Crow - Ray Nayler

Lituanie. 1941. L’opération Barbarossa . Toi et moi, lecteur, savons ce qui arrive. Les protagonistes du roman, assurément pas. Ces protagonistes dont je parle sont quatre jeunes personnes, entre l’enfance et l’adolescence, que le vent de la guerre emportera, transformera, cassera jusqu’à ce que ne restent que les vestiges de ce qu’ils furent ou auraient pu être. Qui sont-ils quand le roman commence ? D’abord (pas d’inquiétude, je ne spoile rien qui ne soit lisible dès l’abord du roman) Neriya, une brillante jeune fille juive de quatorze ans, qui perd sa famille quand le shtetl dans lequel ils passaient l’été est attaqué. Seule, elle fuit. Czeslaw, un très jeune soldat de l’Armée Rouge, d’origine polonaise (il a menti sur son âge pour pouvoir s’engager et soulager ainsi sa mère seule) . Czeslaw a perdu son unité et ses camarades. Déserteur, seul, il fuit. Kezia, une jeune Rom dont la famille est tuée sans motif aucun. Seule, elle fuit. Et Le Garçon, qui ne parle pas ou plus, que Kezia...

The Outsider - Gou Tanabe


The Outsider est un recueil manga de Gou ‘Lovecraft’ Tanabe. Publié en 2020 par Glénat, il regroupe quatre œuvres de jeunesse de l’auteur japonais, des juvenilia publiés dans le Monthly Comics Beam entre 2002 et 2005 puis rassemblés en un seul volume en 2007.


Lovecraft étant la star qu’il est aujourd’hui, c’est The Outsider, son texte entre Poe et autobiographie dont l’adaptation par Tanabe donne son titre au recueil. Mais il y a aussi entre ces pages deux autres adaptations : La Maison à mezzanine d’après Tchekhov et Vingt-Six Gars et une fille d’après Gorki. L’ouvrage se clôt sur une création originale de Tanabe intitulée Ju-Ga.


Etonnamment (ou pas, d'ailleurs) c’est The Outsider qui est le moins réussi des quatre. La nouvelle de Lovecraft, angoissante, fonctionne sur l’insinuation du doute concernant le narrateur qui saisit peu à peu le lecteur et une lente progression vers une atroce vérité. Même si elle n’est pas très longue, son temps de lecture est incontestablement plus long que celui que nécessite la lecture de son adaptation en manga. De ce fait, aucune montée progressive, aucun doute insidieux, tout arrive trop vite et le twist donne plutôt l’impression de lire un EC Comics à chute. Dommage.


La Maison à mezzanine est l’un de ces contes de la vie bourgeoise de province que Tchekhov décrivait abondamment. Quand l’amour est contrarié par les convenances et l’autoritarisme familial. Sympathique, sans plus.


Vingt-Six Gars et une fille est très intéressante tant par son fond – le quasi esclavage auquel sont soumis les ouvriers non qualifiés d’une boulangerie – que par sa forme, concentrationnaire dans un trait sombre qui ne peut qu’évoquer l’enfer réaliste que vivait suffisamment de Russes pour qu’une révolution soit nécessaire, si l’on en croit Gorki qui en fut l’un des chantres. Le parfum de fable tragique du récit émeut ici là où les tourments de l’éphèbe de La Maison à mezzanine n’y parvenaient pas.


Ju-Ga enfin est une œuvre originale de Gou Tanabe qui raconte, en plusieurs épisodes distincts, les aventures d’un moine bouddhiste dans le Japon ancien. L’homme combat les démons et les emprisonne dans des dessins magiques qui les retiennent prisonniers, redressant ainsi de nombreux torts.

Sans doute un bodhisattva, le moine errant de Tanabe a acquis la prajnaparamita qui lui permet de voir le monde tel qu’il est sans avoir besoin d’atteindre préalablement le nirvana. Il peut alors traquer l’horreur qui se dissimule derrière des traits délicats puis la vaincre, protégeant ainsi ses frères humains trompés par les masques du démon.


Œuvres d’initiation, les quatre mangas rassemblés ici sont imparfaits. Pas toujours clairs graphiquement, nantis de phylactères pas toujours placés de façon explicite par rapport à la personne qui parle, le Tanabe brillant des adaptations d’HPL est encore en germe ici. Mention spéciale néanmoins pour un Vingt-Six Gars et une fille qui pourrait illustrer n’importe quel texte dystopique et un Ju-Ga qui constitue un strip feuilletonnesque tout à fait plaisant à lire.


The Outsider, Gou Tanabe (et ses amis)

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