The Faith of Beasts - James S.A. Corey

Juste quelques mots pour signaler la sortie de The Faith of Beasts , le tome 2 du Cycle de S.A. Corey intitulé The Captive’s War . Il succède à The Mercy of Gods (La Clémence des dieux en VF) , et conserve toutes les qualités du premier tome en gommant le léger défaut de lenteur que celui-ci présentait. Un bon millésime donc, meilleur même que le premier. Clique ici, lecteur, pour le background et une rapide remise à l’esprit du contexte . Maintenant, mémoire dûment rafraîchie, tu te souviens sans doute que toi et moi avions laissé les captifs humains des Carryx dans la position peu enviable d’être devenus – leur périlleuse évaluation passée – un groupe d’esclaves supplémentaire qui s’ajoute à tous ceux que les Carryx ont déjà réunis pour les servir – par la violence et contre leur gré – au fil de millénaires de pérégrinations spatiales. Des groupes d’esclaves sentients qui ne survivent en tant que groupes qu’aussi longtemps que leur utilité intrinsèque dépasse leur coût d’entretien. ...

Les désarrois du professeur Mittelmann - Eric Bonnargent


2020. L’année de la retraite pour le professeur Mittelmann, après plus de trente ans passés au service de l’Education nationale. Le gros d’une vie, et l’occasion pour lui de revenir sur celle-ci pour un bilan avant liquidation professionnelle.

Mittelmann rêva longtemps d’être un grand écrivain, goncourisé et nobélisé ; il fut un auteur anecdotique. Il devint prof presque par hasard et fut un bon prof de philo. Il fut aussi mari et compagnon, et n’en tira guère plus de satisfaction durable que de l’écriture.

Mittelmann l’homme moyen, « l’homme sans qualités » comme il se définit lui-même, fut (est ?) quelconque, banal, presque générique. Traversant le temps sans incroyable succès ni échec catastrophique. S’approchant des objectifs élevés qu’il se donne sans jamais les atteindre complètement. Apprenant on ne sait comment à s’en satisfaire. Comme presque nous tous.


Dans Les désarrois du professeur Mittelmann, Eric Bonnargent décrit avec humour un personnage assez intelligent pour sentir l’entropie en lui et la regarder avec une lucidité désabusée qui génère sourire et compassion chez le lecteur.

Le roman raconte un vieillissement (une vie ? De fait c'est pareil) à l’aide de vignettes espacées de plusieurs années. A la troisième personne l’auteur y dit la vie de son personnage en alternant chapitres biographiques et séquences de cours fictives.

Mittelmann jeune prof et jeune marié, puis entre deux âges dans une nouvelle relation, jusqu’à la retraite, cette antichambre de l’Ehpad. Mittelmann prof parmi des profs, une engeance décevante à laquelle il ne se sent pas appartenir. Mittelmann inspirant parfois un ou deux élèves. Mittelmann écrivain souffrant et peu payé de ses efforts. Mittelmann amoureux passionné puis mari négligent. Solitaire puis amoureux puis solitaire puis amoureux, comme si les appels du sentiment, jamais totalement satisfaisants, lui étaient irrésistibles. Seul point stable dans sa vie, Marc, son éditeur.

Les années passent et Mittelmann vieillit. Tout simplement, parce que Mittelmann vit – seuls les morts cessent de vieillir. Les années passent et les portes se ferment, l’une après l’autre. Parce que les occasions sont passées, parce que le corps suit de moins en moins (elle est rageante la dualité corps/âme quand on a un vieux corps, à moins qu’un vieux corps ne façonne peu à peu une vieille âme). C’est cela, vieillir, la dépendance au chemin et la réduction des possibles. Sur le passé plus rien n’est possible, et pour chacun le passé est à chaque minute un peu plus massif ; il tente un jour de l'enseigner à ses élèves bien trop jeunes pour le comprendre vraiment.


Pour servir son propos, Bonnargent croque fort joliment les milieux sociaux que côtoie Mittelmann et les particularités d’un milieu professionnel endogamique et autocentré dont Alain Golomb disait qu’il était peuplé de plantes sous serre.

Il dit sans aigreur excessive l’effondrement d’un système éducatif qui fut l’un des plus nobles du monde – et offre une visite guidée de Brunoy qui rappelle Baudelaire sur la Belgique en plus disert.

Il livre plusieurs cours dont il parvient à merveille à restituer l’ambiance : verbatim d’un flux de paroles ininterrompu qui vise à transmettre les connaissances nécessaires tout en laissant la parole à l’élève sans oublier d’émettre (comme des interruptions non masquables en informatique) les innombrables injonctions disciplinaires nécessaires à la poursuite d’une activité adressée à des jeunes qui ont de moins en moins la patience d’attendre la suite, les connaissances préalables nécessaires à la compréhension, ou simplement la politesse de se taire pour écouter.

Il dit aussi les malentendus du couple et de l’amour, aussi inévitables que la disparité des consciences. Il dit enfin les accommodements avec la médiocrité, qu’il voit et vit et que tant vivent sans même les voir.


Quand tout aura été écrit et accompli, et même s’il aura cédé à la pulsion reproductrice, Mittelmann n’aura été qu’un homme lambda qui a traversé les étapes atrocement banales de la vie avant de partir sans laisser guère plus de trace que quiconque. Obtenant moins qu’il ne voulait mais n’obtenant pas rien, de moins en moins éligible à obtenir plus, il ressemble à un personnage de Houellebecq qui aurait été vaincu non par l’extension du domaine de la lutte mais par la simple entropie et le passage du temps. Sans doute pas un salaud mais sûrement un peu un lâche. Comme presque nous tous. « Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours ».


Eric Bonnargent enseigne la philosophie. Il écrit aussi. Comme le professeur Mittelmann. Qu’y a-t-il de lui dans Mittelmann ? Je ne sais pas et on s’en fout.

PS : Votre serviteur a passé deux semaines d’observation au lycée de Brunoy. Bonnargent n’exagère pas.


Les désarrois du professeur Mittelmann, Eric Bonnargent

Commentaires

tadloiducine a dit…
Prof de quelle matière, ce héros? Philosophie? N'a eu que des terminales, dans ce cas...
A rapprocher de "Pierre", le pilier (désabusé) du collège, qui lit du Zola à ses élèves (avant les vacances?), dans le film "Un métier sérieux"?
Je note ce titre.
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola