Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

La cité du rire - Sequoia Nagamatsu in Bifrost 111


Dans le Bifrost 111, on trouve un édito dans lequel Olivier Girard constate, comme tous les lecteurs anglo, à quel point l'Imaginaire US est en ce moment médiocre - trop d'eau tiède peut-être. Suivent les rubriques habituelles : nouvelles, cahier critique, interview, biographie, analyses, bibliographie exhaustive, scientifiction et jurifiction. On notera que le très complet dossier Gene Wolfe contient une excellente analyse d'Ada Palmer herself sur Le Livre du nouveau soleil.


Dans le Bifrost 111, il y a aussi une très jolie nouvelle de Sequoia Nagamatsu intitulée La Cité du rire.

Futur proche. Une nouvelle épidémie virale parcourt le monde et, contrairement au Covid 19, elle n'affecte que les enfants, chez qui elle provoque une mutation progressive des organes avec pour seule issue une mort plus ou moins rapide et plus ou moins douloureuse. Débordé, impuissant à réagir face à l'effroi et aux images de l'effroi (trop de morts, trop vite, et une recherche qui n'avance pas assez vite), l'Etat a créé un centre d'euthanasie humanisé (est-ce seulement possible ?) dans une ancienne prison repimpée en parc d'attractions. Journée au parc avec les parents, plaisir, joie, amusement, adieux dont une seule partie sait que c'en est, puis un tour final sur un grand huit justement nommé Le Chariot d'Osiris dont l'enfant sera extrait à la fin du tour, apaisé, enfin.

La cité du rire est à la fois l'histoire de l'épidémie vue du ras du sol pile au coeur des deuils, et celle du clown Skip qui accompagne les enfants lors de leur dernière journée. C'est aussi celle de Fitch, un enfant malade, et de Dorrie, sa mère, qui passent plusieurs mois dans le parc car Fitch participe à un essai thérapeutique. De la relation qui nait entre ces trois, faite de douceur, d'un peu d'espoir, et de beaucoup d'ineluctabilité. De l'acceptation dans laquelle ils glissent doucement et sans à-coups comme dans une couette que l'empathie et la pudeur ont rendue confortable.

C'est aussi l'histoire d'un monde tellement tourneboulé par l'arrivée d'un impensable qu'il adopte des solutions qu'on pourrait qualifier de situationnistes. Sûrement pour bien faire, et peut-être faisant bien.

C'est la confrontation de ces réalités qui fait la grande qualité de ce texte. D'un côté l'incongruité agressive d'un monde dans lequel les enfants meurent en masse sans solution, engendrant des réactions désordonnés à la limite de l'hystérie logique et du ridicule de la part d'Etats qui ne veulent pas ne rien faire (jusqu'à l'absurde) même s'il n'y a pas grand chose qu'ils puissent faire, de l'autre, le calme et la douceur que développent Skip, Dorrie, et Fitch qui forment un contrepoint à l'horreur de l'épidémie, à la frénésie de la recherche de solutions, à la folie douce d'une prison/parc d'attraction/centre d'euthanasie. Comme un ilot de paix au milieu du Pandemonium.

Parfait aigre/doux pour ce texte qui est (en avant-première) l'une des nouvelles qui formeront le fix-up How High we go in the Dark qui sortira au Seuil avant la fin de l'année. Yummy !

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