Beneath the Trees Where Nobody Sees - Horvath

Woodbrook est une charmante petite ville de l’Amérique rurale. Les gens y sont bienveillants. Ils s’entraident. Ils vivent et travaillent ensemble en bonne intelligence. Dessinée en images enfantines (avec même une voix off écrite sur des fragments de cahier d’écolier) , peinte en couleurs pastels, Woodbrook nous est présentée par Samantha, l’ourse qui tient le magasin de bricolage et compte parmi les piliers de la communauté.  A Woodbrook, la vie est paisible, tout le monde se connaît, on n’y ferme pas sa porte tant la délinquance y est minuscule – sache, lecteur, qu’on n’y a noté aucun meurtre depuis quarante ans. Et voilà qu’un crime atroce est commis et mis en scène lors de la parade qui célèbre les deux cent ans de la ville. C’est toute la bourgade qui est bouleversée par cet acte impensable. Beneath the Trees Where Nobody Sees est un album de Patrick Horvath, lettré par Hassan Otsmane-Elhaou. Prenant son lecteur à contre-pied, il présente un petit paradis rural qu’il plonge ...

Latah - Legrain


Vietnam, 1965. Une patrouille de huit marines arpente la jungle vietnamienne, marquant les zones à napalmer pour l'aviation. On sent bien dès l'abord qu'il y a une grande nervosité et un trouble, entre ces soldats, qui dépassent ce que devrait faire naitre en eux les patrouilles vietcongs qui écument elles aussi l'océan vert. Et pourtant, de checkpoint en checkpoint, les hommes progressent sans rencontrer d'opposition véritable. Jusqu'à ce que la chance tourne, qu'un des leurs saute sur une mine, et que les balles vietcongs se mettent à fuser. Repli, fuite, les survivants quittent leur itinéraire et s'enfoncent dans la jungle pour échapper à la mort. Sans imaginer qu'ils se dirigent en fait vers un danger bien plus terrifiant.

Latah est un album fantastique de guerre qui évoque très fortement le film Predator. Mais là où le monstre de Predator ne faisait que du sport, le Latah de Legrain a une signification qu'on pourrait dire « métaphysique ». Là où le Predator ne cherchait que son plaisir, le Latah porte la souffrance d'une terre et d'un peuple jusqu'à ce qu'il lui soit plus possible d'absorber davantage. Or, sur la terre vietnamienne, dans les années d'après-guerre et encore en 1965, les souffrances n'ont pas manqué.


Avec Latah, Thomas Legrain offre aux lecteurs un album magnifique à lire. Foisonnants dessins réalistes d'une grande précision, colorisation éclatante (la photo ci-dessous ne rend pas justice), l'auteur donne vie à une jungle vietnamienne qu'il peuple d'hommes armés et de paysans désarmés, des hommes équipés pour une guerre sans front à laquelle ils ne comprennent pas grand chose (ces boys sont des bidasses, bien différents des commandos surentrainés de Predator) et des paysans qui assistent impuissants au déploiement de force qui vient jusqu'à leur porte.

Fumigènes rouges de marquage, explosions de napalm, pluie drue et labyrinthe végétal, tout est spectaculairement visuel dans Latah, dans un découpage à l'évidence cinématographique. Grandes cases horizontales superposées comme des successions d'écrans, débordement des cadres pour encore plus de dynamisme, l'album, qui alterne phases de dialogue et phases silencieuses, moments de risque mortel et moments d'expectative, est à lire comme on regarde un film d'action, bien calé dans son fauteuil en sentant sa tension monter au moins autant que celles des personnages. Ajoutons-y un twist (kind of) puis un twist de twist, comme un générique et un post-générique, et l'impression d'assister à un grand spectacle dans un multiplexe est complète.

Si l'histoire est relativement simple, la très grande efficacité de la narration et la généreuse mise en images font de cet album un vrai plaisir de lecture à offrir ou à s'offrir.


Latah, Legrain

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