La Seconde vie de Sander - Stepan Razorënov

Sander est mort. Et Sander « renaît », dans un au-delà qui est peut-être l’Enfer, ou pas. Un Diable y règne en tout cas, mais il ne contrôle qu’un palais, une salle de torture, et quelques troupes, chasseurs, gardes et tortionnaires. Le reste est un no man’s land dans lequel errent les bannis tels que lui, anciens humains que leur trépas puis leur renaissance ont revêtu de formes monstrueuses. Contrairement à certains égarés, Sander ne se suicide pas dès sa renaissance. Contrairement à tous, il ne se satisfait pas d’une existence stérile et oisive dans un monde vide où rien d’autre n’arrive que les attaques périodiques des chasseurs du Diable qui enlèvent les born-again et les emmènent vers un avenir de torture. Non. Sander est différent. Sander a une idée et un projet. Fédérer autour de lui les énergies et les compétences de tous les born-again pour bâtir une ville dans laquelle tous (les déjà présents comme les nouveaux arrivants) seront accueillis, tous vivront mieux, t...

Latah - Legrain


Vietnam, 1965. Une patrouille de huit marines arpente la jungle vietnamienne, marquant les zones à napalmer pour l'aviation. On sent bien dès l'abord qu'il y a une grande nervosité et un trouble, entre ces soldats, qui dépassent ce que devrait faire naitre en eux les patrouilles vietcongs qui écument elles aussi l'océan vert. Et pourtant, de checkpoint en checkpoint, les hommes progressent sans rencontrer d'opposition véritable. Jusqu'à ce que la chance tourne, qu'un des leurs saute sur une mine, et que les balles vietcongs se mettent à fuser. Repli, fuite, les survivants quittent leur itinéraire et s'enfoncent dans la jungle pour échapper à la mort. Sans imaginer qu'ils se dirigent en fait vers un danger bien plus terrifiant.

Latah est un album fantastique de guerre qui évoque très fortement le film Predator. Mais là où le monstre de Predator ne faisait que du sport, le Latah de Legrain a une signification qu'on pourrait dire « métaphysique ». Là où le Predator ne cherchait que son plaisir, le Latah porte la souffrance d'une terre et d'un peuple jusqu'à ce qu'il lui soit plus possible d'absorber davantage. Or, sur la terre vietnamienne, dans les années d'après-guerre et encore en 1965, les souffrances n'ont pas manqué.


Avec Latah, Thomas Legrain offre aux lecteurs un album magnifique à lire. Foisonnants dessins réalistes d'une grande précision, colorisation éclatante (la photo ci-dessous ne rend pas justice), l'auteur donne vie à une jungle vietnamienne qu'il peuple d'hommes armés et de paysans désarmés, des hommes équipés pour une guerre sans front à laquelle ils ne comprennent pas grand chose (ces boys sont des bidasses, bien différents des commandos surentrainés de Predator) et des paysans qui assistent impuissants au déploiement de force qui vient jusqu'à leur porte.

Fumigènes rouges de marquage, explosions de napalm, pluie drue et labyrinthe végétal, tout est spectaculairement visuel dans Latah, dans un découpage à l'évidence cinématographique. Grandes cases horizontales superposées comme des successions d'écrans, débordement des cadres pour encore plus de dynamisme, l'album, qui alterne phases de dialogue et phases silencieuses, moments de risque mortel et moments d'expectative, est à lire comme on regarde un film d'action, bien calé dans son fauteuil en sentant sa tension monter au moins autant que celles des personnages. Ajoutons-y un twist (kind of) puis un twist de twist, comme un générique et un post-générique, et l'impression d'assister à un grand spectacle dans un multiplexe est complète.

Si l'histoire est relativement simple, la très grande efficacité de la narration et la généreuse mise en images font de cet album un vrai plaisir de lecture à offrir ou à s'offrir.


Latah, Legrain

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