La Muraille de Chine - Franz Kafka

Ressortie du recueil La Muraille de Chine de Franz Kafka aux Forges de Vulcain. Traduit par Stéphane Rilling qui postface et nanti d’une intéressant préface d’Éric Pessan, le recueil est articulé autour de La Construction de la muraille de Chine , une nouvelle de longueur moyenne, et de textes beaucoup plus courts, tous écrits entre 1917 et 1922 alors que l’empire austro-hongrois s’effondrait, que l’antisémitisme montait, parallèlement au sionisme, et que l’intérêt pour le Chine, immense et en partie incompréhensible, était fort. Passé Le chasseur Gracchus , un premier texte dont l’intérêt narratif m’a largement échappé, Kafka construit ici par fragments (certaines nouvelles ne font que deux ou trois pages) la vision d’un monde qui échappe largement à la compréhension humaine et dans lequel l’absurde (on le dit toujours) mais aussi l’arbitraire (on le dit parfois moins) est la norme. Le monde de Kafka est immense, comme la Chine. Immense au point que l’homme normal n’en voit jamais

Eversion - Alastair Reynolds


Silas Coade est un médecin anglais de 44 ans, originaire de Plymouth. Gentil, aimable, compétent mais peu sûr de lui, Silas est doté d'une grande empathie qui en fait un praticien tout dévoué au bien-être et à la sauvegarde de ses patients. Rêveur au point d'écrire un roman d'aventure sur son temps libre, issu d'un milieu provincial que Londres regarde de haut, Silas n'aspire qu'à retourner le plus vite possible dans son Devon natal pour y ouvrir un petit cabinet, vivre dans un « cottage sur une colline » et peut-être se marier. Mais pour l'instant Silas est assistant chirurgien sur le Demeter, un voilier de cinquième catégorie commandé par le capitaine Van Vught. Et il vient de sauver la vie du Coronel Ramos en accomplissant la première trépanation de sa vie. Silas fait ce pour quoi il a été engagé, pas d’hôpital aux environs quand on est tout au nord de la Norvège au début des années 1800.


SPOILER WARNING :

Tu as deux options, lecteur. Sélectionner ce qui se trouve sous ces mots pour le faire apparaître. Tu tomberas sur quelques spoilers mais rien de l'essentiel. Ou ne lire que ce qui apparaît, plus bas, en clair. Aucun risque de spoil alors mais il faudra prendre mon discours at face value.


Silas Coade est un médecin anglais de 44 ans, originaire de Plymouth. Gentil, aimable, compétent mais peu sûr de lui, Silas est doté d'une grande empathie qui en fait un praticien tout dévoué au bien-être et à la sauvegarde de ses patients. Rêveur au point d'écrire un roman d'aventure sur son temps libre, issu d'un milieu provincial que Londres regarde de haut, Silas n'aspire qu'à retourner le plus vite possible dans son Devon natal pour y ouvrir un petit cabinet, vivre dans un « cottage sur une colline » et peut-être se marier. Mais pour l'instant Silas est assistant chirurgien sur le Demeter, un steamer à hélice commandé par le capitaine Van Vught. Et il vient de sauver la vie du Coronel Ramos. Silas fait ce pour quoi il a été engagé, pas d’hôpital aux environs quand on est au large du Cap Horn au milieu des années 1800.


Silas Coade est un médecin anglais de 44 ans, originaire de Plymouth....un airship très steampunk commandé par le capitaine Van Vught. Et il vient de sauver la vie du Coronel Ramos. Silas fait ce pour quoi il a été engagé, pas d’hôpital aux environs quand on est en Antarctique au début des années 1900, en route vers la Terre Creuse.


Silas Coade est un médecin anglais de 44 ans, originaire de Plymouth....en route pour le Planétoïde glacé.


Etc.


A chaque fois, le vaisseau qui emmène Silas est sur la trace d'un lieu/artefact extraordinaire dont Topolsky, le Russe aussi riche que grande gueule qui commandite l'expédition, a eu vent grâce aux  observations d'une expédition antérieure conduite par le Vaisseau Europa.

A chaque fois, le même équipage autour de Silas : Van Vught, Topolsky, Ramos, Brucker, Murgatroyd, l’exaspérante Ada Cossile qui ne cesse d'humilier Silas, et le jeune Dupin, un mathématicien spécialiste de topologie qui se plonge jusqu'à l'épuisement mental dans le problème que pose le lieu/artefact. Edifice ?, citadelle ?, construit non euclidien en tout cas, aussi lisse que rugueux, aussi fermé qu'ouvert, comme une sphère qui aurait subi, par on ne sait quel processus, une éversion inachevée.

A chaque fois, le contact avec l'Edifice se termine par une catastrophe et la mort de Silas – voire de tout l'équipage.

A chaque fois, Silas a en tête des bribes de souvenirs de la fois précédente. Comme une sorte de Jour sans fin inefficient.


Alors voilà. Si tu as sélectionné le texte ci-dessus, tu sais des choses, mais pas tout, loin de là, rassure-toi. Il y a bien plus dans "Eversion" que ce que je divulgue au-dessus. Si tu ne l'as pas fait, alors cette histoire est encore vierge pour toi, comme elle l'était pour moi quand j'y pénétrai et fut capté au point de la lire presque d'une traite.


"Eversion", raconté par Silas à la première personne, est un magnifique hommage aux romans d'aventure. Diablement rusé, il emporte son lecteur dans une histoire aussi tortueuse et captivante que parfaitement logique. Superbement écrit, il utilise un style adapté à chaque moment du récit et mêle les styles quand les moments, visiblement, se mêlent. Plein d'humour, il ne rate pas une occasion de faire sourire avec ses personnages, des aventuriers haut en couleur comme on en trouve dans la littérature de Verne ou de Dumas, cette littérature d'évasion que revendiquait Tolkien. Très référencé tant sur le plan historique que littéraire (le Demeter n'est que le premier d'une longue série), on sent le plaisir qu'a pris Alastair Reynolds à cacher des easter eggs dans son récit ou à modifier des noms afin que le lecteur ait un petit moment de joie les remarquant.


Flamboyant récit d'aventure qui m'a rappelé les Cochrane de Villarroel mais pas que,

Lovecraftien en diable mais pas que,

SF de l'âge d'or mais pas que,

SF à la Reynolds mais pas que,

Hommage à la puissance des mathématiques et à la folie des mathématiciens mais pas que,

Vraie histoire d'amitié et vraie histoire de trahison mais pas que,

"Eversion" est surtout l'histoire émouvante d'un homme pris entre le marteau d'un piège récurrent et l'enclume de son empathie envers ses patients. Un homme en route vers l'infini et au-delà, qui nous importe un peu plus à chaque page tournée et dont les tribulations nous laissent tout sauf indifférent. Un homme qui nous tient par la main à travers les quelques centaines de pages d'un roman dont on veut vite atteindre la dernière afin de savoir s'il pourra enfin s'installer dans son cottage de rêve et commencer la vie paisible à laquelle il aspire, autrement dit s'il y aura pour le « hobbit » Silas Coade un retour après l'aller auquel il se soumet.

"Eversion" est un roman jubilatoire (un mot que j'utilise très rarement), une friandise rusée que Reynolds a dû prendre autant de plaisir à écrire que j'en ai pris à la déguster.

A lire absolument.


Eversion, Alastair Reynolds

L'avis de Feyd Rautha

Ce livre participe au Summer Star Wars du RSF Blog

Commentaires

Anudar a dit…
C'est un bien étrange récit de voyage qui nous est livré ici. Un texte intelligent ! Merci pour ta chronique :)
Gromovar a dit…
Je l'ai vraiment beaucoup aimé.
Anonyme a dit…
Je viens de le terminer. Nom d'un chien il n'y a vraiment que la SF pour nous emporter comme ça avec un récit aussi jubilatoire.
Super roman !
Gromovar a dit…
Je ne peux pas mieux dire :)