La Muraille de Chine - Franz Kafka

Ressortie du recueil La Muraille de Chine de Franz Kafka aux Forges de Vulcain. Traduit par Stéphane Rilling qui postface et nanti d’une intéressant préface d’Éric Pessan, le recueil est articulé autour de La Construction de la muraille de Chine , une nouvelle de longueur moyenne, et de textes beaucoup plus courts, tous écrits entre 1917 et 1922 alors que l’empire austro-hongrois s’effondrait, que l’antisémitisme montait, parallèlement au sionisme, et que l’intérêt pour le Chine, immense et en partie incompréhensible, était fort. Passé Le chasseur Gracchus , un premier texte dont l’intérêt narratif m’a largement échappé, Kafka construit ici par fragments (certaines nouvelles ne font que deux ou trois pages) la vision d’un monde qui échappe largement à la compréhension humaine et dans lequel l’absurde (on le dit toujours) mais aussi l’arbitraire (on le dit parfois moins) est la norme. Le monde de Kafka est immense, comme la Chine. Immense au point que l’homme normal n’en voit jamais

Par Toutatis ! Lewis Trondheim


Lapinot est un lapin anthropomorphe dégourdi et caustique créé par Lewis Tromdheim. Il est depuis des années le héros des Formidables Aventures de Lapinot et des Nouvelles Aventures de Lapinot, dans lesquelles, avec ses amis, il investit notamment des univers connus tels que les mondes du western, des zombies ou encore de Spirou et Fantasio. C'est chez Asterix qu'il se rend aujourd'hui pour une parodix (c'est sur la couv') qui est un petit bonbon rafraîchissant à déguster en ces temps de canicule. La friandise s'appelle "Par Toutatis !"


Première page. Lapinot « tombe », sans savoir comment, dans une forêt inconnue. Près de lui, un casque à ailettes. Arrive alors un gros Gaulois moustachu en braies bicolores qui semble se réjouir de le voir et l'appelle Astérix. Lapinot comprend que l'individu est – se fait passer ? – pour Obélix, et que quelqu'un doit lui faire une blague.

Suivant « Obélix » pour trouver la sortie et savoir de quoi il retourne, Lapinot/Astérix doit finir par admettre que de blague il n'y a pas. Il a été projeté dans le monde d'Astérix – comment ?, mystère – et c'est sous les traits du petit guerrier gaulois que tous les habitants de cette étrange dimension le voient.

Comme si ça ne suffisait pas, voici qu'arrive Toutatis, débarqué directement du monde des dieux pour prévenir les Gaulois d'une attaque romaine imminente et massive. Le village, Asterix en tête, doit réagir.


Mais alors qu'abasourdi il explore sa nouvelle réalité et se prépare à affronter l'assaut qui la menace, Lapinot découvre qu'il n'est pas seul à avoir fait le voyage du réel (le nôtre, celui dans lequel nous et Lapinot vivons) vers la BD. Un ami proche et un ennemi inconnu arpentent aussi incognito le fameux village gaulois. Un ennemi breton venu chercher un moyen de devenir le maître du monde réel afin de le débarrasser « des politiciens corrompus et des multinationales ultracapitalistes » qu'il faut empêcher de « détruire notre planète », en commençant par « rendre la Bretagne indépendante pour y créer le noyau d'une véritable démocratie participative ».

Pour le rusé lapin il ne s'agit plus de baguenauder dans une réalité alternative, il faut maintenant vaincre le dictateur en puissance puis rentrer chez soi.


"Par Toutatis !" est un hommage très réussi aux aventures imaginées par Goscinny et Uderzo.

Tous les passages obligés s'y trouvent, d'Obelix cherchant à boire de la potion magique au poisson plus ou moins frais en passant par les sangliers à la douzaine ou les chants funestes du barde. Comme chez ses illustres devanciers, Trondheim use/abuse de mauvaises blagues et de références contemporaines (mise en abyme, Lapinot s'étonne que ses partenaires de case fassent d'aussi mauvaises blagues). Mais, incursion du lapin dans l'univers constitué d'Asterix oblige, il fait aussi des références aux albums originaux.

Qu'on ne croit pas néanmoins qu'il n'y a ici qu'un sightseeing du village gaulois créé par un fanboy en recherche d'inspiration. Il y a une vraie histoire dans "Par Toutatis !", avec un voyage dimensionnel, des enjeux élevés, un rythme trépidant, une progression logique vers une conclusion cohérente, et un décalage finement réalisé qui fait qu'on est, comme Lapinot, à la fois dans l'histoire et en méta-position par rapport à elle, en attente de ce qui référence et en attente aussi de ce qui diffère.


Décalage supplémentaire, Tromdheim se démarque de son modèle en rendant son univers réaliste. La potion magique, qui donne une force surhumaine, cause aux Romains frappés des dégâts bien plus définitifs qu'une simple projection violente hors des caligæ, au grand effroi de Lapinot qui cherchera dès lors et sans grand succès des solutions plus pacifiques. De même, lui ou ses amis peuvent être blessés voire tués dans l'univers « réaliste » d'Asterix. Ici la violence n'est pas euphémisée. Comme le dit plusieurs fois Obélix : « C'est la guerre...Sinon c'est eux qui nous tuent ». Quand au chef et au druide, ils sont ici bien moins joviaux et magnanimes que dans les albums originaux.

« C'est la guerre...Sinon c'est eux qui nous tuent », tout est dit. Parodiant la parodie, il fallait rendre la létalité de la guerre et le réalisme des faits originels, fussent-ils mâtinés de potion magique.


"Par Toutatis !" est un album de 48 pages vif et engageant. Drôle, rythmé, référencé, il rend hommage à son matériau d'origine en le modernisant avec respect. C'est un vrai petit moment de plaisir qu'on prend à la lecture de "Par Toutatis !". Je conseille vivement de se procurer ce délicieux petit opus.


Par Toutatis !, Lewis Trondheim

Commentaires

Alias a dit…
Également beaucoup aimé; les pastiches de Trondheim sont souvent bien tournés, mais celui-ci est particulièrement réussi.