Le Dernier fils des dieux - Jean Baret

De Jean Baret on avait lu l'impressionnante trilogie Trademark et le surprenant Monde de Julia (avec Ugo Bellagamba) . Il était difficile de faire mieux ; ce n'est hélas pas le cas avec ce court roman un peu décevant dans sa forme. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 123, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : À l’aube de l’effondrement des sociétés humaines mondialisées, un journaliste reçoit un étrange carnet, journal intime d’un jeune homme, héritier d’une fortune sans commune mesure et retenu contre son gré par un colosse silencieux dans une prison de béton. Au fil des pages, il découvre la vie de débauche et l’arrogance de cette frange de la population qui agit comme les nouveaux dieux ; quelques-uns organisent par ennui, au sein d’un mystérieux club, des actions absurdes provoquant des désordres interna...

Roger Zelazny - Le temps d'un souffle, je m'attarde


Ressortie aujourd'hui dans la toujours pertinente collection Dyschroniques du "Destination fin du monde" de Robert Silverberg qui n'était plus disponible en français depuis longtemps.

Rappelons que la maison d’édition indépendante Le passager clandestin est une toute petite maison radicale, engagée et militante contre une certaine forme insatisfaisante du monde. Au milieu des non fictions, on y trouve la collection Dyschroniques qui remet à l’honneur des textes anciens de grands noms de la SF. Nouvelles ou novellas posant en leur temps les questions environnementales, politiques, sociales, ou économiques, ces textes livrent la perception du monde qu’avaient ces auteurs d’un temps aujourd’hui révolu. On notera que chaque ouvrage à fait l’objet d’un joli travail d’édition, chaque texte étant suivi d’une biographie/bibliographie de l’auteur, d’un bref historique des parutions VO/VF, d’éléments de contexte, ainsi que de suggestions de lectures ou visionnages connexes. Une bien jolie collection donc.


En 1966 est publiée dans le magazine New Worlds une nouvelle de Roger Zelazny, For a Breath I Tarry. Moorcok dirigeait alors la revue et Zelazny faisait partie, comme lui, du mouvement de renouveau Imaginaire qu'on appelait alors New Wave. Nommée Nébula et finaliste Hugo, le nouvelle a été republiée un grand nombre de fois. Elle arriva en France dans le Livre d'or de la science-fiction consacré à Zelazny en 1983, dans une traduction de Jean Bailhache, sous le titre "Le temps d'un souffle, je m'attarde". Elle n'avait pas été republiée depuis. Elle l'est aujourd'hui dans sa trad. d'origine révisée par Dominique Bellec.


Futur indéterminé. Lointain. L'humanité a disparu. Éteinte. Deux « super-cerveaux » cybernétiques, Solcom et Divcom, ont été chargés de « reconstruire la Terre » par l'Homme, juste avant son extinction définitive il y a des éons. Quand les deux viennent à s'opposer sur des questions de préséance, Solcom propose d'encourager la récente passion pour l'Homme d'une de ses plus puissantes machines, Gel, afin de déterminer qui de lui ou de Divcom devrait « gouverner » le monde.


Gel donc. Qui parcourra la Terre, en compagnie d'un robot nommé Mordel, pour apprendre tout ce qui est possible sur l'Homme défunt et tenter de devenir humain lui-même. Une tâche assurément herculéenne.

Gel qui apprendra la langue de l'Homme, sa science, son art. Qui découvrira avec un grand dépit qu’être un humain ce n'est pas analyser, accumuler, comprendre. Qu'être un humain c'est avoir des sensations, c'est ressentir, c'est éprouver, c'est expérimenter des émotions de joie, de peur, de fierté, entre autres, qui ne sont le produit d'aucun algorithme. Qu'être humain impose inévitablement d'avoir un corps humain, des perceptions humaines, un système nerveux humain. Que c'est donc parfaitement impossible à une créature cybernétique comme lui qui ne sait que mesurer et analyser.


Gel alors, toujours décidé, qui va se changer en son propre demiurge. En son propre Docteur Frankenstein. Qui, comme ce dernier, va récréer la vie humaine. Mais qui va aller plus loin et se transférer lui-même dans un corps humain, seul moyen d'être enfin vraiment humain.

Gel, tel un ruban de Moebius, sera donc le créateur et la créature, le docteur et le monstre, seul moyen sans doute d'accomplir son rêve d'humanité.


Ecrit alors que faisaient rage les questions autour de la cybernétique et de l'intelligence artificielle, "Le temps d'un souffle, je m'attarde" semble prendre partie pour le philosophe Hubert Dreyfus contre les optimistes de la Singularité.

Une conscience artificielle est-elle possible ou l’expérience humaine est-elle incommensurable à toute autre ? Aujourd'hui où nous semblons être entourés d'intelligences artificielles qui n'ont d'IA que le nom et le buzz marketing, la question n'est pas tranchée. Peut-être que la réponse de Zelazny – Il faut être humain pour l'être – est le seule qui vaille ; une question que ne se posent pas les machines qui survivent à l'Homme dans la nouvelle Circuits de Rich Larson.


Le temps d'un souffle, je m'attarde, Roger Zelazny

L'avis de Mondes de poche

Commentaires

Verti a dit…
Pas "bluffant"? :)
Gromovar a dit…
Ca aurait pu. Je l'ai pas senti sur le moment.