Aurora Rising - Alastair Reynolds

Alastair Reynolds est un auteur britannique de SF de grand renom. Il a créé le célèbre cycle des Inhibiteurs dont la revue Bifrost disait en 2023 qu’il constituait la partie « la plus renommée, at assurément la plus volumineuse » de son œuvre. Aurora Rising (titre original : The Prefect) est un roman qui se passe au XXVe siècle, environ cent ans avant l’intrigue principale du cycle. Il peut se lire (comme ses deux suites) indépendamment du cycle principal, et montre aux lecteurs qui le connaîtraient un univers qui n’a pas encore sombré dans la déréliction liée au désastre de la Pourriture fondante. Yellowstone est le monde humain le plus avancé. Un cauchemar atmosphérique constellé de villes sous dôme. Autour de Yellowstone gravitent environ dix mille habitats orbitaux qui forment le Glitter Band . 100 millions de personnes vivent dans ces habitats qui sont tous strictement souverains. Seule condition pour faire partie de l’ensemble : accepter et respecter un système qui place le ...

Réel - Eric Arlix

 


Comment relier, sans solution de continuité et dans un court roman de 147 pages, un centre commercial de Shangaï et le film Terminator – qui a même son easter egg explicite dans le texte ? C'est le défi ardu que s'est lancé Eric Arlix, écrivain et éditeur, dans son dernier texte, sobrement intitulé "Réel" et publié aux éditons Jou.


Sache, lecteur, qu'en écrivant Terminator je t'ai un peu spoilé, car au début rien n'annonce que le mot Terminator sera écrit au moins une fois dans le texte. Néanmoins, tu sais que tu es à Shangaï dans un futur proche et que donc se produiront des événements qui n'auront pas grand chose à voir avec ce que tu connais hic et nunc. Voire...


C'est la veille de Noël, dans un pays qui n'est ni historiquement ni sociologiquement chrétien. Qu'importe, la religion de la consommation a converti tous les cœurs et, chinois ou pas, chrétien ou pas, on va communier en son temple quand le temps des offices est venu. On se presse au centre commercial comme avant et ailleurs on le faisait aux présentations des reliques.

De ce flot d'humanité contrainte mais pas contrite, Arlix extrait 18 personnes dont il va développer les journées très différentes nonobstant leur proximité spatiale.

D'un cancéreux qui décide de rêver et de vivre vraiment – au moins une fois, avant la fin – à son fils obèse qui choisit de changer de vie (et accessoirement de devenir très riche), d'une caissière toute pleine de maoïsme qui se cite à elle-même les pensées du Grand Timonier à une jeune vendeuse militante pour le Tibet en passant par une foldingue qui déclame à la cantonade des passages du Tao Tö King, d'une jeune fille qui prend des notes pour devenir écrivaine à une mère et sa fille qui ne rêvent que de chirurgie esthétique en passant par un ex vendeur qui fait tout pour devenir un mass killer mais ne sait pas vraiment comment s'y prendre, et bien d'autres encore – je ne cherche pas ici l'exhaustivité –, Arlix ballade son lecteur d'esprit en esprit, lui offrant comme sur un plateau les pensées, les rêves, les non-dits et les petits (ou grands) secrets de l’échantillon d’humanité qu'il dépeint comme représentatif d'un monde entier amené à se réunir contre vents et marées dans le centre commercial, ce seul et dernier lieu, dans un monde sans agora ni temple, où tous passent, ce seul lieu réel où des individualismes juxtaposés peuvent sembler former – à l’œil non averti – une action ou à tout le moins une activité collective.


Et Terminator alors ? Je n'en dirai rien. Il te faudra, lecteur, lire le livre – belle enfilade sur la même racine, non ?

Je ne souhaite pas te spoiler. Mais sache que tu ne seras pas dans le Days de Lovegrove. Plutôt dans un roman de Ballard auquel tout le centre commercial et les vies qui s'y croisent, certaines prêtes à s'entre-heurter violemment, m'a fait penser, ou encore dans un film de ce Romero qui voyait dans le centre commercial le dernier refuge et le lieu vivant d'un capitalisme consumériste qu'une majorité de gens aiment car c'est dans le sens du poil qu'il les caresse et que c'est à l'enfant qui survit en eux qu'il s'adresse – une pensée que les intellectuels anticapitalistes feraient bien de méditer très longuement avant d'espérer des levées en masse.


De fil en aiguille, de personnes en personnes, d'évolution sociétale en évolution juridique, se déroule le film de "Réel", d'un réel proche encore reconnaissable à un réel plus lointain qui l'est moins. Un réel pourtant aussi inévitable que prévisible.

Beau ballet de personnages dont les noms n'arrivent que progressivement, inquiétude inquiète qui commence pourtant par ce qui semble joyeux – sans l'être tant que ça –, "Réel" est un roman qui se lit vite et avec plaisir, autant par ce qu'il dit (même si ça l'a déjà été) que pour l'harmonie des récits qui évoque un film en un seul plan-séquence, ou pour le dispositif littéraire en trois parties bien distinctes qui concourent à raconter une histoire de bout en bout maîtrisée en jouant sur le sens induit par les non-racontés entre les racontés.


Réel, Eric Arlix

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