Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Kundo Wakes Up - Saad Z. Hossain


"Kundo Wakes Up" est une novella située dans le futur dystopique imaginé par Saad Z. Hossain, cette fois à Chittagong, une ville du Pakistan, alors que dans sa novella précédente l'action se situait au Népal. Pour le background du monde d'Hossain (et c'est loin d'être inutile), suivre ce lien, ou celui-là.


Chittagong est, comme d'autres dans le monde invivable d'Hossain, gérée par une IA surpuissante, Karma. Mais là où la Karma de Katmandou était une déesse tutélaire bienveillante, au moins pour la majorité de la population de la ville, l'instance qui gère Chittagong a largement abandonné ses responsabilités, et conséquemment les âmes humaines qui dépendent d'elle pour leur survie – jusqu'à l'air qu'elles respirent. Chittagong est une ville portuaire qui s’effondre lentement sur elle-même (un peu comme Marseille). Ses habitants la fuient peu à peu, sauf ceux qui n'ont plus les ressources ou l'espoir nécessaires pour tenter leur chance ailleurs. Parmi ces désespérés il y a Kundo.


Kundo fut un peintre célèbre et célébré. Puis sa femme le quitta, et avec elle son inspiration. Kundo ne peint plus, depuis des années. Il n'espère même plus vraiment retrouver sa femme, après avoir pourtant envoyé les meilleurs cyberlimiers à ses trousses. Il dort, des jours durant. Il ne voit même plus le temps passer. Pourtant, contrairement à nombre de ses concitoyens, Kundo n'est pas pauvre, mais l'envie d’utiliser ses crédits pour quoi que ce soit, fut-ce tourner la page, l'a déserté depuis des mois.

Jusqu'à un sursaut inattendu qui le pousse à repartir une dernière fois à la recherche de sa femme, dans le monde des joueurs en ligne qu'elle avait rejoint d'une façon de plus en plus addictive alors que leur couple battait de l'aile. D'abord recontacter Hassem, le hacker qu'il avait mis sur ses traces. Découvrir chez l'homme que celui-ci a disparu, lui aussi, depuis des mois. Non sans lui avoir laissé un message, déposé chez sa voisine, une femme seule avec enfant prénommée Fara. Un message qui dit « je crois savoir ce qui est arrivé à ta femme ».


Ragaillardi par le message et l'espoir qu'il contient, Kundo va réunir progressivement, presque sans le vouloir, une petite équipe de désespérés comme lui. Abandonnés, virés, laissés pour compte qui rejoignent sa quête. A la recherche de sa femme dans le monde mystérieux du jeu vidéo Black Road, Kundo se réveille (comme le suggère le titre). Il redécouvre le goût de vivre. Redécouvre le plaisir de la compagnie (voire de l'amour) des autres. A le temps et l'opportunité de s'interroger sur les raisons de l'extinction de l'amour de sa femme pour lui. Sur les choses qui auraient dû être faites ou dites et qui ne l'ont pas été. Les choses qu'il aurait dû voir et qu'il n'a pas vues.

Sortant progressivement de sa gangue de dépression, Kundo entraîne ceux qui l'accompagnent hors des leurs propres, jusqu'à une fin qu'on peut qualifier de Happy End.


"Kundo Wakes Up" est le plus lumineux des textes de Hossain. Remettant en scène des personnages et des lieux (mythiques) de son métaverse littéraire, il tisse une histoire de deuil réalisé qui conduit à l'espoir d'un nouveau départ. Sans trahir le caractère habituellement sombre de son monde, il livre ici une jolie histoire qui charme par ses personnages, des hommes et des femmes pour lesquels il est impossible de ne pas se prendre d'affection tant ils s'engagent – fut-ce avec la prudence hostile des êtres trop lourdement blessés – dans une quête sincère pour surmonter leurs blessures, infligées par la vie ou conséquences de leurs propres erreurs, afin de commencer enfin la suite de leur vie.

Hossain commence à avoir un bel univers cohérent dont il serait bon que tout soit publié en français.


Kundo Wakes Up, Saad Z. Hossain

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