The Witling - Vernor Vinge - Les Traquenards de Giri

" The Witling " (Les Traquenards de Giri en VO ?!?) est le premier vrai roman du grand Vernor Vinge, publié en 1976. Giri, une planète sur laquelle vivent les Azhiri, un peuple humanoïde stocky aux puissants pouvoirs télépathiques. Les Azhiri communs peuvent « sentir » les structures ou les êtres, téléporter leur corps ou de la matière sur de grandes distances, tuer même en tordant l'usage de la téléportation. De ce fait, leur technologie est assez primitive, guère mieux que médiévale, tant leurs pouvoirs, de téléportation notamment, rendent inutiles de grands efforts de recherche dans le domaine des transports ou de l'armement. Pourquoi fabriquer des armes quand on tue par la pensée ? Pourquoi tracer des routes quand des lacs de transit suffisent ? Dans le même ordre d'idées, il n'y a en général pas de portes aux maisons – on se téléporte de pièce en pièce –, et le palais du Roi de l'été s'étend sur deux hémisphères quand celui du Roi de l'hiver

NEMESIS VOL II - Mills - O'Neill - Talbot - Hicklenton


Sortie du tome 2 de l'Intégrale "Nemesis". On trouvera tous les détails sur la série et le personnage en cliquant ici. Et là, on essaie de ne pas spoiler le tome 1 (j'ai horreur de chroniquer des tomes n).


Les Termitiens (nos descendants humains) ont mis en sourdine leur traque génocidaire des aliens. Ils vont même jusqu'à en accepter certains sur Termight et commercent avec plusieurs peuples ; les avantages du commerce interplanétaire leur paraissent maintenant supérieurs au plaisir qu'apportait la traque et la destruction des aliens. Une société calmée par le « doux commerce » de Montesquieu, mais pas pas devenue démocratique pour autant. C'est toujours une théocratie corrompue dans laquelle manigances et jeux de pouvoir au sein de l'oligarchie sont la norme, et où tortures et exécutions sont des épées de Damoclès suspendues au-dessus de la tête de chaque citoyen. De plus, même l'apaisement extérieur ne va pas durer.


Nemesis, qui paraissait avoir trouvé un semblant de paix auprès de sa nouvelle épouse, apprend la vérité sur les événements qui ont conduit à la disparition de Toth, son fils. Fou de rage et de colère il se lance dans une « croisade » pour retrouver « l'enfant » et se venger des Termitiens qui lui ont fait si grand tort. Une rage telle que, incarnant vraiment l'esprit de la vengeance, il est prêt à sacrifier toute l'humanité si nécessaire pour l'assouvir, en oubliant ses anciennes alliances et amitiés humaines.


Toth, de son côté, commence à maîtriser ses pouvoirs. Il décide de les utiliser, aussi, pour se venger, de ceux qui l'ont enlevé, de ceux qui lui ont infligé la plus grande des injustices, et d'abord de Torquemada. Pour cela il s'adjoint les services de Satanus, le plus puissant et cruel de tous les tyrannosaures (piqué à l'univers de Judge Dredd ; yep, on ne s'interdit rien dans Nemesis), et utilise son pouvoir acquis de voyage dans le temps pour rechercher, torturer, et abattre toutes les incarnations précédentes de Torquemada, d'Hitler au Torquemada original en passant par Matthew Hopkins ou John Chivington.

Détail important : convaincu que Nemesis, son père, l'a abandonné, Toth veut aussi se venger de lui et l'éliminer à l'instar de son arch-ennemi.


Et de l'arch-ennemi, on ne sera pas privé dans ce volume. Au principe et au cœur de ces quêtes vengeresses, Torquemada se « démultiplie ». Capturé par Nemesis qui a besoin d'un guide à travers les redoutables Egouts du temps que parcourt Toth en tous sens, le plus grand tortionnaire de tous les temps est confronté au frère qu'il a trahi puis rencontre en chair et en haine sa lointaine incarnation, le Torquemada original. D'un bout à l'autre du temps ses objectifs restent les mêmes : détruire Nemesis, reprendre le pouvoir, gouverner Termight d'une main de fer, « purifier » son monde et la galaxie de toute « infestation impure ». Quoi qu'il en coûte. Littéralement.


C'est donc à trois vengeances qu'est convié le lecteur. A travers un temps qui se parcourt comme une autoroute, jusqu'à la fin des temps où, faute de rencontrer des danseurs, le lecteur est témoin de la façon dont Torquemada a exterminé la version future, apaisée et pacifique, de la race humaine, et aussi près de nous que dans l'Espagne de l'Inquisition où un autre Torquemada pratiqua à grande échelle l'élimination de toute personne qui sortait de sa vision délirante de la pureté et de la foi chrétienne.


Tout dans ce second volume est aussi énorme et barré (voire plus) que dans son devancier. Le récit, lui, avance, et il propose une grille de lecture encore plus explicitement politique.

La recherche folle d'énergie dans des processus d'exploitation qui font de chaque indigène un obstacle.

Le caractère autophage et paranoïaque des totalitarismes, pointé de manière évidente.

La résurgence, d'époque en époque, d'une volonté suprématiste haineuse, à laquelle un homme donne corps lui permettant ainsi de s'actualiser dans le réel.

La récurrence de la cohésion autour d'un bouc-émissaire, si absurde soit-il, qui, comme le Juif ou le Goldstein de 1984, offre au peuple la chance de transformer une peur induite en une haine rassurante et mobilisatrice.

La lâcheté indifférente d'humains qui, s'ils sont parfois capables d'actes héroïques individuels sont bien moins à même d'organiser une riposte collective visant à secouer le joug de l’oppression.


La lutte entre Torquemada et Nemesis, très morcookienne, est la confrontation éternelle entre l'Ordre et le Chaos ; on en voit même quantité d'indices visuels dans l'album. Ici comme chez Moorcock, si la vie bonne n'est possible que dans l'équilibre (dirais-je la neutralisation réciproque ?), chacun des deux principes fait tout pour obtenir la primauté, avec les conséquences néfastes qu'on imagine pour le commun des mortels et une humanité ravalée au rang de dommage collatéral potentiel.

Et Mills traite ses points au maximum maximorum, ne se privant d’aucun excès, tant pour porter son message que pour époustoufler le lecteur. Un humour noir véritable est aussi présent, exprimé dans certaines répliques et surtout dans les dessins bluffants de O'Neill (sec et tranchant), Talbot (foisonnant et détaillé), ou Hicklenton. On y voit des armes invraisemblables, des carnages trop gros pour être vrais, des espaces incompréhensibles. On y parcourt une « convention » à la gloire de Torquemada, on y repère un ouvrage de Torquemada intitulé My Struggle, on y lit quantité de slogans de propagande affichés sur les murs. Il y a même, pour varier, un passage en mode roman-photo.


L’ensemble est encore une fois un album qui impressionne par sa puissance créative et sa liberté de ton. Une œuvre qui semble parfaitement maîtrisée alors qu’elle donne sans cesse l'impression d'être juste au bord de l'explosion nucléaire. Du grand art.

Je n'ose même pas imaginer les trigger warnings ;-)


Nemesis, Les Hérésies Complètes vol II, Mills, O'Neill, Talbot, Hicklenton

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