The Apologists - Tade Thompson

The Apologists est une novella de Tade ‘Molly Southbourne’ Thompson, finaliste du BFSA Award 2025  (c’est mérité, ça mérite  même  mieux imho) . Elle est lisible là . Londres. Maintenant ? Bientôt ? Eve Stevens est une inspectrice de la police britannique. Elle vit avec Dane Russell, à l’évidence un artiste, peut-être un autiste. Alors que Dane travaille sur sa prochaine exposition, Eve est envoyée sur un double meurtre. La scène de crime est une maison. S'y trouvent une mère et sa fille. L’enquête commence. Eve s’y investit, au-delà même de son devoir. Phrases courtes au présent. Focalisation sur un point de vue. Primats des faits sur les sentiments. C’est le style qu’a choisi Thompson pour cette novella. Il est approprié. Dérangé d’abord par cette approche très minimaliste, le lecteur l’est encore plus quand il commence à réaliser que quelque chose ne va pas, que le monde d’Eve et Dane ne colle ni avec un maintenant connu ni avec un bientôt imaginable. Comme dans Les ...

Mon Almérique à moi - Cédric Ferrand


Comme le disait souvent Alf, « Quand on rampe la nuit sur les toits, on entend des choses » ; on en trouve aussi parfois. Ainsi voilà qu'arriva dans ma boite mail le dernier roman de Cédric 'Wastburg' Ferrand, aka Cédric 'Sovok' Ferrand. Et tout Cédric Ferrand est dedans.

Tout est dedans car maintenant que l'homme est devenu québécois, il nous livre un texte truffé de références et de vocabulaire extraits de son new normal – et je vous rassure tout de suite, c'est lisible même si parfois un peu surprenant. Mais ce n'est pas tout, voir dessous.

Résumé sans spoil, donc très vague.
Jess est une femme mais aussi parfois un homme, un(e) intermittent(e) du genre. Elle (mon choix par facilité – Jess est le plus souvent une femme) vit avec Benoîte, une Française expatriée. Elle passe de petits jobs en petits jobs, des emplois administratifs sans lustre où les tâches sont répétitives et standardisées au point qu'il est souvent plus difficile d'intégrer les biographies des collègues de boulot que les spécificités des tâches à accomplir. Une petite vie tranquille et sans éclat entre deux femmes qui s'entendent bien. Les gens normaux n'ont pas d'histoire. Mais qui parle de normal ?

Car Jess a un secret. Elle est l'ultime avatar d'une lignée dotée d'un pouvoir surnaturel particulier. Une lignée qui peut (no spoil) au prix de (no spoil). Et ça, personne ne le sait hors de la famille, même pas Benoîte, et ceci même alors que quantité de gens ont profité par délégation de ce pouvoir.

Tout est dedans donc car "Mon Almérique à moi" est un vrai roman de Ferrand.
Outre le fait qu'il est, comme Benoîte, un expatrié. Outre le fait qu'il y est question de changer sa vie en le voulant au point d'accepter d'en sacrifier une partie devenue vestigiale. Outre le fait que, changeant de pays, on se place pour toujours entre deux eaux, comme l'est Jess entre ses deux genres (et qu'il est vain de tenter de choisir).

Outre les thèmes spécifiques du roman donc, on retrouve dans ces pages tout ce qui fait son style reconnaissable entre mille.
L'attention portée aux petites choses, aux petites gens, aux vies simples et aux événements qui les déstabilisent.
La centralité de la famille et de ses épines.
Une vraie tendresse pour ses personnages qui, s'ils sont menteurs, roublards, filous, ne sont jamais fondamentalement mauvais.
Une description pertinente et drôle des vies et des enjeux de bureau, de la dynamique interne – qui l'est souvent bien peu – des espaces productifs, des jeux de rôles qui s'y jouent – dont personne n'est dupe mais que tous jouent comme par une sorte de politesse imposée par le lieu.
Une manière très caractéristique de décrire l'essence d'une situation en une phrase juste.
Une gouaille dont on devine qu'elle toujours à demi rigolarde.
Sans oublier les jdr et la musique post punk.

Alors, lecteur, si tu as aimé les précédents romans de Ferrand, si tu as aimé sa nouvelle La soupe dans laquelle se trouvait déjà tout ce qui germerait après, tu peux t'intéresser à "Mon Almérique à moi", en dépit du fait qu'on y écrit char pour voiture.

Mon Almérique à moi, Cédric Ferrand

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