Department of Truth t6 - Tynion - Simmonds - Cadonici

Le TPB 6 de la série Department of Truth , récemment sorti, est plaisant mais trop court sur le fil principal. Poussé par Cole, Lee est décidé à dire la vérité, à la faire éclater en public, afin que le Département retrouve une vraie direction, perdue depuis la démission de Nixon et la mise en roue libre de l’agence. Mais quel serait l’effet d’une telle entrée dans la lumière ? Si Cole et Ruby, de plus en plus dubitatifs sur leurs propres activités, espèrent qu’elle permettra de (re)mettre vraiment le Département au service de l’amélioration de la vie des gens, Lee, même s’il a parlé au mari journaliste de Cole, hésite sur le bien fondé de son acte. Il doute tant que, malgré une longue conversation sous les étoiles avec son vieil ami The Hat, il finit par aller proposer ses services à un Président qui a érigé les contre-vérités en réalité révélée, et les faits alternatifs en arguments politiques. Qu’adviendra-t-il alors ? On peut craindre le pire. Episodes de transition ici, d’autant p...

Missile Gap - Charles Stross

Le "Missile Gap" (le titre VO de la nouvelle L’écart de missiles, téléchargeable en cliquant ici) est un concept de la Guerre Froide qui désignait l'écart existant entre le nombre de missiles nucléaires dont les USA disposaient et celui dont pouvait se prévaloir l’URSS. L’affirmation politique, durant les années 60, est que ce missile gap est positif et que les USA ont donc un avantage numérique incontestable sur l’URSS. Ce concept et l’estimation de l’écart furent des sujets de controverses durant les années 60 et 70.

Années 60, peu après la crise des missiles de Cuba. La Terre toute entière, hommes, animaux, plantes, villes, routes et campagnes, a été transportée mystérieusement ailleurs (précisément dans le Petit nuage de Magellan, à l’extérieur donc de la Voie Lactée), sur un disque aux dimensions proprement inimaginables (un rayon estimé de 375 millions de kilomètres, et une surface de plusieurs milliards de Terre).

La Terre, dépliée en quelque sorte, a été déposée sur l’un des très nombreux continents de ce disque, et les Humains, de gré ou de force, vont devoir se faire à ce nouvel environnement, qui permet sans problème la vie de type terrestre mais empêche par exemple tout vol spatial du fait d’une vitesse de libération que les caractéristiques du disque rendent bien trop élevée pour espérer une quelconque sortie du puits de gravité. Empêche aussi les déplacements rapides, et fait donc des colons ou explorateurs humains du disque des hommes lents semblables à leurs ancêtres du 17è ou 18è siècle alors qu'ils arpentent de nouveau un chemin d’expansion que guide leur foi en une destinée manifeste de l’humanité. Empêche enfin les missiles nucléaires des uns et des autres d’atteindre leur but désigné, ce qui plonge les deux gouvernements concernés et leurs deux états-majors dans un désarroi difficile à surmonter qui n'est pas sans rappeler les transes de la fin de Docteur Folamour lorsqu'il s'agit de savoir qui se reproduira le plus dans les souterrains post-nucléaires.


Déplacés, déportés, coincés, reste pour les Humains à explorer leur Terre déformée, c'est à dire, bien sûr, on ne se refait pas, à s'élancer à l'assaut du reste du disque, à savoir des autres continents, pour, pourquoi pas, les coloniser.
Et surtout, pour les Américains comme pour les Soviétiques, à continuer de se méfier chacun de l’autre superpuissance et de tenter par tout moyen d’étendre son influence et de rallier le plus grand nombre d’Humains et/ou d’Aliens (si on en trouve sur le disque) à sa cause idéologique.


Pour les Robinson terriens se posent donc quantité de questions :
Qui a transporté la Terre sur ce disque ?
Pourquoi ? Avec quelle technologie tellement surhumaine qu’elle en devient presque magique ?
Le reste du disque est-il appropriable ?
Y a-t-il d’autres races que la race humaine sur le disque (la réponse est oui) ?
Et surtout, surtout, surtout, surtout, comment ne pas se faire distancer par son adversaire idéologique quand on est l’un des deux Grands ?

Avec "Missile Gap", Charles Stross livre un de ces textes courts dont il a le secret, à la fois drôle et documenté. Dans ce mix heureux de Omale et de Docteur Folamour, Stross prouve à ses lecteurs que lorsque le sage montre la Lune, l’idiot regarde le doigt. Que quand l’idiot se pose des questions idiotes, il néglige celles qui compteraient vraiment. Que l'anthropocentrime, bien plus que la curiosité, tue le chat. Et que quand on parle de menaces technologiques, la menace et le menacé ne sont pas là où le lecteur les croirait de prime abord.


Centrant son récit autour d’un biologiste rejouant Humboldt, d’un Youri Gagarine envoyé sur les océans du disque porter loin et fort la bonne parole communiste et se retrouvant sans s’y attendre dans le rôle de Charlton Heston, d'un Carl Sagan en danger (une guest star dont le rôle n’est pas que de faire de la figuration), et surtout de deux membres des services de renseignement, Gregor et Brundle, deux agents très secrets dont les noms et/ou prénoms nous disent bien des choses sur eux pourvu qu’on sache lire, "Missile Gap" est un texte amusant, surprenant, intrigant, glaçant aussi dans son genre. Une lecture à faire, pour un bon petit moment de plaisir à la Cinquième Dimension, une lecture pour laquelle on peut remercier les gens d’Exoglyphes qui ont traduit le texte VO.

Missile Gap, Charles Stross


L'avis d'Apophis

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