jeudi 16 avril 2020

The Last Emperox - John Scalzi


Que dire d'un tome 3 ? Exercice toujours aussi délicat qui consiste à signifier sans plus décrire un monde qui l'a déjà été ni spoiler ce qui n'ont pas encore lu l’ouvrage, ni le précédent, ni celui qui le précède. Le tout en donnant envie de se lancer si le cycle est plaisant. Roulons encore une fois notre rocher vers le sommet de la montagne.

"The Last Emperox" est donc le troisième et dernier tome du cycle de l'Interdépendance de John Scalzi. Et il faut, plutôt finement, son boulot de tome conclusif. Détails.

La fin probable de l'Interdépendance, non seulement comme espace politique, mais aussi comme biotope humain tout court est de moins en moins hypothétique.

De cette fin à venir, seuls l'emperox Grayland II, quelques scientifiques autour d'elle – dont ce Marce Claremont qui devient plus qu'un ami –, et les dirigeants de la noblesse, ont une claire conscience. Pour la population de l'Interdépendance l'événement à venir est soit incompréhensible, soit noyé dans le flot de la vie quotidienne (fin du monde et fin du mois), soit peu inquiétant car y est forte la conviction que « ceux en charge » sauront quoi faire et le feront. D'autant que, s'il est proche, l'effondrement n'est pas imminent. Les points communs avec le dérèglement climatique sont nombreux et transparents.

Et, comme pour le réchauffement, les puissants, ceux qui sont « en charge », traitent le problème par le petit bout de la lorgnette en poursuivant leurs manœuvres politiciennes – avec ceci de particulier par rapport à notre monde que là, comme ça l'était dans l'Empire Romain, l'assassinat politique fait partie presque explicitement du répertoire d'action.

Face à l'impuissance des Petits et à l’incurie des Grands, le seul espoir de survie réside en Grayland II. Si Cardenia Wu-Patrick (son nom de naissance) n'avait jamais voulu devenir emperox – et ne l'est devenue qu'à son corps défendant – les temps l'obligent à se hisser à la hauteur de l'enjeu, le plus élevé jamais affronté puisqu'il s'agit de la survie des milliards de citoyens de l'Interdépendance.

Mais la tâche est énorme, presque irréalisable. Il faut poursuivre les recherches scientifiques pour comprendre mieux le Flux afin de découvrir s'il y a moyen de le manipuler vers une issue favorable, planifier et entreprendre des actions d'une ampleur jamais égalée, et pour tout cela d'abord survivre, survivre aux complots que lui annoncent ses services de renseignement. Car pour la noblesse ploutocrate de l'Interdépendance, les jeux sont faits, le Flux s'effondre, la seule option est de se réfugier dans le système d'End, mais, comme il est impossible d'y transférer toute la population, seuls les nobles seront du voyage. Pour cela, il leur faut donc d'abord éliminer Grayland II qui a d'autres projets et veut sauver tout le monde or die trying.

"The Last Emperox" est un roman très agréable à lire et une fin réussie.

Agréable car on y trouve à chaque page l'humour pince sans rire de Scalzi et que ça tombe toujours juste. Scalzi, comme Douglas Adams par exemple, est capable de digresser sur un personnage ou une description sans jamais ennuyer ni donner l'impression de se perdre en route. Là où il pourrait faire court, il fait long, mais à chaque fois le détour vaut la peine.

Agréable ensuite car plein de bruit, de fureur, de rebondissements. Complots, trahisons, stratagèmes diaboliques contrés non moins diaboliquement, Scalzi livre un pur roman d'aventure, excessif et trépidant, haut en couleur, une histoire de capes et d'épées dans l'espace – sans oublier néanmoins d'inclure un fond qui fait sens.

Agréable encore car, comme dans le tome 2, une révélation arrive aussi qui sonne comme un surprenant coup de théâtre et redistribue les cartes.

Agréable enfin car tous les personnages ont des voix, des trognes, ou des principes, en somme une vraie identité, spectaculaire ou touchante c'est selon, et que la partie d'échec cosmique à laquelle ils se livrent donne lieu à des discussions et à des négociations savoureuses à lire.

C'est aussi une fin réussie car Scalzi évite les deux écueils fréquents qui guettent les romans à enjeux colossaux : la fin précipitée et la déception devant la facilité de la résolution.
Ici, et disons-le pour être honnête, après un passage où les choses semblent se régler un peu trop facilement pour certains protagonistes, Scalzi reprend la main en offrant une solution qui n'est ni facile pour ses personnages, ni rapide dans sa mise en œuvre.
Pour survivre, il faut un bouleversement dans l'Interdépendance, un changement complet de perspective. Moins que d'une solution ficelée c'est d'un nouveau départ qu'il s'agit, d'une remise sur les bons rails pour l'Interdépendance.
Et donc ce que montre Scalzi (métaphoriquement ou pas) c'est une révolution, c'est un sacrifice, c'est une promesse de sang et des larmes à venir qui devront être versés longtemps avant que l'humanité puisse émerger enfin de la plus grave crise qu'ait traversé l'Interdépendance. A la fin, rien n'est fini mais tout commence.

Une fin à la hauteur donc. Et de nouveau, on ne peut s'empêcher de penser au dérèglement climatique. De nouveau on voudrait qu'un tel chemin s'engage, et que des dirigeants prouvent qu'ils sont capables de décisions radicales sans songer à durer, comme c'était le cas, dit-on, des dictateurs de la République Romaine.

The Last Emperox, John Scalzi

L'avis d'Anudar

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