The Witling - Vernor Vinge - Les Traquenards de Giri

" The Witling " (Les Traquenards de Giri en VO ?!?) est le premier vrai roman du grand Vernor Vinge, publié en 1976. Giri, une planète sur laquelle vivent les Azhiri, un peuple humanoïde stocky aux puissants pouvoirs télépathiques. Les Azhiri communs peuvent « sentir » les structures ou les êtres, téléporter leur corps ou de la matière sur de grandes distances, tuer même en tordant l'usage de la téléportation. De ce fait, leur technologie est assez primitive, guère mieux que médiévale, tant leurs pouvoirs, de téléportation notamment, rendent inutiles de grands efforts de recherche dans le domaine des transports ou de l'armement. Pourquoi fabriquer des armes quand on tue par la pensée ? Pourquoi tracer des routes quand des lacs de transit suffisent ? Dans le même ordre d'idées, il n'y a en général pas de portes aux maisons – on se téléporte de pièce en pièce –, et le palais du Roi de l'été s'étend sur deux hémisphères quand celui du Roi de l'hiver

Wanderers - Chuck Wendig


USA, maintenant, bientôt.

Maker's Bell, Pennsylvanie. Nessie, une toute jeune fille quitte la ferme familiale dans un état de « somnambulisme » que rien ne peut rompre. Sa sœur, Shana, qui prend soin d'elle depuis que leur mère a mystérieusement disparu, deux ans auparavant, la cherche, panique, finit par la trouver sur la route en train de marcher vers une destination inconnue. Impossible à arrêter, impossible à réveiller, même l'aide du père des filles sera insuffisante. A Ness se joint un homme, puis une femme, dans le même état.
Shana et son père ne peuvent que suivre, à pied d'abord, puis en voiture quand ils réalisent que l'affaire risque de durer (de fait elle durera plusieurs mois). D'autant qu'on ne peut arrêter les marcheurs – une immobilisation forcée entraîne des convulsions qui culminent en explosion, mortelle pour le marcheur et très dangereuse pour l'entourage immédiat, le second marcheur en fera une tragique démonstration –, et qu'ils semblent immunisés contre la faim, la soif, les prélèvements sanguins ou autres. De vrais petits robots en marche vers une destination inconnue.

L'affaire locale devient vite nationale car les marcheurs ne cessent de marcher ni leur nombre d'augmenter. Combien marcheront finalement ? Vers où ? Et surtout, comment expliquer ce phénomène ? Est-il une menace ? Ou le signe de temps nouveaux à venir ?

Le CDC, le Homeland Security, le FBI, sans oublier religion ni politique, entrent dans la danse et, si on ajoute à tout ce monde les familles des marcheurs qui les suivent, désespérés, c'est finalement une vraie caravane, un « troupeau », qui traverse les USA d'une côte à l'autre. Un groupe désuni dont les intérêts divergent, un groupe menacé par des prêcheurs de haine, un groupe dont le but et le sens échappent à la raison alors qu'autour de lui – et corrélativement – c'est le monde entier qui s'écroule progressivement. Vers l'extinction de l'humanité peut-être.

Avec "Wanderers", Chuck Wendig signe un thriller d'anticipation long et détaillé. Un Fléau-like – King est d'ailleurs une ou deux fois cité – en moins bon.

Côté plus d'abord :

Wendig mêle dans "Wanderers" les préoccupations contemporaines sur le réchauffement climatique, les pandémies, les IA, les populismes et suprémacismes bigots, notamment américains. Il est, en ce sens, parfaitement actuel. Et ces thèmes importants ne sont pas un simple background, ils servent vraiment le récit. Il pose même une vraie question environnementale que je ne dévoilerai pas ici.

Wendig livre une vision aussi réaliste que glaçante d'une société américaine en pleine décomposition, gagnée par la peur de la perte de la suprématie blanche. Il montre les milices armées, la violence extrême de discours politiques qui rappellent ceux de la campagne Trump contre Clinton, le cynisme de milliardaires amoraux qui jouent la proximité avec un peuple désorienté et passionné d'armes de guerre.

Il crée un personnage de médecin-expert du CdC plutôt intéressant, un Sherlock Holmes en mission qui rappelle vraiment par sa personnalité le Jim Holden de The Expanse.

Il déroule tranquillement son histoire avec des fausses pistes, des twists, et des révélations qui arrivent à un rythme régulier sans jamais être trop rapide.

Wendig décrit joliment, même si parfois trop, un peu comme King.

Côté moins ensuite :

Une Shana en colère pendant 850 pages, ce qui finit par lasser.

Un personnage d'archennemi, chef de milice armé, qui, à force d'outrance, devient caricatural et perd en crédibilité.

Des personnages secondaires nombreux mais assez peu travaillés.

Quelques coïncidences dérangeantes (tu sais, lecteur, que j'ai horreur de ça) et des personnages ou des situations qui ne servent pas à grand chose (exemples : l'homosexualité cachée de la rock star ou l'élection du populiste) ; tous les fusils ne sont pas de Tchekhov dans ce roman.

Des situations convenues et attendues dans un roman qui veut être LE roman important de l'année car il traite TOUS les problèmes importants du moment.
De fait, beaucoup semble cookie-cutter.
Le brillant médecin insoumis.
La chef inflexible.
La jeune fille rebelle et enragée.
La rock star qui ne parle que drogue et biture.
Le pasteur qui perd la foi.
Le méchant qui survit assez pour pouvoir revenir pour le final.
Le couple qui se forme (en un mois et dans un contexte qui ne se prête guère à la romance), la trahison, la réconciliation, l'autre couple qui se forme, la grossesse, le malheur ensuite.
Le tout, dès qu'il s'agit d'amour ou de sexe, dans un langage SFW consternant (en mode nunuche, exemple : I am very fond of sex and will miss it greatly.” “Would you believe I haven’t had much of it?” Benji said. “I would not believe that. You’re too good at it. Either you’ve had considerable practice, or you’ve an ingrained talent.) ; je meurs.
Et pour finir, des références pop culture à la mode (qui nécessiteront des notes de bas de page dans trente ans).

De longs infodumps – médicaux notamment – qui ne font pas naturels dans les conversations.

Et surtout, une sorte de bullshit d'intrication temporelle quantique qui permet à des informations capitales de transiter entre deux époques. Bien pratique.

Le tout fait roman d'artisan, de faiseur, mais pas d'artiste. Un roman fait pour être réussi et obtenir de bonnes reviews presse.
Avec des ficelles, qui marchent et qui font tourner les pages, mais des ficelles visibles quand même (du genre qui énerve, comme ces chewing-gums qu'on trouve aux caisses des supermarchés et qu'on achète alors qu'on connait le truc).
Trop américain sûrement aussi pour un lectorat français. Trop centré sur la violence politique américaine – au point qu'on ne parle guère du reste du monde si ce n'est de l'Afrique et de son Ebola. On peut comprendre le souci de Wendig mais l'avoir moins incorporé que lui.
Et là où King, après s'être débarrassé de presque toute l'humanité dès le début du Fléau, offrait à l'humanité survivante une apocalypse supplémentaire et un archdevil à combattre, ici, la volonté de parler de choses sérieuses rend le tout trop mundane et fait de "Wanderers" un roman finalement décevant même s'il n'est pas désagréable à lire.

Wanderers, Chuck Wendig

Commentaires

Lhisbei a dit…
C'est tellement américano centré que ta critique est bourrée d'anglicisme...

:p
Gromovar a dit…
Tu vois à quel point. Ca m'a marabouté ;)